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Esclavage : La Grande Hypocrisie Version imprimable
26-04-2006
Il souffle, depuis quelques mois, sur la France, un vent de révisionnisme, inquiétant et mauvais, qui tente d?accréditer la thèse selon laquelle les Africains sont les premiers, voire les seuls responsables de la traite négrière ; que ce sont eux qui ont vendu leurs frères, et que les Européens n?ont, au bout du compte, pratiquement rien gagné dans cette affaire, où ils eurent un rôle exclusivement passif. Ce révisionnisme va même, jusqu?à mettre sur le même plan, l?esclavage que pratiquèrent jadis les Africains, les trafics négriers que développèrent les Arabes, et le commerce triangulaire qu?imaginèrent les Européens, en englobant les trois, sous le même vocable? la traite. Et comme si cela ne suffisait pas, un nouvel argument, massue, est, aujourd?hui, avancé, chiffres à l?appui : la « traite » africaine a généré plus d?esclaves que la traite européenne, donc la « traite » africaine a été plus horrible que la traite européenne. Il souffle, depuis quelques mois, sur la France, un vent de révisionnisme, inquiétant et mauvais, qui tente d?accréditer la thèse selon laquelle les Africains sont les premiers, voire les seuls responsables de la traite négrière ; que ce sont eux qui ont vendu leurs frères, et que les Européens n?ont, au bout du compte, pratiquement rien gagné dans cette affaire, où ils eurent un rôle exclusivement passif. Ce révisionnisme va même, jusqu?à mettre sur le même plan, l?esclavage que pratiquèrent jadis les Africains, les trafics négriers que développèrent les Arabes, et le commerce triangulaire qu?imaginèrent les Européens, en englobant les trois, sous le même vocable? la traite. Et comme si cela ne suffisait pas, un nouvel argument, massue, est, aujourd?hui, avancé, chiffres à l?appui : la « traite » africaine a généré plus d?esclaves que la traite européenne, donc la « traite » africaine a été plus horrible que la traite européenne. Ce révisionnisme, dangereux, a évidemment fait bondir les Noirs de France, antillais comme africains, sans qu?ils puissent, pour autant, porter la contradiction, faute d?un accès équitable aux médias. Une impuissance qui a provoqué colère, frustration, et indignation, au point que certains préfèrent, aujourd?hui, tout rejeter en bloc, y compris le fait que l?Afrique a autrefois pratiqué l?esclavage à grande échelle, et que des Africains ont été impliqués dans la traite. Il serait vain de nier que les Africains, comme tant de peuples, à commencer par les plus grandes civilisations de l?Antiquité ou la France de l?Ancien régime avec le servage, ont, eux aussi, pratiqué l?esclavage. Pendant des siècles, des prisonniers de guerre ont, en Afrique, servi leurs vainqueurs, avec cette nuance que beaucoup d?entre eux étaient intégrés au cercle familial avec des droits et des devoirs mais aussi la possibilité d?être affranchis. Les autres, moins chanceux si l?on peut dire, étaient vendus à des marchands juifs ou arabes, et finissaient leurs jours loin de la terre africaine. Il est temps d?en finir avec cette forme d?angélisme qui, chez certains Africains, consiste à nier une évidence : dès que des gens achètent quelque chose ou quelqu?un, il faut bien que d?autres vendent cette chose ou cette personne ! À force d?imaginer les Noirs comme certains Blancs le font, c?est-à-dire comme de « bons sauvages », on rejette l?idée que certains d?entre eux puissent commettre des actes hautement blâmables. Seulement voilà, lorsque les Européens sont arrivés en Afrique, c?est un tout autre système qu?ils ont mis en place, ce commerce énorme et monstrueux qu?on appelle la traite négrière. Les razzias et rapts encouragés, voire organisés, par les Européens alimentèrent alors un commerce régulier. Et c?est à leur corps défendant que les sociétés africaines entrèrent dans le système négrier, quitte, une fois dedans, à chercher à en tirer le maximum d?avantages. Mais ces réalités ne peuvent nous faire perdre de vue l?essentiel. Malgré des complicités locales qui jouèrent un rôle non négligeable, la pratique de l?esclavage ne connut pas alors un changement de degré, mais de nature. Il suffit de voir les plans des navires négriers, de lire les témoignages qui nous sont parvenus, de savoir qu?entre un tiers et un quart de cette pauvre marchandise humaine ne parvenait jamais de l?autre côté de l?Atlantique, et que dans les plantations des Antilles l?espérance de vie moyenne d?un esclave n?excédait pas quatre ou cinq ans, pour saisir l?ampleur de ce phénomène. Le caractère systématique, quasi industriel de la traite, la mise en place du code noir dans les colonies, les violences infligées aux esclaves, la négation de leurs plus élémentaires libertés d?êtres humains instaurent une responsabilité des Blancs d?un tout autre ordre que ne le fut celle des Africains. Quant à la collaboration de certains de leurs chefs avec les Européens, elle relève d?un autre niveau de responsabilité que celle des Européens eux-mêmes. Pour oser la comparaison : malgré leur attitude sous l?Occupation, certains Français, qui ont joué le jeu de la « collaboration », ne sauraient être confondus avec les nazis. Et puis, une fois encore, l?histoire se veut sélective. Trop de Blancs cherchent à laver la culpabilité de leur civilisation en se défaussant sur les chefs noirs qui vendirent leurs frères ou les négriers arabes. Mais nous vivons en France, et ce qui nous intéresse, ce sont d?abord les agissements de nos compatriotes. Je suis sidéré qu?une des formes les plus subtiles du révisionnisme, qui consiste à dissimuler ce qui s?est passé chez nous au nom de ce qui s?est passé ailleurs, exerce tant de prise sur l?opinion. Au nom de quoi nous reviendrait-il de résoudre les problèmes des autres ? Que dirions-nous, d?ailleurs, si à leur tour les autres venaient à s?occuper de nos propres problèmes ? Il me semble que nous aurions du mal à le supporter? Ce que les Arabes et les Africains ont fait, qu?ils le règlent chez eux, et entre eux. Mais de quel droit s?exonérer d?une réflexion et d?un travail au prétexte que nous ne sommes pas les seuls à devoir les conduire ? Une autre forme d?oubli concerne l?authentique résistance historique, voire le rejet de l?esclavage, par certains leaders africains. Au XIIe siècle, bien avant la traite, le grand roi mandingue, Soundjata Keita, tout en tolérant l?esclavage domestique, avait aboli sa forme commerciale en décrétant que désormais, dans son royaume, « plus personne ne serait vendu ». Trois cents ans plus tard apparurent les protestations du roi du Congo, Don Alfonso. Converti au christianisme dès 1491, celui-ci considère le souverain du Portugal comme son « frère » et, après sa prise de pouvoir en 1506, il ne comprend pas que les Portugais, sujets de son « frère », se permettent de razzier ses possessions et d?emmener les gens de Congo en esclavage. Il s?insurge donc et écrit au roi du Portugal une lettre d?une humanité exemplaire : « Nous n?avons besoin de personne d?autre que de missionnaires et de maîtres d?écoles. Nous n?avons pas besoin d?articles de commerce, seulement de vin et de farine pour la mission. C?est notre volonté qu?il n?y ait ni traite, ni exploitation d?esclaves. » La demande se double ensuite d?une analyse. Avec une vision d?une grande lucidité, Don Alfonso écrit : « Le remède est la suppression de ces marchandises qui sont un piège du démon pour les vendeurs et pour les acheteurs. L?appât du gain et la cupidité amènent les gens du pays à voler leurs compatriotes parmi lesquels les membres de leur propre parenté et de la nôtre, sans considération, qu?ils soient chrétiens ou non. » Malheureusement, la fin de l?épisode est moins belle. Don Alfonso résistera un temps mais finira par se laisser convaincre de l?utilité et de la nécessité de ce commerce. Comment laver cette tache de la traite sur le passé des Blancs, cette honte de l?esclavage dans l?âme des Noirs ? Uniquement grâce à une meilleure connaissance historique de ce phénomène étendu sur plus de trois siècles. Les Noirs, contrairement à ce que disent certains Blancs, pour discréditer leur combat, et dresser les autres Français contre eux, ne demandent pas que la France fasse repentance. Ils veulent juste une reconnaissance nationale de la souffrance de leurs ancêtres. Est-ce trop demander ? Serge Bilé Journaliste, auteur de Sur le dos des hippopotames. Une vie de nègre. (Calmann-Lévy)
Commentaires
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le noir   | Unregistered | 26-04-2006 18:12:17
Il faut se mobiliser et faire face aux mensonges des révisionnistes quasi exclusivements Francais (comme par hasard). Leur but est de justifier l'incongruité que constitue la pocesseion de colonies au 21e siècle. Il faut remarquer que les anglophnes par exemple ne sont pas dans la même logique.

Unité, Unité, Unité pour résister!!!
kanelle   | Unregistered | 26-04-2006 18:29:00
ils vont passer une émission sur france 2 le 10mai
pour raconter. que vont-tils nous montrer?
ça craint!
vigile   | Unregistered | 26-04-2006 21:21:29
ils le disent déjà que des antillais affranchis retournaient en afrique chercher des esclaves, bref que nous serions nous mêmes descendnats d'esclavagistes. ils sont de plus en plus nombreux à tenir ces discours pour se laver les mains. soyons vigilants et unis!l'ennemi rôde.
Rèné   | Unregistered | 26-04-2006 21:45:53
De Elikia M'Bokolo
paru dans LE MONDE DIPLOMATIQUE

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/04/M_BOKOLO/10269

LA DIMENSION AFRICAINE DE LA TRAITE DES NOIRS

SOUS-SECRÉTAIRE d?Etat aux colonies françaises, Victor Schoelcher signait, le 27 avril 1848, le décret d?émancipation des esclaves. Pour arracher cette décision à son ministre hésitant, il avait dû l?avertir des risques d?une rébellion générale si l?on maintenait les choses en l?état. La résistance des esclaves fut en effet capitale dans la désision abolitionniste de Paris. Dans une Afrique ravagée par la traite des Noirs - et qui demeure marquée par cette effroyable saignée - la liberté finalement arrachée a été plus le résultat de l?élan propre des sociétés africaines que d?une soudaine générosité des esclavagistes.

Par Elikia M?bokolo
Historien, directeur d?études à l?Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Paris ; président de la Coordination de la diaspora zaïroise.


Même habitué au spectacle des crimes qui jalonnent l?histoire de l?humanité, l?historien ne peut s?empêcher d?éprouver un mélange d?effroi, d?indignation et de dégoût à remuer les matériaux relatifs à l?esclavage des Africains. Comment cela a-t-il été possible ? Et si longtemps, et à une telle échelle ? Nulle part ailleurs dans le monde ne se rencontre en effet une tragédie d?une telle ampleur.

C?est par toutes les issues possibles - à travers le Sahara, par la mer Rouge, par l?océan Indien, à travers l?Atlantique - que le continent noir a été saigné de son capital humain. Dix siècles au moins (du IXe au XIXe) de mise en servitude au profit des pays musulmans. Plus de quatre siècles (de la fin du XVe au XIXe) de commerce régulier pour construire les Amériques et pour la prospérité des Etats chrétiens d?Europe. Ajoutez à cela des chiffres, même très controversés, qui donnent le vertige. Quatre millions d?esclaves exportés par la mer Rouge, quatre millions encore par les ports swahilis de l?océan Indien, neuf millions peut-être par les caravanes transsahariennes, onze à vingt millions, selon les auteurs, à travers l?océan Atlantique (1).

Ce n?est pas un hasard si, parmi tous ces trafics, c?est « la traite » dans l?absolu, c?est-à-dire la traite européenne et transatlantique, qui retient le plus l?attention et suscite le plus de débats. Elle n?est pas seulement, jusqu?à ce jour, la moins mal documentée. Elle est aussi celle qui s?est attachée de manière exclusive à l?asservissement des seuls Africains, tandis que les pays musulmans ont asservi indifféremment des Blancs et des Noirs. Elle est enfin celle qui, de toute évidence, peut le mieux rendre compte de la situation actuelle de l?Afrique, dans la mesure où en sont issus la fragilisation durable du continent, sa colonisation par l?impérialisme européen du XIXe siècle, le racisme et le mépris dont les Africains sont encore accablés.

Car, au-delà des querelles récurrentes qui divisent les spécialistes, les questions fondamentales que soulève l?esclavage des Africains n?ont guère varié depuis que, à partir du XVIIIe siècle, le débat a été porté sur la place publique tant par les idées des abolitionnistes dans les Etats esclavagistes du Nord que par les revendications des penseurs noirs et par la lutte continue des esclaves eux-mêmes. Pourquoi les Africains plutôt que les autres ? A qui, précisément, imputer la responsabilité de la traite ? Aux seuls Européens ou aux Africains eux-mêmes ? L?Afrique a-t-elle vraiment souffert de la traite ou celle-ci n?a-t-elle été qu?un phénomène marginal, qui n?aurait affecté que quelques sociétés côtières ?

Le commerce ou la mort
IL faut peut- être revenir aux commencements car ils éclairent les mécanismes durables par lesquels le continent a été jeté, puis maintenu dans ce cycle infernal. Il n?est pas sûr que, à l?origine, la traite européenne soit dérivée de la traite arabe. Celle-ci apparut longtemps comme le complément d?un commerce autrement plus fructueux, celui de l?or du Soudan et des produits précieux, rares ou curieux, alors que, malgré quelques exportations de marchandises (or, ivoire, bois...), ce fut le commerce des hommes qui mobilisa toute l?énergie des Européens sur les côtes d?Afrique. En outre, la traite arabe était orientée principalement vers la satisfaction des besoins domestiques ; au contraire, à la suite du succès des plantations esclavagistes créées dans les îles situées au large du continent (Sao Tomé, Principe, îles du Cap-Vert), les Africains exportés vers le Nouveau Monde fournirent la force de travail des plantations coloniales, plus rarement celle des mines, dont les produits - or, argent et, surtout, sucre, cacao, coton, tabac, café - alimentèrent très largement le négoce international.

Tenté en Irak, l?esclavage productif des Africains fut un désastre et provoqua de gigantesques révoltes, dont la plus importante dura plusieurs années (de 869 à 883) et sonna le glas de l?exploitation massive de la main-d?oeuvre noire dans le monde arabe (2). Il faudra attendre le XIXe siècle pour voir réapparaître, en pays musulman, l?esclavage productif dans les plantations de Zanzibar dont les produits (clous de girofle, noix de coco) allaient d?ailleurs, en partie, vers les marchés occidentaux (3). Les deux systèmes esclavagistes ont néanmoins en commun la même justification de l?injustifiable : le racisme, plus ou moins explicite, et puisant pareillement dans le registre religieux. Dans les deux cas, on trouve en effet la même interprétation fallacieuse de la Genèse selon laquelle les Noirs d?Afrique, étant prétendûment les descendants de Cham, seraient maudits et condamnés à être des esclaves.

Ce ne fut pas sans peine que les Européens mirent en place le commerce du « bois d?ébène ». Au début, il ne s?agissait guère que de rapt : les fortes images de Racines, d?Alex Hailey (4), sont confirmées par la Chronique de Guinée écrite au milieu du XVe siècle par le Portugais Gomes Eanes de Zurara. Mais l?exploitation des mines et des plantations exigeait sans cesse plus de bras : il fallut organiser un véritable système pour leur assurer un approvisionnement régulier. Les Espagnols instituent dès le début du XVIe siècle les « licences » (à partir de 1513) et les asientos (« contrats », à partir de 152, qui transfèrent à des particuliers le monopole d?Etat d?importation des Noirs.

Les grandes compagnies de traite se constitueront dans la seconde moitié du XVIIe siècle parallèlement à la redistribution entre les nations européennes des Amériques et du monde, que le traité de Tordesillas (1494) et plusieurs textes pontificaux avaient réservés aux seuls Espagnols et Portugais. Français, Britanniques et Hollandais, Portugais et Espagnols, mais aussi Danois, Suédois, Brandebourgeois... : c?est toute l?Europe qui participe par la suite à la curée, en multipliant les compagnies à monopole et les forts, comptoirs et colonies qui s?égrènent du Sénégal jusqu?au Mozambique. Seuls manquent à l?appel la lointaine Russie et les pays balkaniques, qui reçoivent néanmoins leurs petits contingents d?esclaves par l?intermédiaire de l?empire ottoman.

Sur place, en Afrique, les razzias et rapts organisés par les Européens cèdent vite le pas à un commerce régulier. C?est à leur corps défendant que les sociétés africaines entrent dans le système négrier, quitte, une fois dedans, à chercher à en tirer le maximum d?avantages. Voyez, entre autres exemples, les protestations du roi de Kongo Nzinga Mvemba : « converti » au christianisme dès 1491, celui-ci considère le souverain du Portugal comme son « frère » et, après sa prise de pouvoir en 1506, il ne comprend pas que les Portugais, sujets de son « frère », se permettent de razzier ses possessions et d?emmener les gens de Kongo en esclavage. Ce sera en vain : cet adversaire de la traite se laissera peu à peu convaincre de l?utilité et de la nécessité de ce commerce. En effet, parmi les marchandises proposées en échange des hommes, les fusils occupent une place de choix. Et seuls les Etats équipés de ces fusils, c?est-à-dire participant à la traite, peuvent à la fois s?opposer aux attaques éventuelles de leurs voisins et développer des politiques expansionnistes.

Les Etats africains se sont donc, si l?on peut dire, laissé piéger par les négriers européens. Le commerce ou la mort : au coeur de tous les Etats côtiers ou proches des zones de traite se trouve la contradiction entre la raison d?Etat, qui commande de ne négliger aucune des ressources nécessaires à la sécurité et à la richesse, et les chartes fondatrices des royautés qui imposent aux souverains de préserver la vie, la prospérité et les droits de leurs sujets. D?où la volonté, de la part des Etats engagés dans la traite, de contenir celle-ci dans des limites strictes. Aux Français qui lui demandent l?autorisation d?ériger une factorerie, le roi Tezifon d?Allada fait en 1670 cette réponse dont on appréciera la lucidité : « Vous allez construire une maison dans laquelle vous mettrez d?abord deux petites pièces de canon, l?année suivante vous en monterez quatre, et en peu de temps votre factorerie va se métamorphoser en un fort qui va faire de vous le maître de mes Etats et vous rendre capables de m?imposer des lois (5) . » De Saint-Louis du Sénégal à l?embouchure du fleuve Congo, les sociétés et Etats locaux vont pour la plupart réussir dans cette politique pour le moins ambiguë de collaboration, de suspicion et de contrôle.

Au contraire, dans certaines parties de la Guinée, en Angola et au Mozambique, les Européens vont s?impliquer directement dans les réseaux guerriers et marchands africains, avec la complicité de partenaires locaux noirs ou métis, ceux-ci étant issus de ces aventuriers blancs, à la réputation peu enviable, même en ces temps de grande cruauté : ainsi, les lançados portugais (ceux qui osèrent « se lancer » à l?intérieur des terres) nous sont décrits au début du XVIe siècle comme « la semence de l?enfer », « tout ce qu?il y a de mal », « assassins, débauchés, voleurs ». Avec le temps, ce groupe d?intermédiaires va s?étoffer au point de constituer, en plusieurs points de la côte, cette classe de « princes marchands » sur laquelle la traite va reposer.

Leur profit ? Les chargements des navires négriers, scrupuleusement comptabilisés en bonne logique marchande, nous en donnent une parfaite idée : fusils, barils de poudre, eaux-de-vie, tissus, verroterie, quincaillerie, voilà contre quoi on a échangé des millions d?Africains. Echange inégal, bien sûr. A ceux qui s?étonneraient de telles inégalités, on fera observer que la même logique se poursuit sous nos yeux et que notre siècle n?a guère fait mieux, qui a vu des solliciteurs empressés venus des pays du Nord convaincre des chefs d?Etat africains d?importer des « éléphants blancs » en échange de médiocres bénéfices personnels.

On voit donc que l?arsenal idéologique déployé par les négriers pour justifier la traite ne correspondait pas aux réalités ni aux dynamiques du terrain africain. Les Africains n?avaient, comme tous les peuples, aucun goût particulier pour l?esclavage, et c?est bien un système qui a généré et entretenu celui-ci. Si l?on connaît bien les révoltes des esclaves noirs au cours de la traversée de l?Atlantique et dans les pays d?accueil, on est loin d?imaginer l?ampleur et la diversité des formes de résistance en Afrique même. Résistance à la traite autant qu?à l?esclavage intérieur, produit ou aggravé par le commerce négrier.

Une source longtemps ignorée, la Lloyd?s List, jette une lumière inattendue sur le rejet de ce commerce dans les sociétés côtières africaines. Les détails dont elle fourmille sur les sinistres survenus aux navires assurés, à partir de sa fondation en 1689, par la célèbre firme de Londres montrent que, dans un nombre significatif de cas connus (plus de 17 %), le sinistre est dû à une insurrection, à une révolte ou à des pillages sur place en Afrique. Les auteurs de ces actes de rébellion étaient les esclaves, mais aussi des gens de la côte. Tout se passe comme si l?on était en face de deux logiques : celle des Etats installés bon gré, mal gré dans le système négrier ; celle des populations libres, menacées en permanence d?asservissement et manifestant leur solidarité avec les gens réduits à l?esclavage.

Quant à l?esclavage interne, tout semble indiquer qu?il s?est à la fois amplifié et durci parallèlement à la croissance de la traite, entraînant de multiples formes de résistance : fuite ; rébellion ouverte ; recours aux ressources de la religion dont les exemples sont attestés en terre d?islam comme en pays de chrétienté. Ainsi, dans la vallée du fleuve Sénégal, la tentation de certains souverains d?asservir et de vendre leurs propres sujets provoqua, dès la fin du XVIIe siècle, la « guerre des marabouts » ou le mouvement toubenan (de tuub, se convertir à l?islam). Son initiateur, Nasir al-Din, proclamait précisément que « Dieu ne permet point aux roys de piller, tuer, ny faire captifs leurs peuples, qu?il les a au contraire donnés pour les maintenir et garder de leurs ennemis, les peuples n?étant point faits pour les roys, mais les roys pour les peuples ».

Plus au sud, dans ce qui est aujourd?hui l?Angola, les peuples kongos utilisèrent le christianisme de la même manière, à la fois contre les missionnaires, compromis dans la traite, et contre les pouvoirs locaux. Au début du XVIIIe siècle, une prophétesse d?une vingtaine d?années, Kimpa Vita (connue aussi comme Dona Béatrice), prit le contre-pied des arguments racistes des négriers et se mit à prêcher un message égalitaire selon lequel « au ciel il n?y a pas de Blancs ni de Noirs » et que « Jésus-Christ et d?autres saints sont originaires du Congo, de la race noire ». On sait que ce recours au religieux n?a cessé, jusqu?à nos jours, d?accompagner dans plusieurs régions d?Afrique les revendications en faveur de la liberté et de l?égalité. De tels faits montrent que, loin d?être un phénomène marginal, la traite s?inscrit au centre de l?histoire moderne de l?Afrique et que la résistance à la traite a induit des attitudes et des pratiques encore observables aujourd?hui.

La « sauvagerie » du continent
IL faut donc se défier des impressions héritées de la propagande abolitionniste et que peuvent entretenir certaines manières de commémorer les abolitions de l?esclavage. Le désir de liberté et la liberté elle-même ne sont pas venus aux Africains de l?extérieur, des philosophes des Lumières, des agitateurs abolitionnistes ou de l?humanitarisme républicain ; ils sont venus de l?élan propre des sociétés africaines. D?ailleurs, dès la fin du XVIIIe siècle, on a vu dans les pays riverains du golfe de Guinée des négociants, enrichis le plus souvent par la traite, prendre des distances par rapport à ce trafic et envoyer des enfants en Grande-Bretagne pour se former dans les sciences et métiers utiles au développement du commerce. C?est pourquoi, tout au long du XIXe siècle, les sociétés africaines n?eurent aucun mal à répondre positivement aux sollicitations nouvelles de l?Europe industrielle, convertie au « commerce licite » des produits du sol et désormais hostile à la traite, devenue « trafic illicite » et « commerce honteux ».

Mais cette Afrique-là était bien différente de celle que les Européens avaient rencontrée à la fin du XVe siècle. Comme a tenté de le montrer l?historien trinidadien Walter Rodney, elle avait été engagée, du fait de la traite, dans une voie périlleuse pour elle et se trouvait bel et bien sous- développée (6). Le racisme issu de la période négrière trouva dans ces circonstances l?occasion de se renouveler. En effet, le discours des Européens sur l?Afrique portait désormais sur l? « archaïsme », l? « arriération », la « sauvagerie » du continent. Chargé de jugements de valeur, il posait désormais l?Occident en modèle. Les bouleversements et la régression de l?Afrique n?étaient pas mis au compte de développements historiques réels, dans lesquels l?Europe avait sa part, mais attribués à la « nature » innée des Africains. Le colonialisme et l?impérialisme naissants purent ainsi se parer des atours de l?humanitarisme et des prétendus « devoirs » des « civilisations supérieures » et des « races supérieures ». Les Etats ci-devant négriers ne parlaient plus que de libérer l?Afrique des « Arabes » esclavagistes et des potentats noirs, eux aussi esclavagistes.

Mais une fois le gâteau africain réparti entre les puissances coloniales, celles-ci, sous prétexte de ne pas brusquer le cours des choses et de respecter les coutumes « indigènes », se gardèrent bien d?abolir effectivement les structures esclavagistes qu?elles avaient trouvées. L?esclavage persista donc à l?intérieur du système colonial, comme le montrèrent les enquêtes réalisées à l?initiative de la Société des nations (SDN) entre les deux guerres mondiales (7). Pis, pour faire marcher la machine économique, il créèrent un esclavage nouveau, sous la forme du travail forcé : « De quelque nom que l?on masque le travail forcé, on ne peut pas faire que ce ne soit pas en fait et en droit l?esclavage rétabli et encouragé ( ». Ici encore, pour s?en tenir au cas français, c?est à l?intérieur de l?Afrique qu?est né le désir de liberté. N?est-ce pas aux élus africains, Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor en tête, que l?on doit l?abolition du travail forcé en 1946, seulement en 1946 ?

Elikia M?bokolo.


(1) Ralph Austen, African Economic History, James Curey, Londres, 1987, p. 275 ; Elikia M?Bokolo, Afrique noire. Histoire et civilisations, tome I, Hatier-Aupelf, Paris, 1995, p. 264 ; Joseph E. Inikori (sous la direction de), Forced Migration. The Impact of the Export Slave Trade on African Societies, Hutchinson, Londres, 1982 ; Philip D. Curtin, The Atlantic Slave Trade. A Census, The University of Wisconsin Press, Madison, 1969.

(2) Alexandre Popovic, La Révolte des esclaves en Irak au IIIe-IXe siècle, Geuthner, Paris, 1976.

(3) Abdul Sheriff, Slaves, Spices and Ivory. Integration of an African Commercial Empire into the World Economy, James Currey, Londres, 1988.

(4) Alex Hailey, Racines, Lattès, Paris, 1993.

(5) Akinjogbin, Dahomey and its Neighbours, 1708-1818, Cambridge University Press, Cambridge, 1967, p. 26.

(6) Walter Rodney, How Europe Underdeveloped Africa, Bogle-L?Ouverture, Londres, 1972.

(7) Claude Meillassoux, L?Esclavage en Afrique précoloniale, François Maspero, Paris, 1975.

( Lettre des députés français au ministre des colonies, 22 février 1946.

Lire :
- « Périssent les colonies »


LE MONDE DIPLOMATIQUE | avril 1998 | Pages 16 et 17
http://www.monde-diplomatique.fr/1998/04/M_BOKOLO/10269

Rèné   | Unregistered | 26-04-2006 21:51:00
La dimension africaine de la traite des Noirs

De Elikia M'Bokolo, Paru dans :
LE MONDE DIPLOMATIQUE

SOUS-SECRÉTAIRE d?Etat aux colonies françaises, Victor Schoelcher signait, le 27 avril 1848, le décret d?émancipation des esclaves. Pour arracher cette décision à son ministre hésitant, il avait dû l?avertir des risques d?une rébellion générale si l?on maintenait les choses en l?état. La résistance des esclaves fut en effet capitale dans la désision abolitionniste de Paris. Dans une Afrique ravagée par la traite des Noirs - et qui demeure marquée par cette effroyable saignée - la liberté finalement arrachée a été plus le résultat de l?élan propre des sociétés africaines que d?une soudaine générosité des esclavagistes.

Par Elikia M?bokolo
Historien, directeur d?études à l?Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Paris ; président de la Coordination de la diaspora zaïroise.

Même habitué au spectacle des crimes qui jalonnent l?histoire de l?humanité, l?historien ne peut s?empêcher d?éprouver un mélange d?effroi, d?indignation et de dégoût à remuer les matériaux relatifs à l?esclavage des Africains. Comment cela a-t-il été possible ? Et si longtemps, et à une telle échelle ? Nulle part ailleurs dans le monde ne se rencontre en effet une tragédie d?une telle ampleur.

C?est par toutes les issues possibles - à travers le Sahara, par la mer Rouge, par l?océan Indien, à travers l?Atlantique - que le continent noir a été saigné de son capital humain. Dix siècles au moins (du IXe au XIXe) de mise en servitude au profit des pays musulmans. Plus de quatre siècles (de la fin du XVe au XIXe) de commerce régulier pour construire les Amériques et pour la prospérité des Etats chrétiens d?Europe. Ajoutez à cela des chiffres, même très controversés, qui donnent le vertige. Quatre millions d?esclaves exportés par la mer Rouge, quatre millions encore par les ports swahilis de l?océan Indien, neuf millions peut-être par les caravanes transsahariennes, onze à vingt millions, selon les auteurs, à travers l?océan Atlantique (1).

Ce n?est pas un hasard si, parmi tous ces trafics, c?est « la traite » dans l?absolu, c?est-à-dire la traite européenne et transatlantique, qui retient le plus l?attention et suscite le plus de débats. Elle n?est pas seulement, jusqu?à ce jour, la moins mal documentée. Elle est aussi celle qui s?est attachée de manière exclusive à l?asservissement des seuls Africains, tandis que les pays musulmans ont asservi indifféremment des Blancs et des Noirs. Elle est enfin celle qui, de toute évidence, peut le mieux rendre compte de la situation actuelle de l?Afrique, dans la mesure où en sont issus la fragilisation durable du continent, sa colonisation par l?impérialisme européen du XIXe siècle, le racisme et le mépris dont les Africains sont encore accablés.

Car, au-delà des querelles récurrentes qui divisent les spécialistes, les questions fondamentales que soulève l?esclavage des Africains n?ont guère varié depuis que, à partir du XVIIIe siècle, le débat a été porté sur la place publique tant par les idées des abolitionnistes dans les Etats esclavagistes du Nord que par les revendications des penseurs noirs et par la lutte continue des esclaves eux-mêmes. Pourquoi les Africains plutôt que les autres ? A qui, précisément, imputer la responsabilité de la traite ? Aux seuls Européens ou aux Africains eux-mêmes ? L?Afrique a-t-elle vraiment souffert de la traite ou celle-ci n?a-t-elle été qu?un phénomène marginal, qui n?aurait affecté que quelques sociétés côtières ?

Le commerce ou la mort
IL faut peut- être revenir aux commencements car ils éclairent les mécanismes durables par lesquels le continent a été jeté, puis maintenu dans ce cycle infernal. Il n?est pas sûr que, à l?origine, la traite européenne soit dérivée de la traite arabe. Celle-ci apparut longtemps comme le complément d?un commerce autrement plus fructueux, celui de l?or du Soudan et des produits précieux, rares ou curieux, alors que, malgré quelques exportations de marchandises (or, ivoire, bois...), ce fut le commerce des hommes qui mobilisa toute l?énergie des Européens sur les côtes d?Afrique. En outre, la traite arabe était orientée principalement vers la satisfaction des besoins domestiques ; au contraire, à la suite du succès des plantations esclavagistes créées dans les îles situées au large du continent (Sao Tomé, Principe, îles du Cap-Vert), les Africains exportés vers le Nouveau Monde fournirent la force de travail des plantations coloniales, plus rarement celle des mines, dont les produits - or, argent et, surtout, sucre, cacao, coton, tabac, café - alimentèrent très largement le négoce international.

Tenté en Irak, l?esclavage productif des Africains fut un désastre et provoqua de gigantesques révoltes, dont la plus importante dura plusieurs années (de 869 à 883) et sonna le glas de l?exploitation massive de la main-d?oeuvre noire dans le monde arabe (2). Il faudra attendre le XIXe siècle pour voir réapparaître, en pays musulman, l?esclavage productif dans les plantations de Zanzibar dont les produits (clous de girofle, noix de coco) allaient d?ailleurs, en partie, vers les marchés occidentaux (3). Les deux systèmes esclavagistes ont néanmoins en commun la même justification de l?injustifiable : le racisme, plus ou moins explicite, et puisant pareillement dans le registre religieux. Dans les deux cas, on trouve en effet la même interprétation fallacieuse de la Genèse selon laquelle les Noirs d?Afrique, étant prétendûment les descendants de Cham, seraient maudits et condamnés à être des esclaves.

La suite ici :

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/04/M_BOKOLO/10269
Moringue   | Unregistered | 26-04-2006 22:00:39
Lire dans Le monde diplomatique :

La dimension africaine de la traite des noirs

Par Elikia M'Bokolo, Historien, directeur d?études à l?Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Paris ; président de la Coordination de la diaspora zaïroise.

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/04/M_BOKOLO/10269

"Même habitué au spectacle des crimes qui jalonnent l?histoire de l?humanité, l?historien ne peut s?empêcher d?éprouver un mélange d?effroi, d?indignation et de dégoût à remuer les matériaux relatifs à l?esclavage des Africains. Comment cela a-t-il été possible ? Et si longtemps, et à une telle échelle ? Nulle part ailleurs dans le monde ne se rencontre en effet une tragédie d?une telle ampleur.

C?est par toutes les issues possibles - à travers le Sahara, par la mer Rouge, par l?océan Indien, à travers l?Atlantique - que le continent noir a été saigné de son capital humain. Dix siècles au moins (du IXe au XIXe) de mise en servitude au profit des pays musulmans. Plus de quatre siècles (de la fin du XVe au XIXe) de commerce régulier pour construire les Amériques et pour la prospérité des Etats chrétiens d?Europe. Ajoutez à cela des chiffres, même très controversés, qui donnent le vertige. Quatre millions d?esclaves exportés par la mer Rouge, quatre millions encore par les ports swahilis de l?océan Indien, neuf millions peut-être par les caravanes transsahariennes, onze à vingt millions, selon les auteurs, à travers l?océan Atlantique (1).

Ce n?est pas un hasard si, parmi tous ces trafics, c?est « la traite » dans l?absolu, c?est-à-dire la traite européenne et transatlantique, qui retient le plus l?attention et suscite le plus de débats. Elle n?est pas seulement, jusqu?à ce jour, la moins mal documentée. Elle est aussi celle qui s?est attachée de manière exclusive à l?asservissement des seuls Africains, tandis que les pays musulmans ont asservi indifféremment des Blancs et des Noirs. Elle est enfin celle qui, de toute évidence, peut le mieux rendre compte de la situation actuelle de l?Afrique, dans la mesure où en sont issus la fragilisation durable du continent, sa colonisation par l?impérialisme européen du XIXe siècle, le racisme et le mépris dont les Africains sont encore accablés.

Car, au-delà des querelles récurrentes qui divisent les spécialistes, les questions fondamentales que soulève l?esclavage des Africains n?ont guère varié depuis que, à partir du XVIIIe siècle, le débat a été porté sur la place publique tant par les idées des abolitionnistes dans les Etats esclavagistes du Nord que par les revendications des penseurs noirs et par la lutte continue des esclaves eux-mêmes. Pourquoi les Africains plutôt que les autres ? A qui, précisément, imputer la responsabilité de la traite ? Aux seuls Européens ou aux Africains eux-mêmes ? L?Afrique a-t-elle vraiment souffert de la traite ou celle-ci n?a-t-elle été qu?un phénomène marginal, qui n?aurait affecté que quelques sociétés côtières ?

Le commerce ou la mort
IL faut peut- être revenir aux commencements car ils éclairent les mécanismes durables par lesquels le continent a été jeté, puis maintenu dans ce cycle infernal. Il n?est pas sûr que, à l?origine, la traite européenne soit dérivée de la traite arabe. Celle-ci apparut longtemps comme le complément d?un commerce autrement plus fructueux, celui de l?or du Soudan et des produits précieux, rares ou curieux, alors que, malgré quelques exportations de marchandises (or, ivoire, bois...), ce fut le commerce des hommes qui mobilisa toute l?énergie des Européens sur les côtes d?Afrique. En outre, la traite arabe était orientée principalement vers la satisfaction des besoins domestiques ; au contraire, à la suite du succès des plantations esclavagistes créées dans les îles situées au large du continent (Sao Tomé, Principe, îles du Cap-Vert), les Africains exportés vers le Nouveau Monde fournirent la force de travail des plantations coloniales, plus rarement celle des mines, dont les produits - or, argent et, surtout, sucre, cacao, coton, tabac, café - alimentèrent très largement le négoce international.

Tenté en Irak, l?esclavage productif des Africains fut un désastre et provoqua de gigantesques révoltes, dont la plus importante dura plusieurs années (de 869 à 883) et sonna le glas de l?exploitation massive de la main-d?oeuvre noire dans le monde arabe (2). Il faudra attendre le XIXe siècle pour voir réapparaître, en pays musulman, l?esclavage productif dans les plantations de Zanzibar dont les produits (clous de girofle, noix de coco) allaient d?ailleurs, en partie, vers les marchés occidentaux (3). Les deux systèmes esclavagistes ont néanmoins en commun la même justification de l?injustifiable : le racisme, plus ou moins explicite, et puisant pareillement dans le registre religieux. Dans les deux cas, on trouve en effet la même interprétation fallacieuse de la Genèse selon laquelle les Noirs d?Afrique, étant prétendûment les descendants de Cham, seraient maudits et condamnés à être des esclaves.

Ce ne fut pas sans peine que les Européens mirent en place le commerce du « bois d?ébène ». Au début, il ne s?agissait guère que de rapt : les fortes images de Racines, d?Alex Hailey (4), sont confirmées par la Chronique de Guinée écrite au milieu du XVe siècle par le Portugais Gomes Eanes de Zurara. Mais l?exploitation des mines et des plantations exigeait sans cesse plus de bras : il fallut organiser un véritable système pour leur assurer un approvisionnement régulier. Les Espagnols instituent dès le début du XVIe siècle les « licences » (à partir de 1513) et les asientos (« contrats », à partir de 152, qui transfèrent à des particuliers le monopole d?Etat d?importation des Noirs.

Les grandes compagnies de traite se constitueront dans la seconde moitié du XVIIe siècle parallèlement à la redistribution entre les nations européennes des Amériques et du monde, que le traité de Tordesillas (1494) et plusieurs textes pontificaux avaient réservés aux seuls Espagnols et Portugais. Français, Britanniques et Hollandais, Portugais et Espagnols, mais aussi Danois, Suédois, Brandebourgeois... : c?est toute l?Europe qui participe par la suite à la curée, en multipliant les compagnies à monopole et les forts, comptoirs et colonies qui s?égrènent du Sénégal jusqu?au Mozambique. Seuls manquent à l?appel la lointaine Russie et les pays balkaniques, qui reçoivent néanmoins leurs petits contingents d?esclaves par l?intermédiaire de l?empire ottoman.

Sur place, en Afrique, les razzias et rapts organisés par les Européens cèdent vite le pas à un commerce régulier. C?est à leur corps défendant que les sociétés africaines entrent dans le système négrier, quitte, une fois dedans, à chercher à en tirer le maximum d?avantages. Voyez, entre autres exemples, les protestations du roi de Kongo Nzinga Mvemba : « converti » au christianisme dès 1491, celui-ci considère le souverain du Portugal comme son « frère » et, après sa prise de pouvoir en 1506, il ne comprend pas que les Portugais, sujets de son « frère », se permettent de razzier ses possessions et d?emmener les gens de Kongo en esclavage. Ce sera en vain : cet adversaire de la traite se laissera peu à peu convaincre de l?utilité et de la nécessité de ce commerce. En effet, parmi les marchandises proposées en échange des hommes, les fusils occupent une place de choix. Et seuls les Etats équipés de ces fusils, c?est-à-dire participant à la traite, peuvent à la fois s?opposer aux attaques éventuelles de leurs voisins et développer des politiques expansionnistes.

Les Etats africains se sont donc, si l?on peut dire, laissé piéger par les négriers européens. Le commerce ou la mort : au coeur de tous les Etats côtiers ou proches des zones de traite se trouve la contradiction entre la raison d?Etat, qui commande de ne négliger aucune des ressources nécessaires à la sécurité et à la richesse, et les chartes fondatrices des royautés qui imposent aux souverains de préserver la vie, la prospérité et les droits de leurs sujets. D?où la volonté, de la part des Etats engagés dans la traite, de contenir celle-ci dans des limites strictes. Aux Français qui lui demandent l?autorisation d?ériger une factorerie, le roi Tezifon d?Allada fait en 1670 cette réponse dont on appréciera la lucidité : « Vous allez construire une maison dans laquelle vous mettrez d?abord deux petites pièces de canon, l?année suivante vous en monterez quatre, et en peu de temps votre factorerie va se métamorphoser en un fort qui va faire de vous le maître de mes Etats et vous rendre capables de m?imposer des lois (5) . » De Saint-Louis du Sénégal à l?embouchure du fleuve Congo, les sociétés et Etats locaux vont pour la plupart réussir dans cette politique pour le moins ambiguë de collaboration, de suspicion et de contrôle.

Au contraire, dans certaines parties de la Guinée, en Angola et au Mozambique, les Européens vont s?impliquer directement dans les réseaux guerriers et marchands africains, avec la complicité de partenaires locaux noirs ou métis, ceux-ci étant issus de ces aventuriers blancs, à la réputation peu enviable, même en ces temps de grande cruauté : ainsi, les lançados portugais (ceux qui osèrent « se lancer » à l?intérieur des terres) nous sont décrits au début du XVIe siècle comme « la semence de l?enfer », « tout ce qu?il y a de mal », « assassins, débauchés, voleurs ». Avec le temps, ce groupe d?intermédiaires va s?étoffer au point de constituer, en plusieurs points de la côte, cette classe de « princes marchands » sur laquelle la traite va reposer.

Leur profit ? Les chargements des navires négriers, scrupuleusement comptabilisés en bonne logique marchande, nous en donnent une parfaite idée : fusils, barils de poudre, eaux-de-vie, tissus, verroterie, quincaillerie, voilà contre quoi on a échangé des millions d?Africains. Echange inégal, bien sûr. A ceux qui s?étonneraient de telles inégalités, on fera observer que la même logique se poursuit sous nos yeux et que notre siècle n?a guère fait mieux, qui a vu des solliciteurs empressés venus des pays du Nord convaincre des chefs d?Etat africains d?importer des « éléphants blancs » en échange de médiocres bénéfices personnels.

On voit donc que l?arsenal idéologique déployé par les négriers pour justifier la traite ne correspondait pas aux réalités ni aux dynamiques du terrain africain. Les Africains n?avaient, comme tous les peuples, aucun goût particulier pour l?esclavage, et c?est bien un système qui a généré et entretenu celui-ci. Si l?on connaît bien les révoltes des esclaves noirs au cours de la traversée de l?Atlantique et dans les pays d?accueil, on est loin d?imaginer l?ampleur et la diversité des formes de résistance en Afrique même. Résistance à la traite autant qu?à l?esclavage intérieur, produit ou aggravé par le commerce négrier.

Une source longtemps ignorée, la Lloyd?s List, jette une lumière inattendue sur le rejet de ce commerce dans les sociétés côtières africaines. Les détails dont elle fourmille sur les sinistres survenus aux navires assurés, à partir de sa fondation en 1689, par la célèbre firme de Londres montrent que, dans un nombre significatif de cas connus (plus de 17 %), le sinistre est dû à une insurrection, à une révolte ou à des pillages sur place en Afrique. Les auteurs de ces actes de rébellion étaient les esclaves, mais aussi des gens de la côte. Tout se passe comme si l?on était en face de deux logiques : celle des Etats installés bon gré, mal gré dans le système négrier ; celle des populations libres, menacées en permanence d?asservissement et manifestant leur solidarité avec les gens réduits à l?esclavage.

Quant à l?esclavage interne, tout semble indiquer qu?il s?est à la fois amplifié et durci parallèlement à la croissance de la traite, entraînant de multiples formes de résistance : fuite ; rébellion ouverte ; recours aux ressources de la religion dont les exemples sont attestés en terre d?islam comme en pays de chrétienté. Ainsi, dans la vallée du fleuve Sénégal, la tentation de certains souverains d?asservir et de vendre leurs propres sujets provoqua, dès la fin du XVIIe siècle, la « guerre des marabouts » ou le mouvement toubenan (de tuub, se convertir à l?islam). Son initiateur, Nasir al-Din, proclamait précisément que « Dieu ne permet point aux roys de piller, tuer, ny faire captifs leurs peuples, qu?il les a au contraire donnés pour les maintenir et garder de leurs ennemis, les peuples n?étant point faits pour les roys, mais les roys pour les peuples ».

Plus au sud, dans ce qui est aujourd?hui l?Angola, les peuples kongos utilisèrent le christianisme de la même manière, à la fois contre les missionnaires, compromis dans la traite, et contre les pouvoirs locaux. Au début du XVIIIe siècle, une prophétesse d?une vingtaine d?années, Kimpa Vita (connue aussi comme Dona Béatrice), prit le contre-pied des arguments racistes des négriers et se mit à prêcher un message égalitaire selon lequel « au ciel il n?y a pas de Blancs ni de Noirs » et que « Jésus-Christ et d?autres saints sont originaires du Congo, de la race noire ». On sait que ce recours au religieux n?a cessé, jusqu?à nos jours, d?accompagner dans plusieurs régions d?Afrique les revendications en faveur de la liberté et de l?égalité. De tels faits montrent que, loin d?être un phénomène marginal, la traite s?inscrit au centre de l?histoire moderne de l?Afrique et que la résistance à la traite a induit des attitudes et des pratiques encore observables aujourd?hui.

La « sauvagerie » du continent
IL faut donc se défier des impressions héritées de la propagande abolitionniste et que peuvent entretenir certaines manières de commémorer les abolitions de l?esclavage. Le désir de liberté et la liberté elle-même ne sont pas venus aux Africains de l?extérieur, des philosophes des Lumières, des agitateurs abolitionnistes ou de l?humanitarisme républicain ; ils sont venus de l?élan propre des sociétés africaines. D?ailleurs, dès la fin du XVIIIe siècle, on a vu dans les pays riverains du golfe de Guinée des négociants, enrichis le plus souvent par la traite, prendre des distances par rapport à ce trafic et envoyer des enfants en Grande-Bretagne pour se former dans les sciences et métiers utiles au développement du commerce. C?est pourquoi, tout au long du XIXe siècle, les sociétés africaines n?eurent aucun mal à répondre positivement aux sollicitations nouvelles de l?Europe industrielle, convertie au « commerce licite » des produits du sol et désormais hostile à la traite, devenue « trafic illicite » et « commerce honteux ».

Mais cette Afrique-là était bien différente de celle que les Européens avaient rencontrée à la fin du XVe siècle. Comme a tenté de le montrer l?historien trinidadien Walter Rodney, elle avait été engagée, du fait de la traite, dans une voie périlleuse pour elle et se trouvait bel et bien sous- développée (6). Le racisme issu de la période négrière trouva dans ces circonstances l?occasion de se renouveler. En effet, le discours des Européens sur l?Afrique portait désormais sur l? « archaïsme », l? « arriération », la « sauvagerie » du continent. Chargé de jugements de valeur, il posait désormais l?Occident en modèle. Les bouleversements et la régression de l?Afrique n?étaient pas mis au compte de développements historiques réels, dans lesquels l?Europe avait sa part, mais attribués à la « nature » innée des Africains. Le colonialisme et l?impérialisme naissants purent ainsi se parer des atours de l?humanitarisme et des prétendus « devoirs » des « civilisations supérieures » et des « races supérieures ». Les Etats ci-devant négriers ne parlaient plus que de libérer l?Afrique des « Arabes » esclavagistes et des potentats noirs, eux aussi esclavagistes.

Mais une fois le gâteau africain réparti entre les puissances coloniales, celles-ci, sous prétexte de ne pas brusquer le cours des choses et de respecter les coutumes « indigènes », se gardèrent bien d?abolir effectivement les structures esclavagistes qu?elles avaient trouvées. L?esclavage persista donc à l?intérieur du système colonial, comme le montrèrent les enquêtes réalisées à l?initiative de la Société des nations (SDN) entre les deux guerres mondiales (7). Pis, pour faire marcher la machine économique, il créèrent un esclavage nouveau, sous la forme du travail forcé : « De quelque nom que l?on masque le travail forcé, on ne peut pas faire que ce ne soit pas en fait et en droit l?esclavage rétabli et encouragé ( ». Ici encore, pour s?en tenir au cas français, c?est à l?intérieur de l?Afrique qu?est né le désir de liberté. N?est-ce pas aux élus africains, Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor en tête, que l?on doit l?abolition du travail forcé en 1946, seulement en 1946 ?"

Elikia M?bokolo.

(1) Ralph Austen, African Economic History, James Curey, Londres, 1987, p. 275 ; Elikia M?Bokolo, Afrique noire. Histoire et civilisations, tome I, Hatier-Aupelf, Paris, 1995, p. 264 ; Joseph E. Inikori (sous la direction de), Forced Migration. The Impact of the Export Slave Trade on African Societies, Hutchinson, Londres, 1982 ; Philip D. Curtin, The Atlantic Slave Trade. A Census, The University of Wisconsin Press, Madison, 1969.

(2) Alexandre Popovic, La Révolte des esclaves en Irak au IIIe-IXe siècle, Geuthner, Paris, 1976.

(3) Abdul Sheriff, Slaves, Spices and Ivory. Integration of an African Commercial Empire into the World Economy, James Currey, Londres, 1988.

(4) Alex Hailey, Racines, Lattès, Paris, 1993.

(5) Akinjogbin, Dahomey and its Neighbours, 1708-1818, Cambridge University Press, Cambridge, 1967, p. 26.

(6) Walter Rodney, How Europe Underdeveloped Africa, Bogle-L?Ouverture, Londres, 1972.

(7) Claude Meillassoux, L?Esclavage en Afrique précoloniale, François Maspero, Paris, 1975.

( Lettre des députés français au ministre des colonies, 22 février 1946.

Lire :
- « Périssent les colonies »

LE MONDE DIPLOMATIQUE | avril 1998 | Pages 16 et 17
http://www.monde-diplomatique.fr/1998/04/M_BOKOLO/10269
Moringue   | Unregistered | 26-04-2006 22:01:06
Lire dans Le monde diplomatique :

La dimension africaine de la traite des noirs

Par Elikia M'Bokolo, Historien, directeur d?études à l?Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Paris ; président de la Coordination de la diaspora zaïroise.

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/04/M_BOKOLO/10269

"Même habitué au spectacle des crimes qui jalonnent l?histoire de l?humanité, l?historien ne peut s?empêcher d?éprouver un mélange d?effroi, d?indignation et de dégoût à remuer les matériaux relatifs à l?esclavage des Africains. Comment cela a-t-il été possible ? Et si longtemps, et à une telle échelle ? Nulle part ailleurs dans le monde ne se rencontre en effet une tragédie d?une telle ampleur.

C?est par toutes les issues possibles - à travers le Sahara, par la mer Rouge, par l?océan Indien, à travers l?Atlantique - que le continent noir a été saigné de son capital humain. Dix siècles au moins (du IXe au XIXe) de mise en servitude au profit des pays musulmans. Plus de quatre siècles (de la fin du XVe au XIXe) de commerce régulier pour construire les Amériques et pour la prospérité des Etats chrétiens d?Europe. Ajoutez à cela des chiffres, même très controversés, qui donnent le vertige. Quatre millions d?esclaves exportés par la mer Rouge, quatre millions encore par les ports swahilis de l?océan Indien, neuf millions peut-être par les caravanes transsahariennes, onze à vingt millions, selon les auteurs, à travers l?océan Atlantique (1).

Ce n?est pas un hasard si, parmi tous ces trafics, c?est « la traite » dans l?absolu, c?est-à-dire la traite européenne et transatlantique, qui retient le plus l?attention et suscite le plus de débats. Elle n?est pas seulement, jusqu?à ce jour, la moins mal documentée. Elle est aussi celle qui s?est attachée de manière exclusive à l?asservissement des seuls Africains, tandis que les pays musulmans ont asservi indifféremment des Blancs et des Noirs. Elle est enfin celle qui, de toute évidence, peut le mieux rendre compte de la situation actuelle de l?Afrique, dans la mesure où en sont issus la fragilisation durable du continent, sa colonisation par l?impérialisme européen du XIXe siècle, le racisme et le mépris dont les Africains sont encore accablés.

Car, au-delà des querelles récurrentes qui divisent les spécialistes, les questions fondamentales que soulève l?esclavage des Africains n?ont guère varié depuis que, à partir du XVIIIe siècle, le débat a été porté sur la place publique tant par les idées des abolitionnistes dans les Etats esclavagistes du Nord que par les revendications des penseurs noirs et par la lutte continue des esclaves eux-mêmes. Pourquoi les Africains plutôt que les autres ? A qui, précisément, imputer la responsabilité de la traite ? Aux seuls Européens ou aux Africains eux-mêmes ? L?Afrique a-t-elle vraiment souffert de la traite ou celle-ci n?a-t-elle été qu?un phénomène marginal, qui n?aurait affecté que quelques sociétés côtières ?

Le commerce ou la mort
IL faut peut- être revenir aux commencements car ils éclairent les mécanismes durables par lesquels le continent a été jeté, puis maintenu dans ce cycle infernal. Il n?est pas sûr que, à l?origine, la traite européenne soit dérivée de la traite arabe. Celle-ci apparut longtemps comme le complément d?un commerce autrement plus fructueux, celui de l?or du Soudan et des produits précieux, rares ou curieux, alors que, malgré quelques exportations de marchandises (or, ivoire, bois...), ce fut le commerce des hommes qui mobilisa toute l?énergie des Européens sur les côtes d?Afrique. En outre, la traite arabe était orientée principalement vers la satisfaction des besoins domestiques ; au contraire, à la suite du succès des plantations esclavagistes créées dans les îles situées au large du continent (Sao Tomé, Principe, îles du Cap-Vert), les Africains exportés vers le Nouveau Monde fournirent la force de travail des plantations coloniales, plus rarement celle des mines, dont les produits - or, argent et, surtout, sucre, cacao, coton, tabac, café - alimentèrent très largement le négoce international.

Tenté en Irak, l?esclavage productif des Africains fut un désastre et provoqua de gigantesques révoltes, dont la plus importante dura plusieurs années (de 869 à 883) et sonna le glas de l?exploitation massive de la main-d?oeuvre noire dans le monde arabe (2). Il faudra attendre le XIXe siècle pour voir réapparaître, en pays musulman, l?esclavage productif dans les plantations de Zanzibar dont les produits (clous de girofle, noix de coco) allaient d?ailleurs, en partie, vers les marchés occidentaux (3). Les deux systèmes esclavagistes ont néanmoins en commun la même justification de l?injustifiable : le racisme, plus ou moins explicite, et puisant pareillement dans le registre religieux. Dans les deux cas, on trouve en effet la même interprétation fallacieuse de la Genèse selon laquelle les Noirs d?Afrique, étant prétendûment les descendants de Cham, seraient maudits et condamnés à être des esclaves.

Ce ne fut pas sans peine que les Européens mirent en place le commerce du « bois d?ébène ». Au début, il ne s?agissait guère que de rapt : les fortes images de Racines, d?Alex Hailey (4), sont confirmées par la Chronique de Guinée écrite au milieu du XVe siècle par le Portugais Gomes Eanes de Zurara. Mais l?exploitation des mines et des plantations exigeait sans cesse plus de bras : il fallut organiser un véritable système pour leur assurer un approvisionnement régulier. Les Espagnols instituent dès le début du XVIe siècle les « licences » (à partir de 1513) et les asientos (« contrats », à partir de 152, qui transfèrent à des particuliers le monopole d?Etat d?importation des Noirs.

Les grandes compagnies de traite se constitueront dans la seconde moitié du XVIIe siècle parallèlement à la redistribution entre les nations européennes des Amériques et du monde, que le traité de Tordesillas (1494) et plusieurs textes pontificaux avaient réservés aux seuls Espagnols et Portugais. Français, Britanniques et Hollandais, Portugais et Espagnols, mais aussi Danois, Suédois, Brandebourgeois... : c?est toute l?Europe qui participe par la suite à la curée, en multipliant les compagnies à monopole et les forts, comptoirs et colonies qui s?égrènent du Sénégal jusqu?au Mozambique. Seuls manquent à l?appel la lointaine Russie et les pays balkaniques, qui reçoivent néanmoins leurs petits contingents d?esclaves par l?intermédiaire de l?empire ottoman.

Sur place, en Afrique, les razzias et rapts organisés par les Européens cèdent vite le pas à un commerce régulier. C?est à leur corps défendant que les sociétés africaines entrent dans le système négrier, quitte, une fois dedans, à chercher à en tirer le maximum d?avantages. Voyez, entre autres exemples, les protestations du roi de Kongo Nzinga Mvemba : « converti » au christianisme dès 1491, celui-ci considère le souverain du Portugal comme son « frère » et, après sa prise de pouvoir en 1506, il ne comprend pas que les Portugais, sujets de son « frère », se permettent de razzier ses possessions et d?emmener les gens de Kongo en esclavage. Ce sera en vain : cet adversaire de la traite se laissera peu à peu convaincre de l?utilité et de la nécessité de ce commerce. En effet, parmi les marchandises proposées en échange des hommes, les fusils occupent une place de choix. Et seuls les Etats équipés de ces fusils, c?est-à-dire participant à la traite, peuvent à la fois s?opposer aux attaques éventuelles de leurs voisins et développer des politiques expansionnistes.

Les Etats africains se sont donc, si l?on peut dire, laissé piéger par les négriers européens. Le commerce ou la mort : au coeur de tous les Etats côtiers ou proches des zones de traite se trouve la contradiction entre la raison d?Etat, qui commande de ne négliger aucune des ressources nécessaires à la sécurité et à la richesse, et les chartes fondatrices des royautés qui imposent aux souverains de préserver la vie, la prospérité et les droits de leurs sujets. D?où la volonté, de la part des Etats engagés dans la traite, de contenir celle-ci dans des limites strictes. Aux Français qui lui demandent l?autorisation d?ériger une factorerie, le roi Tezifon d?Allada fait en 1670 cette réponse dont on appréciera la lucidité : « Vous allez construire une maison dans laquelle vous mettrez d?abord deux petites pièces de canon, l?année suivante vous en monterez quatre, et en peu de temps votre factorerie va se métamorphoser en un fort qui va faire de vous le maître de mes Etats et vous rendre capables de m?imposer des lois (5) . » De Saint-Louis du Sénégal à l?embouchure du fleuve Congo, les sociétés et Etats locaux vont pour la plupart réussir dans cette politique pour le moins ambiguë de collaboration, de suspicion et de contrôle.

Au contraire, dans certaines parties de la Guinée, en Angola et au Mozambique, les Européens vont s?impliquer directement dans les réseaux guerriers et marchands africains, avec la complicité de partenaires locaux noirs ou métis, ceux-ci étant issus de ces aventuriers blancs, à la réputation peu enviable, même en ces temps de grande cruauté : ainsi, les lançados portugais (ceux qui osèrent « se lancer » à l?intérieur des terres) nous sont décrits au début du XVIe siècle comme « la semence de l?enfer », « tout ce qu?il y a de mal », « assassins, débauchés, voleurs ». Avec le temps, ce groupe d?intermédiaires va s?étoffer au point de constituer, en plusieurs points de la côte, cette classe de « princes marchands » sur laquelle la traite va reposer.

Leur profit ? Les chargements des navires négriers, scrupuleusement comptabilisés en bonne logique marchande, nous en donnent une parfaite idée : fusils, barils de poudre, eaux-de-vie, tissus, verroterie, quincaillerie, voilà contre quoi on a échangé des millions d?Africains. Echange inégal, bien sûr. A ceux qui s?étonneraient de telles inégalités, on fera observer que la même logique se poursuit sous nos yeux et que notre siècle n?a guère fait mieux, qui a vu des solliciteurs empressés venus des pays du Nord convaincre des chefs d?Etat africains d?importer des « éléphants blancs » en échange de médiocres bénéfices personnels.

On voit donc que l?arsenal idéologique déployé par les négriers pour justifier la traite ne correspondait pas aux réalités ni aux dynamiques du terrain africain. Les Africains n?avaient, comme tous les peuples, aucun goût particulier pour l?esclavage, et c?est bien un système qui a généré et entretenu celui-ci. Si l?on connaît bien les révoltes des esclaves noirs au cours de la traversée de l?Atlantique et dans les pays d?accueil, on est loin d?imaginer l?ampleur et la diversité des formes de résistance en Afrique même. Résistance à la traite autant qu?à l?esclavage intérieur, produit ou aggravé par le commerce négrier.

Une source longtemps ignorée, la Lloyd?s List, jette une lumière inattendue sur le rejet de ce commerce dans les sociétés côtières africaines. Les détails dont elle fourmille sur les sinistres survenus aux navires assurés, à partir de sa fondation en 1689, par la célèbre firme de Londres montrent que, dans un nombre significatif de cas connus (plus de 17 %), le sinistre est dû à une insurrection, à une révolte ou à des pillages sur place en Afrique. Les auteurs de ces actes de rébellion étaient les esclaves, mais aussi des gens de la côte. Tout se passe comme si l?on était en face de deux logiques : celle des Etats installés bon gré, mal gré dans le système négrier ; celle des populations libres, menacées en permanence d?asservissement et manifestant leur solidarité avec les gens réduits à l?esclavage.

Quant à l?esclavage interne, tout semble indiquer qu?il s?est à la fois amplifié et durci parallèlement à la croissance de la traite, entraînant de multiples formes de résistance : fuite ; rébellion ouverte ; recours aux ressources de la religion dont les exemples sont attestés en terre d?islam comme en pays de chrétienté. Ainsi, dans la vallée du fleuve Sénégal, la tentation de certains souverains d?asservir et de vendre leurs propres sujets provoqua, dès la fin du XVIIe siècle, la « guerre des marabouts » ou le mouvement toubenan (de tuub, se convertir à l?islam). Son initiateur, Nasir al-Din, proclamait précisément que « Dieu ne permet point aux roys de piller, tuer, ny faire captifs leurs peuples, qu?il les a au contraire donnés pour les maintenir et garder de leurs ennemis, les peuples n?étant point faits pour les roys, mais les roys pour les peuples ».

Plus au sud, dans ce qui est aujourd?hui l?Angola, les peuples kongos utilisèrent le christianisme de la même manière, à la fois contre les missionnaires, compromis dans la traite, et contre les pouvoirs locaux. Au début du XVIIIe siècle, une prophétesse d?une vingtaine d?années, Kimpa Vita (connue aussi comme Dona Béatrice), prit le contre-pied des arguments racistes des négriers et se mit à prêcher un message égalitaire selon lequel « au ciel il n?y a pas de Blancs ni de Noirs » et que « Jésus-Christ et d?autres saints sont originaires du Congo, de la race noire ». On sait que ce recours au religieux n?a cessé, jusqu?à nos jours, d?accompagner dans plusieurs régions d?Afrique les revendications en faveur de la liberté et de l?égalité. De tels faits montrent que, loin d?être un phénomène marginal, la traite s?inscrit au centre de l?histoire moderne de l?Afrique et que la résistance à la traite a induit des attitudes et des pratiques encore observables aujourd?hui.

La « sauvagerie » du continent
IL faut donc se défier des impressions héritées de la propagande abolitionniste et que peuvent entretenir certaines manières de commémorer les abolitions de l?esclavage. Le désir de liberté et la liberté elle-même ne sont pas venus aux Africains de l?extérieur, des philosophes des Lumières, des agitateurs abolitionnistes ou de l?humanitarisme républicain ; ils sont venus de l?élan propre des sociétés africaines. D?ailleurs, dès la fin du XVIIIe siècle, on a vu dans les pays riverains du golfe de Guinée des négociants, enrichis le plus souvent par la traite, prendre des distances par rapport à ce trafic et envoyer des enfants en Grande-Bretagne pour se former dans les sciences et métiers utiles au développement du commerce. C?est pourquoi, tout au long du XIXe siècle, les sociétés africaines n?eurent aucun mal à répondre positivement aux sollicitations nouvelles de l?Europe industrielle, convertie au « commerce licite » des produits du sol et désormais hostile à la traite, devenue « trafic illicite » et « commerce honteux ».

Mais cette Afrique-là était bien différente de celle que les Européens avaient rencontrée à la fin du XVe siècle. Comme a tenté de le montrer l?historien trinidadien Walter Rodney, elle avait été engagée, du fait de la traite, dans une voie périlleuse pour elle et se trouvait bel et bien sous- développée (6). Le racisme issu de la période négrière trouva dans ces circonstances l?occasion de se renouveler. En effet, le discours des Européens sur l?Afrique portait désormais sur l? « archaïsme », l? « arriération », la « sauvagerie » du continent. Chargé de jugements de valeur, il posait désormais l?Occident en modèle. Les bouleversements et la régression de l?Afrique n?étaient pas mis au compte de développements historiques réels, dans lesquels l?Europe avait sa part, mais attribués à la « nature » innée des Africains. Le colonialisme et l?impérialisme naissants purent ainsi se parer des atours de l?humanitarisme et des prétendus « devoirs » des « civilisations supérieures » et des « races supérieures ». Les Etats ci-devant négriers ne parlaient plus que de libérer l?Afrique des « Arabes » esclavagistes et des potentats noirs, eux aussi esclavagistes.

Mais une fois le gâteau africain réparti entre les puissances coloniales, celles-ci, sous prétexte de ne pas brusquer le cours des choses et de respecter les coutumes « indigènes », se gardèrent bien d?abolir effectivement les structures esclavagistes qu?elles avaient trouvées. L?esclavage persista donc à l?intérieur du système colonial, comme le montrèrent les enquêtes réalisées à l?initiative de la Société des nations (SDN) entre les deux guerres mondiales (7). Pis, pour faire marcher la machine économique, il créèrent un esclavage nouveau, sous la forme du travail forcé : « De quelque nom que l?on masque le travail forcé, on ne peut pas faire que ce ne soit pas en fait et en droit l?esclavage rétabli et encouragé ( ». Ici encore, pour s?en tenir au cas français, c?est à l?intérieur de l?Afrique qu?est né le désir de liberté. N?est-ce pas aux élus africains, Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor en tête, que l?on doit l?abolition du travail forcé en 1946, seulement en 1946 ?"

Elikia M?bokolo.

(1) Ralph Austen, African Economic History, James Curey, Londres, 1987, p. 275 ; Elikia M?Bokolo, Afrique noire. Histoire et civilisations, tome I, Hatier-Aupelf, Paris, 1995, p. 264 ; Joseph E. Inikori (sous la direction de), Forced Migration. The Impact of the Export Slave Trade on African Societies, Hutchinson, Londres, 1982 ; Philip D. Curtin, The Atlantic Slave Trade. A Census, The University of Wisconsin Press, Madison, 1969.

(2) Alexandre Popovic, La Révolte des esclaves en Irak au IIIe-IXe siècle, Geuthner, Paris, 1976.

(3) Abdul Sheriff, Slaves, Spices and Ivory. Integration of an African Commercial Empire into the World Economy, James Currey, Londres, 1988.

(4) Alex Hailey, Racines, Lattès, Paris, 1993.

(5) Akinjogbin, Dahomey and its Neighbours, 1708-1818, Cambridge University Press, Cambridge, 1967, p. 26.

(6) Walter Rodney, How Europe Underdeveloped Africa, Bogle-L?Ouverture, Londres, 1972.

(7) Claude Meillassoux, L?Esclavage en Afrique précoloniale, François Maspero, Paris, 1975.

( Lettre des députés français au ministre des colonies, 22 février 1946.

Lire :
- « Périssent les colonies »

LE MONDE DIPLOMATIQUE | avril 1998 | Pages 16 et 17
http://www.monde-diplomatique.fr/1998/04/M_BOKOLO/10269
Ramboutan   | Unregistered | 26-04-2006 22:05:11
l'histoire est implacable et le révisionnisme est partout....
nasyon matnik péyi a sé ta nou   | Unregistered | 27-04-2006 00:53:08
c'est pas tous les africains qui ont vendus leurs freres , ils y e a qui ont lutter contre ca , comme Béhanzin .
Jaja   | Unregistered | 27-04-2006 04:09:28
erreur, la lignée des Behanzin était des vendeurs de nègres.....va apprendre ton histoire et sa "rebellion" contre l'état français n'a rien a voir avec un désir d'abolition de l'esclavage, mais alors rien du tout...là encore va apprendre ton histoire
Tant que les africains n'auront pas le courage d'accepter leur histoire, qu'ils ont été des vendeurs de nègres, eux mêmes ils ne pourront jamais développer une éthique, un respect de l'homme africain, donc d'eux mêmes!!

donc au lieu de lire les bétises de Bilé, qui cherche à se faire passer pour un défenseur d'une caus enègre quelqconque, d'autres africains réfléchissent et à un tout autre niveau que les écrits d'un pauvre petit journaliste perdu dans un petite de la Caaibe.....un planqué african au soleil en fait, comme il existe des planqués blancs aux antilles...rien d'autre que cela ce Bilé!!
Il y a des causes à défendre en Afrique, qui demandent autre chose que de se la jouer dans le confort occidental....

voilà un truc pour ceux qui ont envie d'aller un peu plus haut dan sla refléxion
:
>

http://www.africultures.com/index.asp? menu=affiche_article
&no=4346

Monsieur Bilé qui lit régulièrement Bondamanjak, pourrait nous faire un commentaire sur cela, rien que sur cela?

Jaja   | Unregistered | 27-04-2006 04:10:55
..., la « corruption africaine » a ceci de particulier que son centre de gravité, ou encore son moteur principal, est d?abord le rapport entre le désir et la sexualité génitale ? celle dont le propre est de donner lieu à des états d?intensité pure et crue. Du coup, en tant que course effrénée au désir, c?est une forme de corruption qui ne recule pas devant l?auto-destruction.....


..... les « élites » africaines ont toujours entretenu avec « l?acte de corrompre et d?être corrompu » une relation qui n?était pas seulement objectale (la domination et ses moeurs), mais éminemment socio-érotique (le calcul des jouissances). L?on peut, au demeurant, dater de la période de la Traite des esclaves le moment clé de cette transformation. En effet, à la faveur du commerce des vies que fut la Traite atlantique notamment, émerge en Afrique une forme de pouvoir dont la nature et l?essence, les conditions d?existence et d?action, les origines et les effets relèvent, strictement parlant, de la « corruption ».
Celle-ci, à cette époque, est alors l?équivalent de la « licence absolue » tandis qu?est considéré comme pouvoir tout ce qui s?incarne, de préférence, dans une pratique de la transgression ? mais une pratique qui se veut en même temps une esthétique. En d?autres termes, la « grande transformation » au moment de la première (et tragique) rencontre de l?Afrique et du capitalisme marchand réside dans le fait que les sociétés africaines rentrent dans un cycle meurtrier où la corruption n?est pas seulement un pouvoir ; le pouvoir est fondamentalement une manière de corrompre, c?est-à-dire d?inscrire le rapport à soi et à ceux que l?on domine dans l?univers de la jouissance et des sensations. La domination, dès lors, ne consiste pas tant à exploiter le travail de ceux que l?on s?est soumis qu?à transformer ces derniers en autant d?entités mort-vivantes dont la conversion en objets autorise une certaine expérience de la jouissance. C?est la raison pour laquelle, d?un point de vue historique, la « corruption africaine » est la marque d?un pouvoir qui ne cède pas sur ses désirs, même si ceux-ci l?entraînent inexorablement dans une collision avec le maître absolu : la mort. .....


En effet, au cours de la Traite des esclaves, corrompre et se faire corrompre participaient non seulement d?une manière d?exercer le pouvoir, mais d?une ontologie du pouvoir tout court. La manifestation la plus expressive de cette ontologie était la façon dont les « élites » de l?époque établissaient ou non une ligne de partage entre le monde des personnes humaines d?un côté et, de l?autre, l?univers des objets et des marchandises. Les êtres humains, sujets du potentat ou captifs de guerre, pouvaient en effet être convertis en objets/marchandises que l?on vendait aux négriers européens.
Leur « valeur » était mesurée à l?aune de la valeur des marchandises que le potentat acquérait en retour de la vente d?êtres humains. La conversion d?êtres humains en marchandises se faisait de façon indiscriminée. Elle pouvait toucher y compris les membres de la famille proche ou étendue du potentat, voire ses alliés. Les objets reçus en échange étaient ensuite investis dans un double calcul : le calcul de la domination (dans la mesure où le commerce des vies servait à asseoir les bases du pouvoir politique) et le calcul des jouissances : fumer (tabac), se mirer (miroirs), boire (rhum et alcools), acheter des fusils, se parer de divers accoutrements (tissus et étoffes diverses), manger, danser et copuler, amasser femmes, enfants, dépendants, pacotille et, surtout, ivre et hilare, s?amuser à longueur d?année......

.....Finalement, pour sortir de l?état de corruption, les Africains devront s?émanciper, tôt ou tard, de la loi des fétiches et de ses effets libidineux. C?est ainsi seulement qu?ils retrouveront leur autonomie morale, libérant au passage leur capacité à se souvenir du passé et à inventer le futur et se libérant, dans le même geste, de leurs « élites » - pervers du village s?il en était. ....

http://www.africultures.com/index.asp? menu=affiche_article
&no=4346

nasyon matnik péyi a sé ta nou   | Unregistered | 27-04-2006 04:42:26
JAJA
Es tu africaine ?
déja pou yonn c'est pas mon histoire , la mienne est martiniquaise et caribéenne et dezio meme si la lignée des Behanzin était des vendeurs de nègres cela ne veut pas dire que Béhanzin lui même l'était !
Les africains ont vendus des negres comme esclaves c'est vrai , je te rejoins sur ce point , mais la où je reste sceptique c'est : n'est ce pas jouer le jeu du colonialisme occidental de dire que TOUS les africains nous ont vendus alors que CERTAINS ont combattus les leurs pour sa ?
Je n'ai pas besoin de lire Bilé pour affirmer ce que je dit , d'ailleurs je ne l'ai jamais lu .
Si tu veux un livre interessant qui affirme ce que je dit , je t'invite à lire le livre de Max Dufrénot ( Nous, fils de nos ancêtres : état des lieux , état des hommes ) où la dedans tu peux savoir les rois africains qui ont combattus et vendus des negres ainsi que leur personnalités .
mési an pil mési an chay !
JL   | Unregistered | 27-04-2006 04:50:23
Surprenat cet éditorial. Mais , je suis d'accord avec la conclusion. La corruption en Afrque doit être considéré comme crime grave et toutes les parties prenantes (crrupteurs et corrompus) doivent être trainés devant le Tribunal Pénal International. C'est en effet le seul moyen d'avoir un résultat réeel avec les aides internationales (qu'ellses soient financières ou logistiques) C'est aussi comme ça que les jeunes (ingénieurs, scientifiques, profession de santé, etc..) pourront retourner vivre , si ils le souhaitent, dans leur pays pour aider ceux-ci avec leurs connaissances.
Indépendamment de ça, je dois dire que BILE a raison sur la différence de niveau et d'organisation de l'esclavage lors de la Traite Atlantique.
Alb   | Unregistered | 27-04-2006 05:08:21
Moi, je trouve ce texte courageux et instructif. Tout est dit dans cette phrase:

" Il serait vain de nier que les Africains, comme tant de peuples, à commencer par les plus grandes civilisations de l?Antiquité ou la France de l?Ancien régime avec le servage, ont, eux aussi, pratiqué l?esclavage. Pendant des siècles, des prisonniers de guerre ont, en Afrique, servi leurs vainqueurs, avec cette nuance que beaucoup d?entre eux étaient intégrés au cercle familial avec des droits et des devoirs mais aussi la possibilité d?être affranchis. Les autres, moins chanceux si l?on peut dire, étaient vendus à des marchands juifs ou arabes, et finissaient leurs jours loin de la terre africaine.
Il est temps d?en finir avec cette forme d?angélisme qui, chez certains Africains, consiste à nier une évidence : dès que des gens achètent quelque chose ou quelqu?un, il faut bien que d?autres vendent cette chose ou cette personne ! À force d?imaginer les Noirs comme certains Blancs le font, c?est-à-dire comme de « bons sauvages », on rejette l?idée que certains d?entre eux puissent commettre des actes hautement blâmables".

Merci à Bilé, qui est pour moi aussi antillais qu'africain, d'avoir osé dire ça et surtout l'écrire.
Kerabil   | Unregistered | 27-04-2006 06:51:55
Plis fòs pou Bilé, i ka fè travay-la myé ki mwen menm.
nasyon matnik péyi a sé ta nou   | Unregistered | 27-04-2006 06:54:30
JAJA

Lorsque tu dis apprend mon histoire c'est la mienne dont tu parles ( martiniquiase ) ou celle de l'autre ( africaines ) ?
Même si la lignée des Behanzin était des vendeurs de nègres cela ne veut pas dire que Béhanzin lui le faisait.Je sias les africains ont vendus des nègres la dessus je te rejoins , mais n'est ce pas jouer le jeu du colonialisme de dire que TOUT les africains ont vendus des negres alors que CERTAINS les ont combattus pour sa ?
Je t'invite à lire le livre de DUFRÉNOT MAX -AUGUSTE : Nous, fils de nos ancêtres : état des lieux, ÉTAT DES HOMMES , OÙ DEDANS TU POURRA VOIR LES NOM DES ROIS AFRICAINS QUI ONT VENDUS DES NÈGRES ET QUI ONT LUTTER CONTRE CES VENDEURS .
mazurka   | Unregistered | 27-04-2006 09:07:37


Pour ceux que ce sujet interesse vraiment !

un peu de lecture:

africains et européens en cause

http://www.grioo.com/forum/viewtopic.php?p=68188#68188

en ce moment sur le même forum : les africains ont vendu les antillais ?

http://grioo.com/forum/viewtopic.php?t=6286

Jaja essaie de faire la part des choses; ta haine des africains pollue ta pensée......

nasyon il n'y a pas que les rois qui se sont opposés à la traite il y a eu soulèvement des populations aussi
Serge.E   | Unregistered | 27-04-2006 09:19:25
Bonjour,

Comme il est facile de divertir le NEGRE. Bile énonce une vérité que l'on ne consteste plus: nul n'a l'apanage de la sagesse
En clair, il y a eu, tout comme chez les juifs et arméniens, des Africains indélicats qui ont contribué à l'essor de la Traite, avant d'en devenir, à leur tour, les vendus
Mais peut-on s'appuyer sur des cas mineurs pour expliquer un DRAME MAJEUR? NON !!!!
Si tel est le cas, il faudrait accuser les HALF JEWS, notamment Eichmann et Rosenberg, entre autres,d'être les initiateurs de l'holocauste, drame ayant 6 millions de membres de leur propre famille. Pourquoi ne parle t-on jamais de ces individus jugés au procès de Nuremberg?
Donc, faisons attention à ne pas devenir les perroquets de ceux qui ont mauvaise conscience d'avoir édité le code Noir, construit des fortunes sur le sang des Africains, violé des Negresses, converti de force au christianisme des millions de Negres, spolié les richesses matérielles et humaines d'un continent pendant 4 siècles de DRAME TRANSATLANTIQUE.
Nous devons utiliser la NUANCE pour parler de l'esclavagisme Africain, ce que ne font pas les BLANCS. Comme l'a rappelé Bile, les captifs Africains restaient des Hommes au point d'épouser les filles de leurs "bourreaux" Africains. Par contre, les Africains aux mains des esclavagistes devenaient, eux, des BIENS MEUBLES, c'est à dire des êtres déshumanisés par le code Noir.
Il y a t-il là des situations comparables? NON !

A+
Jaja   | Unregistered | 27-04-2006 10:57:36
j'adore le post précédent:
il faut faire la différence entre les noirs, mais juste après il parle des "blancs" comme esclavagistes, c'est à dire il pratique ce qui disait dénoncer!
gymnastique habituelle!
des noirs ont vendus des noirs à des blancs!
point barrre !
et l'es uns comme sles autres sont condamanbles, il n'y a pas de circontance atténuante à trouver ni à l'un , ni à l'autre!
Aujourdhui encore l'Afrique est gangrené par l'esclavage et là ce sont bien des noirs qui vendent des noirs à d'autres noirs qui les achètent!
Pourquoi vouloir à tout prix minimiser les choses, tant que l'africain n'aura pas fait ce travail sur lui même, il trouvera toujours des excuses à son inhumanité!
Le comportement de l'élite d'aujourdhui est le même que celle d'hier: vendre ce que veut l'autre pour le bénéfice immédiat de son clan: ses hommes, son bois, son sous sol, son pétrole...toujours dans une vision à court terme sans se préoccuper de l'Autre!
le problème africain c'est l'Altérité, comprendre que l'Autre est un soi même et non pas le membre d'un autre clan!.

Que je vienne d'Afrique, ne doit nullement m'empêcher d'être critique et de ne pas occulter une réalité!
Je suis fier d'être ce que je suis mais je n'ai pas besoin d'être fier de mes parents pour cela, c'est en étant critique envers mes parents que je peux que m'améliorer, et ainsi éviter leurs "erreurs" ou "errements"

Donc il est stupide que certains fassent de l'Afrique un mythe ou un tabou, il n'y rien d'intouchable dès lors qu'ils s'agit de droits de l'HOMME.
Et à ce jour, je suis désolé, mais l'Afrique ne m'a pas encore donné de leçons à retenir dans ce dommaine

AKENATON   | Unregistered | 27-04-2006 11:09:31
hotep,
Les "pièces" du commentaire de BILE sont sur le site d'africamaat et autres sites négro-africains.Tous les kamites "conscients" connaissent "l'histoire", on ne se dispute plus.C'est pourquoi, pendant que les bounties et les "mindélés" (européens +sémites +asiatiques) aboient, nous les kamites "conscients", on fait notre petit bonhomme de chemin, sans crainte de l'entourage.
Je ne comprends pas pourquoi BMJ, nous livre ce sujet maintenant, alors que les mois précédents on se" tapait dessus virtuèllement" sur des sujets laconiques et moins précis, concernant l'esclavage.