A propos du discours de François Fillon …

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Par Marie-Michèle Darsières.

Décidemment certains ont la dent dure. Ils sont incorrigibles !`
« Non, La #France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord, » a déclaré dimanche 28 août, à Sablé-sur-Sarthe, le candidat à la primaire à droite, François #Fillon. Et il a ainsi fustigé les enseignements scolaires qui apprennent à avoir « honte » de son pays.
Voici qu’au nom d’un populisme de droite le plus abject qui soit, on peut encore en 2016, entendre, en France, malgré la polémique qui avait valu la suppression de la phrase sur « le rôle positif de la présence française outre-mer, » que prônait le deuxième alinéa de l’article 4 de la loi du 23 février 2005, après la déclaration affligeante de #Sarkozy, selon lequel « l’Afrique n’est pas assez entrée dans l’Histoire », nous voilà revenus, à la belle époque « de la mission civilisatrice de la #colonisation » … !
Est-ce une façon d’effacer, de nier, de rayer cette autre France, accouchée dans la douleur du monde colonial et de l’immigration ? cette France venue d’ailleurs, mais qui semble étrangère au candidat à la primaire de droite ? cette France multiple, issue de la colonisation justement ? cette France là est un soubassement de l’espace national. Et elle n’a pas de frontières, elle est un patrimoine. C’est elle qui a partagé sa culture avec générosité. Sa pharmacopée, sa biodiversité, ses mers, ses terres, ses modes de vie, son art, sa musique, sa cuisine, son vocabulaire, son métissage. C’est elle qui devrait continuer à éclairer chaque pensée qui se voudrait confuse et « européo-centrée ». Cette France là, s’est construite avec et autour de tous les peuples qui ont passé ses frontières, réfugiés politiques ou anciens colonisés, chacun apportant dans ses bagages, sa culture, son âme . L’Arménie, la Russie, la Pologne, mais aussi les Amériques, toute l’Afrique, l’Asie , les peuples du Pacifique. Comment nier toutes ces cultures millénaires et leurs richesses humaines, culturelles et scientifiques, la sagesse amérindienne , la civilisation précolombienne, les grands empires du Sahel ou de l’Afrique australe, de Madagascar, du monde maori et mélanésien, malais et austronésien parmi d’autres… ? Ignorer tous ces apports, vouloir les gommer et revendiquer un partage à sens unique d’une mission « civilisatrice » , semble être un exercice de « haute voltige » , extrêmement périlleux…auquel s’est risqué François Fillon qui n’hésite pas à dire : « Si je suis élu président de la République, je donnerai instruction au ministre de l’éducation nationale d’abroger ces programmes et de demander à trois académiciens de renom de s’entourer des meilleurs avis afin de les réécrire, avec l’idée de les concevoir comme un récit national…en partant de la France et en axant ce récit sur celle-ci et non en le diluant, comme on le fait aujourd’hui, dans l’étude de faits généraux « mondialisés ». Autrement dit, ce serait au chef de l’Etat de donner l’ordre de réécrire l’Histoire, selon ses propres critères avec des « académiciens de renom » dont on devine aisément qu’ils ne seraient pas issus des anciens pays colonisés .
Ce discours est largement dépassé, puisque Outre-Manche par exemple , depuis une trentaine d’années, l’Angleterre, pays en perpétuelle « concurrence » avec la France pendant l’époque coloniale, a déjà beaucoup avancé en changeant de paradigme pour écrire un autre récit du monde, une autre géographie au sens très étendu du terme. Chacun aura compris que François Fillon , clairement, s’oppose au courant des postcolonial studies qui s’inscrit depuis quelques années, dans le débat français, et qu’il s’accroche à un point de vue réactionnaire et proche du FN.
Entre la mise en accusation du modèle républicain et le refus de la « repentance », il y a en France une place pour l’examen critique, qui offre la possibilité de repenser le pluralisme de la société, en déjouant les contradictions d’un universalisme fondé sur une vision de l’Autre essentialisée et infériorisante, tout en gardant la capacité à dénouer les identifications abusives aux situations passées, pour une meilleure acceptation des différences et la richesse d’un avenir mieux partagé et nécessairement apaisé…

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