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Jeune, noire et diplômée, Nicole s'entend régulièrement dire à l'issue d'un entretien que "ses compétences ne sont pas en cause" mais n'est jamais embauchée, à l'image de 80 futurs cadres qui participaient mercredi à Paris à la première journée "A compétence égale". Ces journées, qui ont vocation à se dérouler quatre fois dans l'année à Paris et une fois à Lyon, offrent la possibilité à des jeunes cadres discriminés en raison de leur origine étrangère ou couleur de peau de faire une simulation d'entretien avec un consultant mis à disposition bénévolement par un cabinet de conseil.
Pour cette première, trois associations partenaires, AFIP, Africagora, IMS-Entreprendre pour la cité, avaient été sollicitées pour présenter des candidats, juristes, logisticiens, traducteurs techniques etc. Nicole, 28 ans, issue d'une famille camerounaise, raconte comment, après un diplôme de l'Institut catholique de Lille en 2003 et plusieurs stages, elle a entrepris fin 2005 de chercher un emploi stable dans la finance et le contrôle de gestion. "Je passe en moyenne un à deux entretiens par semaine. Dans tous les débriefings, les personnes me disent que mon CV est bien, mais j'ai tout le temps des réponses négatives : on me dit +nous avons préféré quelqu'un qui avait plus d'expérience+ ou alors +quelqu'un qui avait moins d'expérience+", explique la jeune femme. La voix est claire, posée, le vêtement élégant. "A chaque fois, ajoute-t-elle, on me dit que mes compétences ne sont pas mises en cause, mais on m'avance un certain nombre d'excuses que je trouve fallacieuses". Même constat pour Christian Coffi, 33 ans, avocat qui a fait ses études à Paris. Costume, cravate, un air d'intellectuel à la Aimé Césaire derrière ses lunettes. Dernièrement, il s'est rendu à Toulouse pour un entretien qui s'est "très bien passé". "J'ai rappelé et finalement, ils m'ont laissé un message sur mon répondeur : Monsieur Coffi, ce n'est pas votre nom, votre profil, ce ne sont pas vos compétences qui sont en jeu, mais on est embêté de vous faire déménager de Paris à Toulouse !". "Au cours de l'entretien j'avais insisté sur le fait que j'étais disposé à déménager sous peu, j'avais tout fait pour les mettre à l'aise", ajoute calmement le juriste d'origine béninoise. "Quand vous recevez une réponse comme ça, vous vous posez des questions...". Les cabinets de recrutement ont mis du temps à se saisir du problème, et certains d'entre eux reconnaissent des abus passés. L'opération "à compétence égale" est pour eux l'occasion de se faire connaître, de rattraper le temps perdu et de s'ouvrir à ce qui est pudiquement appelé "la découverte de talents". Devant les candidats, ils ont témoigné des formes insidieuses que peut prendre la discrimination. Florilège des critères d'embauche exigés, tous illégaux : personne sans accent, ayant fait sa scolarité en France, de langue maternelle française, personne de la région, etc. L'entreprise cliente, constate Fabrice Lacombe, directeur général de Michael Page, "fonctionne par sous-entendu...c'est le fameux +vous voyez ce que je veux dire+". Claudine Renaud/AFP
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