|
Un organisme québécois d'intégration des immigrés a dénoncé le caractère raciste d'un clip du très populaire site des "Têtes à claques", estimant qu'il ridiculise le nom de Kunta Kinté, l'esclave noir rendu célèbre par le livre "Roots" écrit par Alex Haley. Le sketch d'animation intitulé "Le cannibale", qui a été visionné plus de trois millions de fois, met en scène un couple de touristes québécois marinant dans la marmite d'un cannibale africain à qui ils s'adressent ironiquement sous le nom de Kunta Kinté. L'organisme Québec Pluriel a annoncé avoir enclenché cette semaine "le processus de dépôt d'une plainte auprès de la Commission canadienne des droits de la personne afin de faire valoir le caractère inacceptable de l'association entre Kunta Kinté, un héros de la résistance noire à l'esclavage, et un cannibale ridicule".
"Dans des jugements précédents, la Commission ontarienne des droits de la personne a dénoncé le caractère raciste des allusions à Kunta Kinté", rappelle l'organisme dans un communiqué. Québec Pluriel a en outre "déploré le refus de M. Michel Beaudet (créateur des Têtes à claques), de sa compagnie Salambo Productions et de Bell Canada d'amorcer un dialogue en dépit de tentatives de communication". Le géant canadien des télécommunications a un contrat exclusif pour la distribution des "Têtes à claques". "Québec Pluriel n'est pas du tout représentatif de la communauté noire au Québec", a déclaré M. Beaudet dans le quotidien La Presse de samedi. Il a indiqué qu'il n'avait pas l'intention de céder aux demandes de l'organisme, qui exige le retrait du nom de Kunta Kinté. Québec Pluriel a par ailleurs obtenu l'appui de la Kunta Kinte-Alex Haley Foundation d'Annapolis au Maryland, une organisation américaine créée en hommage à l'auteur de "Roots". Ce roman relatant l'histoire véridique d'une famille d'esclaves noirs aux Etats-Unis, depuis l'arrivée de l'ancêtre gambien Kunta Kinté jusqu'à l'abolition de l'esclavage, a reçu le prix Pulitzer avant d'être transformée en série télévisée qui avait connu un énorme succès mondial dans les années 1970. "Ce clip d'animation fait preuve d'insensibilité raciale et est humiliant pour les personnes d'origine africaine", écrit le président par interim de la fondation, Gregory Stiverson, dans une lettre de soutien à Québec Pluriel.
|