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HAVRE DE "PAIX" |
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14-09-2006 |
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La maison d'un armateur négrier havrais s'ouvre au public. Riche demeure de 5 étages batie sur un quai du quartier Saint-François, surmontée d'une vigie pour guêter le retour des bateaux, la maison d'un armateur havrais, qui doit sa fortune à la traite négrière, a été aménagée en musée et ouvre samedi pour les Journées du patrimoine. Construite par un architecte pour sa famille, à la fin du XVIIIe siècle, cette demeure a été rachetée et terminée en 1802 par l'armateur Martin-Pierre Foache (1728-1816) qui en fit sa résidence d'hiver et son bureau. Baptisée aujourd'hui "Maison de l'armateur", elle s'élève sur un quai du quartier Saint-François, qui était au coeur des activités portuaires de l'époque. Rachetée en 1955 par la ville après avoir servi d'hôtel, elle vient d'être réhabilitée comme une maison d'habitation, témoin de l'art de vivre de l'ancien monde des notables. "Ce pourrait être la demeure d'un particulier qui aurait pu connaître Louis XV et serait mort au début du XIXe siècle", résume Elisabeth Leprêtre, la conservatrice. Bois précieux, stucs sculptés d'inspiration antique, objets coloniaux...tout y respire le luxe et le souci de paraître qui animaient les riches familles du négoce maritime havrais.
Sur le plan architectural, elle se singularise par son puit de lumière autour duquel toutes les pièces s'organisent jusqu'au cinquième et dernier étage. Sur le toit s'élevait une vigie qui permettait d'apercevoir au large les navires de retour d'Amérique. "Les marins indiquaient par signes le volume et la qualité des marchandises à bord, ce qui permettait de fixer les prix", explique Elisabeth Leprêtre. La maison est à la mesure de la fortune amassée par cette famille qui s'est ancée dans le commerce transatlantique à la fin du XVIIe siècle et possédait une flotte considérable ainsi que des terres sur la partie française de Saint-Domingue. Elle commença la traite vraisemblablement dans les années 1730 et cette activité était parfaitement assumée par la famille. Dans une lettre adressée en 1765 à Martin-Pierre, son frère cadet et associé Stanislas détaille sans état d'âme l'art du choix des futurs esclaves: "L'homme grand et fluet ne vaut rien (...). Il faut éviter les mâchoires saillantes et les bouches pointues, s'ils maigrissent, ils deviennent hideux (...). Les trop petits négrillons sont désavantageux parce qu'ils sont peu recherchés. Les forts négrillons sont et seront toujours très demandés". Cet aspect de l'activité de la famille est évoqué succintement dans une pièce consacrée au commerce maritime, notamment par le biais d'un portrait de Bernardin de Saint-Pierre, un écrivain havrais partisan de l'abolition del'esclavage. Dans ce domaine, le travail de mémoire qui s'est largement développé depuis quinze ans dans les autres ports de l'Atlantique concernés reste embryonnaire au Havre qui fut pourtant le deuxième port négrier français à égalité avec Bordeaux et La Rochelle. Nantes , qui occupa et de loin la première place, a prévu par exemple de construire sur près de 6.000 m2 un vaste mémorial dédié à l'abolition de l'esclavage qui devrait voir le jour à l'horizon 2008.
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