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L’avenir est…Où ? Version imprimable
04-05-2007

A propos de «  L’AVENIR EST AILLEURS », un documentaire de création coréalisé par Antoine Maestrati et Michel Reinette.

(Publié dans le Motphrasé N°197) 

Rosette est partie pour la France, voir ses enfants et ses petits-enfants. Ils sont toute sa vie, vivre en tête à tête avec son vieux mari ne lui suffit plus. Elle partira, il l’attendra. Mais seul son cercueil reviendra.

« L’avenir est ailleurs » commence avec la veillée de Rosette. Un pilier de veillée boit à la santé de ceux qui sont partis avec un aller sans retour et de ceux qui ont résisté aux sirènes du BUMIDOM. Le film d’Antoine Maestrati et Michel Reinette nous initie en parabole au parcours de ceux ont cru que l’avenir était en France.

L’histoire commence en 1963, ou peut-être bien avant, puisqu’il s’agit ni plus ni moins de l’histoire coloniale. La guerre d’Indochine, puis la guerre d’Algérie, avec leur lot de jeunes antillais du contingent morts pour une France qu’ils ne connaissaient pas. Beaucoup sont allés au front, beaucoup sont morts, d’autres sont retournés « plein s’usage et raison », rapportant dans leurs pays des commencements d’idée anticolonialistes. Finies les guerres coloniales sur les indépendances respectives des peuples vietnamiens et algériens ! Ici, la crise économique et sociale qui, au cours des deux décennies suivant l’année 1960, verra se fermer les usines sucrières, va conditionner l’apparition de germes anticolonialistes : l’OJAM en Martinique, le GONG en Guadeloupe.


La France est encore habitée par le syndrome algérien. En outre, elle a un grand besoin de main-d’œuvre non qualifiée, dans des postes que les jeunes français ne suffisent pas à occuper. Eux aussi ont payé un lourd tribut dans les guerres coloniales, et la main-d’œuvre fournie par les pays du Maghreb est retournée construire les pays nouvellement souverains.

L’Etat français, par le truchement de Michel Debré, en créant le Bureau des Migration des DOM en 1963, entend bien faire d’une pierre deux coups : vider la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et la Réunion de leurs forces vives, potentiellement dangereuses et combler en France, dans la Métropole, le déficit en main d’œuvre non qualifiée.

Il s’agira donc d’un exode massif et systémique, qui jouera sur le désir de la jeunesse d’aller vers un Eldorado. Un « Far-East » à découvrir et conquérir. Mais il n’y a là nulle générosité : on se soucie de l’avenir d’un peuple comme de sa dernière merde, quand on pratique une telle saignée pendant près de vingt ans. L’intention coloniale est encore plus nette quant, parallèlement, on charge des officines de faire de la pub auprès des français pour qu’il aillent s’installer aux Antilles. « Génocide par substitution » dira Aimé Césaire.

Sur ce fond d’histoire racontée, mais souvent devinée, se déroule le film documentaire. D’anciens « déportés » se confient: deux couples de retraités revenus s’installer au pays du cœur, celui de la naissance, de l’enfance et de la jeunesse ; et des familles installées là-bas, en banlieue dont les enfants, nés là-bas, parlent du « bled » lointain en exprimant toute une gamme de sentiment : distance, nostalgie ou refus de retourner vivre dans ce pays inconnu. Les plus vieux ont une pudeur qui nous épargne les drames. Ils nous laissent les deviner. On ne verra pas les nombreuses filles qui ont sombré dans la misère et la prostitution, ni les autres femmes et hommes dont la vie sont un échec. Le film évite, à tort ou à raison, ce qui pourrait nous enfermer dans le piège de l’apitoiement. L’humour couvre parfois de terribles lieux communs. Mais on se fourvoierait en se contentant de l’image de relative réussite que peuvent donner les principaux témoins. Ils en ont gros sur le cœur, et ça se voit.

Pas de morts, pas de blessés, de beaux visages empreints de sagesse. Des danses, des chants. Le pays et dans le cœur, mais comment va le cœur, dans ce pays qui n’ose encore dire son option véritable pour l’avenir : intégration ou séparation ? Nombreux sont ces anciens jeunes qui ne sont pas revenus. Et leurs enfants sont de jeunes français blacks. Ils slament des mots de feu, des phrases douces-amères qui disent que leur avenir est dans leur ici, qui est notre ailleurs, loin de leur ailleurs, qui est notre ici. Et il va bien falloir qu’on se parle en frères par-dessus l’océan et qu’on agisse ensemble.

Il s’agira peut-être de reconstruire un pays à partir du nôtre, plus grand, plus large, qui de Basse-Terre – Pointe-à-Pitre, à Paris ou Lyon, ré-unit, regroupe, intègre toutes ces petites différences créées par notre histoire malheureuse dans une grande ressemblance triomphante, qui ne s’appellera plus la France. Nous ne haïrons pas la France, mais en serions séparés.

Ce film doit être salué comme étant le premier passant en salle de cinéma qui parle de cette partie de notre histoire. Il faut aller le voir en famille, les plus vieux complèteront l’histoire pour les plus jeunes. Les rares faiblesses de l’œuvre en sont pardonnées, puisque ce n’est que le début d’autres aventures cinématographiques. Et le début de palabres de nègres qui, dit-on, n’ont pas de fin.

 
Frantz Succab

Commentaires
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nasyon matnik   | Registered | 04-05-2007 19:27:21
Qu'est ce que l'OJAM et qu'est ce qui en a découlé jusqu'à aujourd'hui ?
http://madjoumbev2.free.fr/OJAM.html
Bwabrilé   | Registered | 05-05-2007 12:33:23
"Génocide par substtution"...

Peut-être mon parcours personnel (Né dans les Bouches du Rhône, grandi en Martinique et reparti après le bac) me donne-t-il une autre vision du phénomène migratoire. Il fautrait dépasser les théories du complot colonialiste pour se rendre compte que toute la Caraïbe, quelle que soit son statut politique, a connu une important phénomène migratoire a partir des années 1950, du fait de la pression démographique et du déclin de l'industrie sucrière.

Les plantations et usines n'embauchaient plus, l'Etat providence (sécurité sociale, services publics étendus) avait besoin de bras. Phénomène de vases communicants.
nasyon matnik   | Registered | 30-11-1999 00:00:00
Au lendemain des émeutes de Décembre 1959, le pouvoir colonial décide de vider notre pays d'une partie de ses forces vives afin de diminuer les risques d'explosion sociale et en même temps d'offrir au marché français une main d'oeuvre immigrée à bon marché, ayant la nationalité française, utile notamment pour les administrations.

Il organise ainsi l'expatriation de milliers de Martiniquais et de Martiniquaises :

· Par le bias du service militaire, la quasi totalité des jeunes Martiniquais sont envoyés à l'extérieur. Dans le même temps, augmente le nombre de Français qui font leur service militaire en Martinique.
· Par le financement d'un organisme, le BUMIDOM qui délivre gratuitement aux jeunes des billets pour la France.

Ce sont ainsi jusqu'à 10 000 Martiniquais et Martiniquaises par an qui sont envoyés en France. C'est une véritable saignée que subit notre patrie. Ceci a de graves incidences sur l'évolution de notre peuple, de notre pays car, dans le même temps est menée une politique de limitation des naissances.

Ainsi, le Gouvernement français diminuait le nombre de chômeurs, ralentissait la progression démographique, provoquait un vieillissement de la population. Il diminuait le volume des besoins à assurer dans le pays en équipement divers (logements, crèches, écoles, formation professionnelles, installations sportives et culturelles etc...)

Ce phénomène d'émigration massive a eu des incidences profondes et permis au colonialisme d'influer d'avantage sur la conscience des Martiniquais. Ainsi, il a modifié sensiblement le comportement sociologique, culturel, politique d'une grande part de notre peuple qui s'est trouvée directement ou indirectement plus liée à la métropole coloniale.
Le mythe de la France " mère patrie " était renforcée, valorisé par un appareil de propagande renforcé..

Presque chaque famille bien que déchirée par la séparation avec l'un des siens plaçait tous ses espoirs dans cette France acueillante. Elle devait être reconnaissante envers la France qui permettra à celui qu'elle accueille de réussir et d'envoyer un peu d'argent au pays.

Ainsi, s'est développé un processus qui a été baptisé, génocide par substitution car pendant que nos frères et soeurs sont exilés en France, un nombre toujours plus important de Français viennent s'installer en Martinique. Pour les Martiniquais émigrés ce sont les affres de la dure situation, du déracinement, de l'inadaptation, du racisme, du chômage, du manque de logement et des descrimnations de toutes sortes...
Pour les Français venant en Martinique, c'est le paradis avec maintes privilèges, emplois assurés, notamment à des postes d'encadrement, avec primes diverses, facilités d'installation de toutes sortes, logements, financement nécessaire, vie de rêve sur les plages...
Actuellement, une faction d'entre ces Français revendiquent des droits sur notre pays.

Aujourd'hui, la communauté Martiniquaise vivant en France, presque 200 000, constitue une entité sociale défavorisée avec d'énormes difficultés. Le retour au pays est une préoccupation constante mais elle est vécue par une grande majorité, avec angoisse car sans perspective. Le taux de chômage y est beaucoup plus important que le taux général de la France.
La délinqquance y est très forte. Le nombre de ceux qui séjournent en hôpital psychiatrique atteint un pourcentage élevé. Si la communauté Martiniquaise en France lutte pour l'amélioration de ses conditions de vie, elle constitue une fraction authentique du Peuple Martiniquaiss et à ce titre aspire à la démocratie, à la liberté, à la dignité. Elle s'organise pour contribuer à la lutte de libération de notre patrie.
Marilunadelrubi   | Registered | 06-05-2007 04:00:27
Michel Debré? Le même qui a envoyé les petits Réunionais dans la Creuse servir de garçons et de filles de ferme(plutôt d'esclaves) sans espoir que leurs parents les revoient un jour? Il avait vraiment la volonté de se débarasser des noirs chez eux.
Marilunadelrubi   | Registered | 06-05-2007 04:02:37
ils ont vidé la Martinique des forces vives et des têtes pensantes , ils ont volontairement diminué un pays pour faire taire des désirs d'émancipations.
Marilunadelrubi   | Registered | 06-05-2007 04:06:01
"Le taux de chômage y est beaucoup plus important que le taux général de la France.La délinquance y est très forte."

En effet les antillais de France ont un taux de chomâge aussi élevé que les populations immigrées.
Marilunadelrubi - re:   | Registered | 06-05-2007 04:07:06
7575375752





Marilunadelrubi
Registered | 2007-05-06 0461







"Le taux de chômage y est beaucoup plus important que le taux général de la France.La délinquance y est très forte."

En effet les antillais de France ont un taux de chomâge aussi élevé que les populations immigrées.







Répondre | Citer | Modifer | Supprimer







]]>1[quote=Anonyme][/quote]

j'ai le même parcours que toi Bwabrilé et pourtant je suis lucide
nasyon matnik   | Registered | 30-11-1999 00:00:00
MARILUNADELUBRI
"Michel Debré? Le même qui a envoyé les petits Réunionais dans la Creuse servir de garçons et de filles de ferme(plutôt d'esclaves) sans espoir que leurs parents les revoient un jour? Il avait vraiment la volonté de se débarasser des noirs chez eux. "

http://madjoumbev2.free.fr/comesclav.html
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