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Lundi, 28 Novembre 2005 06:58
Tribune libre de Christiane Taubira, députée de Guyane - le 4 Novembre 2005 Le rêve, possible encore, dans le poing qui se lève (sans s'abattre) Bertold Brecht. Voilà plus de trois ans que les mots servent de lances et d'obus. Etait-ce le début, en juillet 2002, à l'Assemblée Nationale, lors des débats sur la loi d'orientation sur la sécurité intérieure ? Le ministre, déjà le même, tenait à la tribune des propos guerriers pour présenter un texte aux intentions manifestement belliqueuses. Je lui ai dit alors qu'il préparait la guerre civile en France. Il a réagi en monarque susceptible mais offensif, me signifiant que ni ma qualité de femme ni mon appartenance aux DOM-TOM? ne m'autorisaient à lui parler ainsi. En une phrase, il avait posé la préséance virile et révélé son tropisme obsessionnel sur l'origine des personnes.

Tribune libre de Christiane Taubira, députée de Guyane - le 4 Novembre 2005 Le rêve, possible encore, dans le poing qui se lève (sans s?abattre) Bertold Brecht. Voilà plus de trois ans que les mots servent de lances et d?obus. Etait-ce le début, en juillet 2002, à l?Assemblée Nationale, lors des débats sur la loi d?orientation sur la sécurité intérieure ? Le ministre, déjà le même, tenait à la tribune des propos guerriers pour présenter un texte aux intentions manifestement belliqueuses. Je lui ai dit alors qu?il préparait la guerre civile en France. Il a réagi en monarque susceptible mais offensif, me signifiant que ni ma qualité de femme ni mon appartenance aux ?DOM-TOM? ne m?autorisaient à lui parler ainsi. En une phrase, il avait posé la préséance virile et révélé son tropisme obsessionnel sur l?origine des personnes. La charge de cavalerie verbale s?est poursuivie depuis, fabriquant la légitimité des assauts par les actes tels que les traques dans les halls d?immeubles, le bourrage des prisons, le démantèlement de la police de proximité, le démaillage social par l?asphyxie du réseau des éducateurs et médiateurs. Mais le ministre n?est pas seul en cause. Tous ceux qui l?ont flatté, craint ou admiré dans ses numéros de saltimbanque narcissique partagent avec lui la responsabilité d?avoir creusé dans le c?ur de millions de Français de tous âges un sillon d?amertume et de ranc?ur. Les plus vieux amortissent. Ceux qui sont dans la fleur de l?âge serrent les dents et les poings. Les plus jeunes n?acceptent pas qu?ayant pourri leur avenir après avoir abîmé leur présent, l?on puisse impunément y ajouter l?humiliation, la provocation, le mépris. Aujourd?hui, la parole publique française est superstitieuse. Elle a peur de nommer la nature des choses et croit conjurer ainsi les malheurs qu?elle se prépare. Elle entonne le refrain des malfrats de banlieue qui organisent le désordre pour s?assurer le contrôle des territoires. Ces malfrats sont l?alibi éculé de la défausse pour économiser des actions publiques, en refoulant la justice sociale, l?éducation, la culture au rang de colifichets pour Elus avachis. On sait que les bandits aspirent, comme les délinquants en col blanc, à la stabilité et à la tranquillité, qu?ils ont besoin que la police et la justice regardent ailleurs. La parole publique est radoteuse, délibérément trompeuse. Car il est certain que si ces malfrats étaient combattus par temps calme et qu'étaient éradiqués les trafics de stupéfiants et d'armes qui narguent et fissurent l'état de droit, disparaîtrait alors le précieux prétexte qui permet d'absoudre les défaillances d'Etat et de caillasser ? la racaille? globalisée, sans état d'âme, avec l'arrogance du bon droit abritée derrière la force injuste de la loi?. Dans ce jeu pervers, la responsabilité des Politiques est énorme. Elle est à droite, massivement, cynique. Elle est à gauche, lamentablement, pusillanime. Consensuelle sur l'ordre à rétablir. Quel ordre ? Celui de la discrimination, de la relégation, du préjugé de couleur, de la culpabilité ethnique ? Même leurs efforts pour compatir sont pathétiques ! Ils parlent, en passant, presque en courant, de la mort regrettable de deux adolescents. C'est la faute à pas de chance?. Que savent-ils des éclats tranchants qui lacèrent les coeurs devant ces destins concassés ? Que comprennent-ils de l'inquiétude au quotidien de ces mères, de ces pères obstinément attelés à dispenser une éducation que les injustices sociales rendent obsolète ? Que perçoivent-ils de ce génie de la dérision qui rend les privations supportables ? Qu'entendent-ils des angoisses familiales lorsque ces enfants trompent la vigilance pour aller respirer dehors, en quête de l'espace qui manque dans les appartements exigus, de l'air de liberté qui donne de l'insouciance, de la camaraderie qui déroute la désespérance ? Que devinent-ils de l'immense béance laissée par ces deux enfants qui ne rentreront plus, ne bouderont plus, ne traîneront plus au lit le matin, occupés à prolonger les rêves de la nuit à l'heure de l'école, de cette école qui ne fait plus rêver ? Quelle part consentent-ils à prendre dans l'engrenage tragique des dérives en zones désécurisées où un enfant perd son père en un éclair dramatique ? La parole publique est foireuse. Elle doit redevenir courageuse et audacieuse. Et se hisser à la hauteur des défis posés : faire vivre ensemble sur le même territoire, avec la conscience d'un destin commun, ceux que les friches industrielles et les reconversions agricoles ont fracassés, ceux que l?on prend pour des étrangers et qui sont les enfants de France, sans pays de rechange, et réserver à tous autant d'égards qu'à ceux qui dictent au monde son rythme et sa direction depuis les balcons de la Bourse. Des égards et de la justice, au nom d'une République exigeante et juste, d?une République qui nous respecte.

Christiane Taubira, Députée de Guyane, le 4 Novembre 2005


Commentaires
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daniel   |2005-11-28 07:33:55
Très beau texte. Lyrique et réaliste. Toute la sensibilité créole est
là. Les mots y sont disposés, non pas en parade, ni en flon- flon de m'as-
tu- vu, mais bien en dedans de nous. Pour tous ceux , qui ont un jour dans
leur vie, rencontré l' hostilité quasi- institutionnelle comprendront. Ceux
qui veulent juste bien se loger. Juste trouver un bon job. Juste , vivre en
paix ,sur la terre qui a accueilli leurs parents besogneux.....En cette veille
de noël, que leurs voeux soient excausés dans cette France ingrate et amère.
pomekanel   |2005-11-28 08:25:30
Ok avec toi Daniel sur la beauté et surtout la profondeur du texte. Je partage
également ton avis.
christian   |2005-11-28 08:33:53
le discours de madame Taubira me donne le frisson et me permet de redresser la
tête et d'être encore plus fier.
Son discours est plein d'humanité et
d'amour.L'amour, respect que politiciens et religieux blancs ont utilisé
durant des siècles pour, enfoncer méthodiquement les peuples noirs dans la
misère et le désespoir Je parle d'une religion que je ne nommerai pas, qui
béatifie à tour de bras.Si vous connaissez un saint ou une sainte noir, faites
le nous savoir.Le colonialisme politico religieux n' a pas changé de
méthode.Il forme des valets qui par la suite sévissent aux Antilles ou en
Afrique.Que ceux qui sont sincères ne se sentent pas visés.
Madame Taubira
merci de nous encourager à nous battre pour un monde meilleur.
Luc Nardal   |2005-11-28 10:31:20
Comme d'habitude, j'admire tes propos, Daniel.

Tu auras remarqué que la
médiocrité du sort des Antillais amarée au sort colonial se marie bien aux
lettres. Cela n'est pas une coincidence. Comme les Irlandais au début du siecle
dernier, par example. On a que cela. Qui avait le verbe plus élevé que
Césaire? On disait a l'Académie que l'orsqu'il parlait, la grammaire francaise
souriait. Mais on aurait dit que l'on laisse les lettres aux noirs comme on leur
laisse la boxe, par example. Marginaux nous sommes "dans cette France
ingrate et amère" et nous tissons notre médiocrité a travers les lettres.
Ce qui est inquiétant c'est que cela ne va pas au dela du verbe. Dans 100 ans
les Antillais - ce qui reste d'eux - auront encore le verbe. Mais quoi
d'autre?

"En cette veille de noël, que leurs voeux soient excausés dans
cette France ingrate et amère." Amen
kanelle   |2005-11-28 18:09:46
christian, j'ai lontemp chercher un saint noir et une sainte noire je n'ai rien
trouver, juste satan qui était un ange blanc m'a t-on dit au cathé.... mais
bizarement, il est représenté très souvent
noir????.
j'admire madame
TAUBIRA, il faut plus de personne comme elle.
manueblue   |2005-11-28 20:24:28
Chapeau bas madame Taubira .
Cette femme a tres souvent des paroles et des
raisonnements trop cohérants pour le plus grand nombre de ces rentiers des
urnes . Par malheur elle est esseulée et lutte contre des moulins a vent .

Aujourd'hui les socialos daignent s'agiter et contester la loi sur le role
positif de la france dans ses colonies . Ou étaient 'ils quand la loi Taubira
était battus en brèche sans vergognone ?
Madame Taubira meme si on peut ne
pas partager vos idées ( c'est cela aussi la démocratie ) on ne peut que
reconnaitre votre vaillance dans le combat . Alors quand le ministre super star
" réagi en monarque suceptible " vous signifiant que votre nature de
femme antillaise (= femme noire dans le texte ) ne vous permet pas de lui parler
ainsi il est admirable de constater que vous ne courbé pas l'échine .
Madame
Taubira vous etes une FEMME et une FEMME NOIRE DEBOUT et qui s'assume
parfaitement (comme un certain nombre d'entre nous ) .
Alors oui chapeau bas .
manueblue   |2005-11-28 20:26:01
Salut Pome !
Serge E   |2005-11-29 02:34:35
Bonjour,

Cette lettre de CT rappelle, s'il en était encore besoin, le camp
du COCU HONGROIS, c'est à dire celui des grands démocrates comme Umberto Bossi
( Italie), Pink Fortyn ( Pays-Bas, assassiné !), Jorg Haider ( Autriche),
wladimir Jirinoswki (Russie), sans oublier les neoconservateurs US.
Bref, il
ne faut plus se contenter de la littérature, poussons un front REPUBLICAIN
avant que le nuage BRUN ne se répande définitivement sur cette république
malade.

A+
jakouillu   |2005-11-29 03:27:13
bon madame taubira m'aurait injurier que je trouverais que son injure est
délicieuse, donc je ne peux pas etre objectif, j'ai une admiration sans bornes
pour cette femme.
j'adore lire ses textes et l'ntendre parlé et souvent le
contenu me passionne.
bravo Madame, je vous aime passionnement
jakouillu   |2005-11-29 05:47:36
concernant la religion catholique je suis catholique, tout le monde et moi le
premier je sais que c'est la religion du colon et pas parce que elle est la
religion du colonialiste qu'elle est colonisatrice mais par son essence meme sa
doctrine meme : allez, enseignez à toutes les nations convertissez les
etc...
et c'est a partir de doctrine comme celle là que des gens se croient
tout permis.
et cela guette tous ceux qui partent avec des certitudes et les
oprimés d'avant deviennent les opresseurs de maintenant, convaincu que la cause
est légitime.
méfions nous de nous même...
daniel   |2005-11-29 21:55:40
. Croire que les Antillais se seraient cantonés ou spécialisés dans l'art du
bien -dire , au détriment de l'action, qu 'ils détiendraient donc le
ministère de la parole, c 'est vite dit. L école a longtemps été, depuis
l'habitation, facteur de promotion sociale. Certes, il ne l'est plus
aujourd'hui, cependant , bien des générations, dont celle de M. TAUBIRA, ont
intégrés les aspects démocratiques d' une éducation- formation citoyenne ;
laquelle consiste à utiliser les espaces critiques mis en places par les
sociétés dites démocratiques. C 'est le jeu parlementaire qui veut ça. On
peut approuver ou faire le contraire. On peut aussi s 'en offusquer , et
considérer que par dela les mots , l'action vitalise davantage. Je comprends
ceux qui préconise des actions d'éclats, tout comme ceux qui ont choisi le
verbe comme arme miraculeuse. Parce que parfois en nous , les mots en se
faisant chair, alimentent en nous de grands sursauts et de saines révoltes.
Titophe   |2005-11-29 22:15:09
Madame Taubira, vous n'etes pas seule!
Je suis scandalisé par cette loi
voulant ré-écrire l'histoire. L'amnésie de la France devrait pourtant etre
ébranlée par les evenements recents en banlieues. Je donne RV a ceux qui
refusent la fatalité sur mon blog entierement consacré au rétablissement de
la vérité historique sur http://colonisation.blogspot.com
A bientot
Résidente en terre étrangère   |2005-12-01 00:38:48
La virgen de Guadalupe et la Vierge noire veneree par les gitans.
Jakoullu
Mathieu 7:12.
Le cri de CT montre que la ville n'est, le peuple n'est plus sans
cri comme l'ecrivait Cesaire. Maintenant que le verbe a ete trouve alors qui
passera a l'etape suivante: l'action???
Ethas Hivyl   |2005-12-07 16:26:54
Rendez à 16R ses aires de jeu!
Lorillette   |2005-12-07 16:27:33
kok!
RV   |2005-12-07 21:14:54
LE COMPLEXE DU BOURREAU

Comment réagir face à cela sans remettre en
question des siècles d'istoire ?
Les européens ont besoin d'espace pour
affirmer leur puissance économique donc ils massacrent les indiens des îles,
les indiens d'Amérique et bien d'autres peuples pour avoir des
territoitres.
Les européens ont besoin d'affirmer leur puissance économique
alors ils déportent les africains aux quatre coins du monde pour être plus
puissants.
La machine à vapeur arrive alors les européens libèrent les
esclavent surtout quand l'afrique certes divisée, se rend compte que sa force
vive s'épuise sans restrictions.
Ensuite les européens se battent entre eux
quand il découvrent comment exploiter le pétrole.
Aujourd'hui, leurs
ressources intellectuelles, culturelles et économiques s'épuisent car ils
n'ont plus rien de nouveau à exploiter pour rester puissants alors on assiste
à des épiphénomènes tels que les événements que nous vivont actuellement
en France. A l'heure où la remise en question s'impose, les têtes pensantes de
la France se retournent vers leur passé en essayant d'extraire les derniers
sursauts nostalgiques d'une ère de toute puissance.
Face à la politique qui a
été mise en place dans ce pays depuis des années la solution proposée par
nos dirigeants est de se tourner une fois de plus vers l'oppression à coup de
renfort de lois. Malheureusement codifier et légiférer un refus de
reconnaissance d'actes criminels n'a jamais résolu aucun problème. Et c'est
pourquoi je pense qu'à l'inverse de l'enseignement que nous avons reçu d'eux
nous devons nous opposer par la compréhension des subtilités qui nous sont
imposées une fois de plus et l'action. L'action ne doit pas être violente mais
nous devons dire NON aux décisions qui nous concernent et pour lesquelles notre
avis est ignoré.
Nos dirigeants nous prennent pour des abrutis en pensant que
parce qu'ils sont face à leurs échecs aujourd'hui qu'il suffit de mettre en
place des lois qui ne servent qu'à modifier en leur faveur la façon de penser
des générations à venir. Prenons une longueur d'avance aujourd'hui et
devenons responsables pour que nos enfants puissent bénéficier d'un terrain
plus épanouissant que celui de blessures post colonnialistes non
guéries.
Donc dirigeants de la France devenez responsables et reconnaissez que
les colonnies sont les enfants d'un mariage entre le désir de conquête et la
peur de disparaître. Au milieu il y a des millions de vies détruites par vos
actes, des générations sacrifiées pshysiquement et moralement simplement pour
la construction de ce pays et vous ne savez même pas dire merci.
Un simple
merci aurait suffit à nous aider à accepter l'horreur de l'histoire et vous
accordez notre pardon.
A vos yeux nous sommes des victimes inconsolables mais
à nos yeux vous resterez toujours nos bourreaux. Vous voulez changer notre
histoire mais c'est vous qui l'avez écrite.
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Mise à jour le Mardi, 08 Juillet 2008 10:04
 

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