L’élévation du niveau de recrutement des enseignants est incontournable au regard des évolutions des savoirs et des métiers de l'enseignement. Porter le niveau de recrutement des enseignants au niveau master est une perspective nécessaire. Il faut prendre acte avec satisfaction de la volonté du président de la République d'élever le niveau de formation des enseignants et de les recruter à un niveau Bac+5 soit le master 2. Mais il ne faut pas se cacher que les annonces faites soulèvent un grand nombre d’inquiétudes car des réponses essentielles quant aux mesures d’accompagnement ne sont pas apportées. Nos interrogations sont fortes notamment quant à la possible mise à l’écart des couches sociales défavorisées, quant au rétrécissement du vivier de candidats potentiels, quant au contenu et à la place des concours de recrutement, quant à la conception du métier d’enseignant, quant aux compétences exigées des enseignants, quant à l’avenir des IUFM et singulièrement ceux des Antilles et de la Guyane. 1) Qu’en sera-t-il de la fracture sociale déjà forte entre les fils et filles des classes supérieures ou moyennes et ceux des couches populaires, qui arrivent déjà, dans nos trois pays, péniblement pour des raisons économiques au niveau L (bac +3) ? L'allongement des études découragera les jeunes issus de milieux populaires qui n’ont pas les moyens de se payer des études longues et cela est encore plus vrai aux Antilles-Guyane. Il faudrait prévoir obligatoirement des aides (bourses, allocations) des mesures d’accompagnement (logements étudiants moins chers, emplois de monitorat), ou des dispositifs de pré-recrutement tels les anciens IPES pour permettre à tous les étudiants d'accéder et aller jusqu'à la fin du cursus. 2) Qu’en sera-t-il du vivier des candidats au professorat dans nos 3 pays (Guadeloupe, Guyane, Martinique) au regard des formations masters actuellement existantes à l’UAG (Université des Antilles et de la Guyane)? Ne va-t-on pas mettre aux concours de recrutement, hors course un grand nombre de ressortissants des Antilles et de la Guyane dans des régions déjà fortement touchées par le chômage ? Les 3 IUFM des Antilles et de la Guyane préparent chaque année un millier d’étudiants aux concours de professeurs des écoles pour la maternelle et l’école primaire, à 9 capes pour l’enseignement général en collèges et lycées, à 2 capet pour l’enseignement technologique, à 4 CAPLP pour les lycées professionnels, au CPE pour la vie scolaire dans les établissements du second degré, au CAPEPS pour l’éducation physique et sportive. Il s’agit de candidats retenus à Bac+3. Avec l’exigence du master 2, les 3 IUFM auront moins de candidats issus de l’UAG. Pour l’année universitaire en cours, les effectifs d’étudiants inscrits en master 2 sont de 526. Si on prend en considération que tous n’obtiennent pas le diplôme en fin d’année, ni que la totalité des diplômés ne se destine aux métiers de l’enseignement, on sera loin du compte pour ce qui sera d’obtenir un vivier conséquent. En fait peu de ressortissants des Antilles et de la Guyane pourront prétendre accéder au métier d’enseignants s’il n’est pas arrêté un délai raisonnable pour la mise en place de plusieurs masters tant disciplinaires que professionnels à orientation métiers de l’enseignement. 3) Que devient le concours ? A quel moment de la formation se place-t-il ? C’est à l’Etat, employeur de répondre sur le devenir, le contenu et la place du concours. Il faut bien reconnaître que le silence a de quoi inquiéter et laisse place à toutes les rumeurs pas toujours innocentes ou bienveillantes. Sur la place des concours de recrutement des enseignants, nous faisons deux suggestions pas sur le détail, mais au moins sur l'esprit du concours. D’abord, ne pas le placer en milieu du master mais soit suffisamment tôt en amont dès le L( c'est-à-dire le cursus en licence) pour avoir une formation professionnelle qui se donne plus de temps ou bien en fin de deuxième année de master. Dans cette deuxième hypothèse il faudrait intégrer des éléments de détection d'aptitude au métier d'enseignant assez tôt dès le parcours en licence, éléments renforcés au cours de la première année de master et construire un parcours de formation en master dans lequel la composante professionnelle ira en s’amplifiant. 4) Quelle conception de la formation des enseignants retiendra-t-on ? Cette formation sera-t-elle strictement académique et disciplinaire agrémentée d’un compagnonnage ? Un recrutement à bac+5, fût-il suivi d'un compagnonnage, ne peut remplacer la nécessaire formation au métier, dans toutes ses dimensions, sa complexité, avec toutes ses spécificités, notamment pédagogiques. La réduction de la dimension professionnelle de la formation est incompatible avec les exigences et la complexité sans cesse grandissante du métier d'enseignant. Cette formation doit être tout à la fois théorique et pratique, disciplinaire et fortement irriguée par la recherche dans ses dimensions académiques, didactiques et pédagogiques; mais être aussi en relation étroite avec ce qui se passe dans les classes.
Un professeur n'est pas seulement un transmetteur de savoirs mais il doit bénéficier d'un enseignement en phase avec les nombreuses recherches en pédagogie et en didactique. Il est donc absolument nécessaire que les enseignants bénéficient d'une formation professionnelle qui les prépare à exercer leur métier. Les IUFM permettent d'aborder en formation professionnelle des questions transversales au système éducatif comme par exemple, la liaison CM2/6ème, collège/lycée, l'interdisciplinarité, les relations parents/enseignants… Il ne faut donc pas liquider la formation professionnelle dispensée au sein des IUFM, au profit d'une formation strictement académique et disciplinaire, car l’atout des IUFM repose sur une formation à la fois académique et disciplinaire mais aussi ancrée dans la pratique du métier d’enseignant. C’est ce capital d’expérience qu’apportent les IUFM de Guadeloupe, Guyane et Martinique à l’Université des Antilles et de la Guyane. 5) Que devient le référentiel de compétences de la formation des enseignants établi par le Haut Conseil de l’Education (HCE) à la demande du ministère en fin 2006 ? Les annonces officielles sont muettes sur le sujet, quoique personne ne parle de les abandonner. Un important travail a été réalisé dans les IUFM pour répondre à une évaluation par compétences des enseignants. Sur le terrain, les corps d’inspection, les conseillers pédagogiques, les maîtres-formateurs ont apprécié ce dispositif. Va-t-il être abandonné ? 6) Quel sort sera-t-il fait des IUFM que l’on semble vouloir enterrer, même si cela n’est dit nulle part de manière explicite ? L’UAG (Université des Antilles et de la Guyane) va à brève ou moyenne échéance intégrer les 3 IUFM en tant que composantes universitaires. La logique serait de les utiliser de manière optimale. Les 3 IUFM, au sein de l’université, ont un rôle irremplaçable à jouer dans la formation des enseignants Il existe dans nos IUFM un savoir-faire en matière de formation dont notre université ne pourra pas se passer ni à court ni voire à long terme. Il faut apprécier à leur juste valeur les bons résultats enregistrés aux Antilles et en Guyane dans un contexte de réduction des postes mis aux concours qui ont permis d’avoir un plus grand nombre d’enseignants qualifiés devant les élèves. Cette année encore, alors que nous n’en sommes qu’aux résultats d’admissibilité, nos étudiants ont largement augmenté le nombre des sélectionnés pour les épreuves orales. Au final, la moisson sera bonne et meilleure que les années précédentes Concrètement, l’UAG qui est appelée à intégrer les 3 IUFM doit continuer à travailler et à amplifier sa collaboration avec les personnels des IUFM sur la définition de nouvelles formations, de nouvelles maquettes, de nouveaux parcours professionnels des métiers de l’enseignement et les masters y afférant .C’est cette expérimentation sur la base de collaboration, de mutualisation de moyens, d’échanges de services, qui permettra d’offrir une insertion professionnelle réussie à ceux qui choisiront le métier d’enseignant. D’ailleurs le communiqué du 5 juin de la commission permanente de la conférence des présidents d’université (CPU) devient un point d’appui intéressant lorsqu’il déclare : « En intégrant les IUFM à la demande du gouvernement, les universités n’avaient pas l’intention de les dissoudre mais de contribuer à une amélioration de la formation des enseignants : l’évolution des composantes internes des universités, leurs fonctions et leurs modes de coopération entre elles relèvent de la responsabilité des universités autonomes » Gilbert PAGO Directeur de l’IUFM de Martinique
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