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Accueil arrow Les brèves arrow A la une arrow QUAND L'UMP SURFE SUR LA CRISE DES BANLIEUES
QUAND L'UMP SURFE SUR LA CRISE DES BANLIEUES Version imprimable
08-11-2005
L'UMP ne semble pas être très troublé par la crise des banlieues. Quand vous tapez par exemple "émeute" ou mieux "racaille " dans le moteur de recherche Google, en première position vous tombez sur un lien commercial qui soutient ouvertement le président du parti Nicolas Sarkozy, un texte de progande ...et une pétition. Vous êtes sur le site de L'UMP qui a financé l'achat de ces mots clés. Pathétique

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Jean   |08-11-2005 17:53:37
Racaille marche plus. Sans doute ce mot lui porte-t-il la poisse? Par contre
:

« police, voitures brulées, politique, communistes, écologiste,
souverainiste, ministère de l'intérieur, pompier, banlieues, émeutes, François
Bayrou, centristes, Vincent Peillon, Montebourg, Cambadélis, Robert Hue, PCF,
communistes, Arlette Laguiller, LCR, trotskiste, riots, violence, voyous,
clichy, gauchiste, jospin, socialiste, neuilly, incivilité, démocratie,
sécurité, insécurité, sécuriser, sécuritaire, délinquant et délinquance » ça
marche.

Tandis que gaullisme, Chirac, république, Villepin, économie,
dialogue social, syndicat ne semble pas être des bon produits d'appels.

C'est
du marketing politique. On fait de la cyber-retape avec des voitures qui
brûlent.
fred972   |08-11-2005 19:32:43
Ouais ben en attendant, ils essaient, eux, c'est pas comme ces pédés de socialos
qui ont laissé la situation pourrir pendant 20 ans en excusant tous les crimes
des jeunes des banlieues via une victimisation aussi larmoyante que
pathétique.

Au fait, quand j'y habitais, ce sont les jeunes eux-même qui se
traitaient de "caillera", ce n'est donc pas sarko qui l'a inventé, il
n'a fait que reprendre le langage de la rue.

Quand à chichi, sa politique
depuis dix ans montre qu'il n'est pas gaulliste comme il ose le prétendre, mais
socialo déguisé en homme de droite : jospin a plus libéralisé, privatisé et
"désétatisé" que juppé, balladur et villepin réunis.
Bande de couilles
molles qui n'ont pas été foutues de comprendre que les français avaient foutu
les socialos dehors en 2002 PARCEQU'ILS EN AVAIENT MARRE DES COLLECTIVISMES DE
TOUT POIL!!!

De toute façon, vues l'apathie de la gauche et l'échec de la
pseudo droite chiraquienne, en 2007 c'est soit Sarkozy, soit Le Pen. Faites vos
jeux!


Luc Nardal   |08-11-2005 20:11:15
C'est Sarkozy. La France a trouvé son Le Pen deguisé. Ils seront heureux de
voter pour lui. Cela va permettre de déblayer beaucoup de choses. Pour ceux qui
pensent comme moi, pas une mauvaise chose du tout.
Eagle972   |08-11-2005 20:50:28
Et voila on retrouve nos bons vieux fachos-réactionnaire s.
WAR WAR - Les
fachos d'un côté, les intégristes de l'autre et au milieu la banlieue. Mais qui,
qui va gagner...
Slam   |08-11-2005 21:33:45
L' UMP avait acheté certains mots clés spécifiques sur Google...mais suite à
l'actualité a semble-t-il décidé de ne plus y apparaître.
Récemme nt, le parti
politique UMP ( Union pour un Mouvement Populaire ) avait acheté des mots clés
auprès du moteur de recherche Google Adwords.

****
Go ogle Adwords,
développé par Google, permet l'achat d'espaces publicitaires. Il suffit de
réserver un ou des mots clés et lorsqu'un internaute effectuera un recherche
avec ceux-ci, un lien promotionnel et un petit texte apparaîtra à droite des
résultats.
****
Ai nsi, les requête effectuées via Google avec des mots comme
"racaille", "banlieue", "cités", "émeutes",
"voitures brûlées" ou encore "violences", faisaient apparaître
un lien publicitaire menant à une page du site de l'UMP soutenant Nicolas
Sarkozy, président de l'UMP et ministre de l'Intérieur.

Cepe ndant, depuis
lundi 14h00, le lien publicitaire de l'UMP n'apparait plus pour aucun de ces
mots sur Google, sans doute dû à l'actualité plutôt brûlante en ce moment qui a
fait reculer l'UMP, histoire de ne pas attiser le feu.

http://www.g
eneration-nt.com/act ualites/10079/L-UMP- achete-puis-vend-la-
racaille-sur-Google
fred972   |08-11-2005 21:37:28
Eagle972 (4) : si dire "STOP" à des gens qui détruisent ce que d'autres
ont mis des années à construire, incendient les moyens de transport qui
permettent aux honnêtes gens d'aller travailler, démolissent l'outil de travail
de leurs voisins, brûlent les écoles et j'en passe, si prôner la fermeté face à
ceux-là, si appeler un chat un chat est être "facho-réactionn aire", eh
bien j'assume le mot!

Je dis oui au redéploiement de l'éducation nationale et
de l'ANPE dans les cités afin de donner leur chance à ceux qui veulent réussir,
voire au CV anonyme.

Mais comme le montrent les exemples anglo-saxons, le
plein emploi ne reviendra que grâce à une politique économique libérale et ce
n'est qu'à ce moment que les entreprises auront intérêt à recruter les trop
rares demandeurs d'emploi, quelle que soit leur origine ethnique.

Reste que
le chômage, la pauvreté (de ceux qui s'habillent en Nike, Lacoste etc, soit dit
en passant), l'enfance difficile etc, n'excusent pas tout. Et s'il faut en
passer par là pour ramener l'ordre, à la guerre contre les casseurs, à la
fermeté, je dis, je crie, je hurle OUI!
popo   |09-11-2005 01:45:10
fred(972)

T'as pensé à la cagoule lors des entretiens d'embauche en plus des
CV anonymes????

ticeleste1   |09-11-2005 11:34:12
fred 972, t'a pensé à l'homophobie ("pedes de socialos"?
ne fait pas
autrui ce que tu n'aimerais pas que l'on te fasse...
sublime   |09-11-2005 12:48:56
fred 972,que tes pensées soient aussi niaises ,cela te regarde ,mais la
démocratie c'est le peuple intelligent et cultivé qui le pérénise ,hélas pour
toi ,la grande majorité de nos compatriotes touchés par le délis de faciés et du
racisme continuent à être traités comme des immigrés ,alors tu ferais bien de
réfléchir dans tes propos ,teinté d'homophobie .
sarko n'est pas ma tasse de
thé,mais une copie de lepen /devilliers .
bon entendeur salut
sublime   |09-11-2005 13:07:21
fred 972,que tes pensées soient aussi niaises ,cela te regarde ,mais la
démocratie c'est le peuple intelligent et cultivé qui le pérénise ,hélas pour
toi ,la grande majorité de nos compatriotes touchés par le délis de faciés et du
racisme continuent à être traités comme des immigrés ,alors tu ferais bien de
réfléchir dans tes propos ,teinté d'homophobie .
sarko n'est pas ma tasse de
thé,mais une copie de lepen /devilliers .
bon entendeur salut
fred972   |09-11-2005 17:51:28
Ti celeste1 et sublime... J'ai parlé de "pédés" c'est à dire de ceux qui
te la mettent profond sans te demander ton avis avec des conneries comme les 35
heures obligatoires sans réduction de salaire (donc main d'oeuvre plus chère,
donc chômage en augmentation) ou encore les "ce n'est pas de sa faute s'il a
brûlé le magasin, il a eu une enfance difficile le pauvre", pas des
homosexuels. Nuance.

Sublime, l'élite intellectuelle de laquelle tu te
revendiques apparemment aurait détecté une légère faute de français ici :
"la démocratie c?est le peuple intelligent et cultivé qui le
pérénise."
sublime   |10-11-2005 14:42:34
fred 972,je n'ai jamais revendiqué ,le statut d'intello,mais à chacun
dévellopper un sens critique digne et respectueux envers les autres .
sur ma
faute de français,je le reconnais
mais ,je voudrais te faire comprendre que ta
pensée était néfaste par rapport à l'être
Raphaël Zacharie de Izarra   |11-11-2005 16:24:30
TROIS TEXTES LUCIDES SUR LES BANLIEUES

Je prétends que le mouvement de
révolte de nos banlieues est fondé. Pour autant je ne cautionne pas les
violences ni d'ailleurs les crémations de véhicules, qu'elles soient
symboliques, politiques ou crapuleuses. Je soutiens simplement tout ce qui
réveille les consciences, ébranle les coupables inerties. Toute société est
vouée à progresser, rien n'est jamais figé en ce monde, perpétuel mouvement des
animés comme des inanimés (même les pierres changent, bougent, évoluent à
l'échelle géologique).

Quoi qu'il en soit, le temps seul nous dira ce qu'il
en est à propos du mouvement de révolte des banlieues... Je suis prêt à faire
mon mea culpa si nécessaire.

Raphaël Zacharie de Izarra

1 - LES FLAMMES
DE LA RAISON

Il me semble que la crémation des moyens de locomotion
généralisée dans les banlieues du pays est le signe d'un grand bouleversement
social, un mouvement de fond qu'une stupide répression policière ne saurait
éteindre. Je ne cesse d'entendre que brûler des voitures, ça n'est pas une
solution pour résoudre les problèmes des jeunes de banlieue...

Justement, je
pense que c'est une solution. Sans ces heurts spectaculaires (toucher à la tôle
sacrée du français moyen, ça choque toujours l'opinion publique sensible à la
préservation de ses joujoux favoris), comment faire avancer les choses, faire
prendre conscience aux privilégiés des centres villes et des campagnes de la
gravité de la situation dans les banlieues ? Brûler des voitures est, à mon
sens, la meilleure solution pour faire bouger les choses, contribuer à faire
changer les mentalités, secouer les consciences endormies. Brûler une voiture
est certes répréhensible sur le plan strictement légal, mais c'est précisément
avec ce genre de geste illégal, acte fondateur par excellence du pionnier social
participant au progrès humain, qu'évoluent nos sociétés.

Mieux vaut faire
une révolution en brûlant des voitures plutôt qu'en portant des têtes coupées
sur des piques. Brûler des voitures est par conséquent un acte potentiellement
héroïque, pour peu que cela débouche sur une amélioration de la vie des
révoltés, une capitulation du pouvoir qui reconnaîtra par la suite la révolte
comme un légitime soulèvement des banlieues contre l'injustice sociale.


C'est ainsi qu'évoluent les mentalités, que se fait le progrès social : en
pratiquant la désobéissance civile, en manifestant illégalement contre le
pouvoir. Aujourd'hui conspués, demain qui sait si les brûleurs de voitures ne
seront pas honorés par les mêmes qui les condamnent actuellement ? Comme les
porteurs de têtes coupées de 14 juillet 1789 sont de nos jours acclamés. La
crémation des voitures de banlieue, c'est leur 14 juillet à eux. Leur révolution
est en marche. C'est en se rebiffant de la sorte contre l'ordre social inique
que progresse toute société. Aujourd'hui les mentalités ont évolué, dans sa
grande majorité le peuple ne verse plus le sang pour se faire entendre, il brûle
des voitures, brise du mobilier urbain. N'est-ce pas déjà un énorme progrès par
rapport aux révoltes barbares du passé ? De nos jours même les plus enragés des
insurgés des banlieues respectent la vie humaine. Plus civilisés que nos aïeux,
ils se révoltent avec les moyens appropriés à leur portée : l'incendie de
voitures. Où est leur crime ? Leur combat me semble parfaitement légitime. A
leur place, ne réagirions-nous pas de même ? Pour avoir vécu dans la banlieue et
côtoyé un peu ses habitants, je comprends leur révolte.

Vive la révolution,
vivent les âmes éveillées !

Raphaël Zacharie de Izarra

+++++++

2 - A
MES DETRACTEURS POLITIQUEMENT FRILEUX

On ne fait pas l'Histoire sans casser
des oeufs.

J'ai dit "LA MAJORITE des révoltés de la banlieue respectent
la vie humaine". Je n'ai pas fait des cas particuliers une généralité. Les
émeutiers dans leur ensemble ne massacrent pas leurs semblables, ils brisent les
carreaux, brûlent la tôle, font trembler le béton et les bonnes consciences. Il
y a certes des brebis galeuses parmi ces insurgés, qui n'hésitent pas à s'en
prendre violemment aux personnes, discréditant le mouvement de révolte. Ceux qui
ont commis ces crimes doivent de toute façon être arrêtés et châtiés.

A
ceux qui insistent pour rétorquer sur tous les tons que brûler des voitures
n'est pas une solution, je réponds que si justement, je crois que brûler des
voitures est une solution (une parmi d'autres d'ailleurs) et j'ai expliqué pour
quelle raison dans mon texte précédent. Il n'y a que par ce moyen, spectaculaire
et périlleux mais efficace en termes de retentissement médiatique, que les
révoltés de la banlieue pourront obtenir gain de cause. L'Histoire a toujours
donné raison aux insoumis qui s'insurgent contre l'injustice établie en ordre
étatique.

Raphaël Zacharie de Izarra
+++++++

3 - APPEL A L'INSURRECTION
DES BANLIEUES

Ému par la gravité et le caractère révolutionnaire des
événements sociaux qui agitent actuellement le pays, je m'adresse aux
"fauteurs de troubles" en termes solennels.

J'en appelle à la
poursuite acharnée de la rébellion, à la résistance héroïque face à l'oppresseur
étatique. Cependant, convaincu que pour être légitime -tant sur le plan éthique
que politique- le droit des populations au soulèvement contre l'injustice
sociale doit s'établir sur des fondements moraux élevés, les moyens mis en
oeuvre pour parvenir à cette fin ne doivent pas contredire cette exigence
morale. Aussi je m'en remets aux bonnes volontés et incite les insurgés à
abandonner leurs méthodes archaïques. Violence et bris de biens publics et
privés doivent être proscrits au profit d'une attitude résolument pacifique et
non-violente. Mais toujours ferme, déterminée. Je propose de grandes marches
pacifiques avec encerclements des établissements républicains sensibles tels que
Palais de l'Élysée, Préfectures, postes de police.

Pacifique, cet appel à
l'insurrection n'en demeure pas moins réel.

Marches militantes et sièges
des établissements publics non-violents mais éminemment séditieux, hautement
subversifs. Le pouvoir doit fléchir sous la volonté souveraine du peuple. Tant
que les décideurs aux commandes de l'État n'auront pas capitulé face au souffle
juste de la révolte populaire, j'engage à la persévérance, voire à l'entrée
officielle ou clandestine en résistance des éléments les plus combatifs, les
plus braves selon la tournure que prendra le soulèvement, et ce afin de faire
triompher la cause. Je rappelle avec insistance que les moyens engagés pour
poursuivre la lutte, qu'ils soient individuels ou collectifs, officiels ou
clandestins devront toujours être non-violents, pacifiques, respectueux des
biens et de la sécurité d'autrui.

Courage camarades, la victoire est au bout
de la rue ! Le peuple vaincra ! Vive la révolution, vive la justice, vive la
liberté !

Raphaël Zacharie de Izarra, Le Mans, le 10 novembre 2005


Raphaël Zacharie de Izarra
2, Escalier de la Grande Poterne
72000 Le
Mans
Tél : 02 43 80 42 98
raphael.de-izarra& #64;wanadoo.fr
rémi   |16-11-2005 10:16:19
On peut se poser la question de l'impact de cette petite guerre Google (ou
Google War) sur l'internaute qui ne vit et ne connait les émeutes de banlieues
qu'à travers sont petit écran d'ordinateur. Sa recherche est dirigée, redirigée,
influencée, et on lui propose à travers le moteur de recherche de faire un choix
direct : il pose une question, on lui répond cette fois-ci subjectivement (l'UMP
paye sa place sur le moteur de recherche).

http: //googlebombe.blogsp ot.com/
Raphaël Zacharie de Izarra   |08-12-2005 18:57:29
DEUX TEXTES ENTRE CIEL ET TERRE

1 - L'EVEIL

L'homme étendu à même le sol
contemple la voûte étoilée, l'oeil noyé dans l'infini. Il sait le spectacle
ultime. Tout à sa béatitude, il se laisse aller au vertige avec des sourires
doux et désespérés. Le sentiment d'absolu qu'il ressent face aux étoiles
éparpillées dans la nue est à la hauteur de sa détresse. A la vue des astres
scintillant dans la nuit, une ivresse inédite l'envahit.

Résigné, il admire
les étoiles, n'ayant plus rien d'autre à faire. Comme s'il attendait une porte
ouvrant sur quelque éternité.

Depuis la boue séchée où il est allongé, la
beauté du monde lui apparaît magistrale, suprême. Inénarrable. Cet homme a
conscience d'être. Aussi s'attarde-t-il sur le ciel nocturne, l'âme de plus en
plus légère, le corps de moins en moins présent. Puis il tourne la tête sur le
côté. Sur le tas d'immondices où il agonise dans l'indifférence générale, il
distingue son bras squelettique, sa main comme une poignée d'os, son flanc
décharné, sa peau lépreuse. Déconnecté de ses étoiles, il reprend immédiatement
contact avec l'abjecte réalité. Alors il décide ne ne plus voir que le ciel :
dans un geste dérisoire et pathétique il détourne le regard du sol et le dirige
définitivement vers le cosmos, le corps comme un haillon, l'âme comme une
flamme.

C'est un sans-nom de Calcutta né dans la misère, fait pour la misère
et crevant dans la misère. A quelle époque sommes-nous ? Quel âge a ce
malheureux ? Peu importe ! C'est une ombre qui gît dans un coin de l'enfer
terrestre parmi ses semblables passifs, sourds à sa souffrance. Cet homme qui a
toujours connu la misère, le malheur, la faim, le désespoir accède ce soir à la
beauté de manière fulgurante, la sensibilité exacerbée par l'approche de la
mort. Le ventre vide, le corps malade, le moribond s'extasie sans bruit sur le
mystère de cet univers où il a enduré son long calvaire de miséreux. Venu sur
terre pour souffrir, il interroge longuement le ciel sur sa terrible destinée,
magnifiquement réconforté par les lumières de la nuit cependant.

Puis dans
un râle d'agonie pitoyable, atroce et presque insignifiant tant le monde qui
l'entoure est insensible à son sort, l'inconnu au corps nu rend l'âme les yeux
fixés sur le firmament.

+++++++

2 - MISERE

(Voici une vision issue
des flâneries étranges de ma pensée. Précisons que la rue où j'habite consiste
en un escalier antique, dans le quartier historique du Vieux-Mans, sur des
remparts gallo-romains.)

U n matin en sortant de chez moi, mon univers
changea inexplicablement.


En ouvrant la porte donnant sur l'escalier public,
je passai de l'ombre feutrée à la lumière brutale. Le choc. Dans la rue, un
soleil cru, inhabituel. Chaleur suffocante, atmosphère dantesque. Partout, des
maisons vétustes, délabrées, tristes, aux fenêtres cassées, opaques, aux briques
noircies par la pollution, la crasse.

L'escalie r huppé était devenu de
larges marches anonymes, brisées par endroits, jonchées de détritus, couvertes
de poussière. Sans aucun intérêt architectural. D'un coup je conçus tout ce que
sous-tendait ce lieu terne : le règne de la misère.

De cet escalier émanait
une tristesse infinie, un désespoir affreux, une odeur de mort. Image fidèle
d'un quartier calamiteux de Calcutta au dix-neuvième siècle. Le Mans était
devenue une atroce Calcutta.

(Je parle bien sûr non pas de la flatteuse
Calcutta, refuge des Arts et des Lettres, mais de l'autre, de l'ignoble
Calcutta, asile d'une extrême, révoltante misère : célèbre image stéréotypée
renvoyée au monde entier.)

Décor désespérant : là, l'électricité n'existait
pas, n'avait jamais existé. Ni l'élémentaire confort citadin. J'étais dans une
ville sans voitures, sans magasins, sans néons, sans FNAC, sans panneaux
publicitaires, sans plus rien de ce qui était mes repères habituels. Tout avait
disparu. C'était ça ma ville.

En haut de l'escalier, un spectre : un enfant
portant des lambeaux de vêtements. Crasseux, pouilleux, avec un corps
famélique... Misérable mais encore souriant. Un autre petit être décharné le
suivait. Ils se mirent à jouer avec des cailloux, des morceaux de bois sales. En
bas des marches, un vieux mendiant en train de mourir dans une banale
indifférence. Des silhouettes en haillons passaient devant lui. A ses pieds, une
sébile de bois. Vide.

Misère.

J'explorai la ville. Au lieu de la place
centrale et ses beaux édifices, ses lumières, ses boutiques de luxe, ses halls
nets, au lieu de tout cela, une cour des Miracles, un mouroir à ciel ouvert, une
assemblée de lépreux, d'éclopés, de mort-vivants... Des gueux fantomatiques
errant sous une insupportable chaleur, dans des odeurs incertaines. Charognes,
tanneries, effluves de cuisine immonde ? Impossible de savoir.

Plus loin
dans la rue Gambetta je passai devant une boulangerie sordide, un trou à rat. Je
devinais tout à la simple vue des choses : pain fade au goût de sciure. Le seul
pain qu'on pût manger dans cette ville. Avec des pommes aigres qu'il fallait
cueillir sur les bords nauséeux de la Sarthe. Le pain et les pommes sauvages,
uniques aliments de ce monde... Et ce pain, je ne pouvais le manger : trop
pauvre je me découvrais. Cela dit, je savais confusément qu'on me laisserai
prendre de ce pain, invendu, devenu dur comme du bois.

Misère. Misère.
Misère.

Condamné à vivre dans ce monde pour le reste de ma vie, je regardais
en face l'insupportable vérité. C'était inéluctable, irréversible, terrible
comme un verdict tombé du Ciel. Impossible d'échapper au destin. Je devais me
résoudre au sort, survenu du jour au lendemain sans aucune explication.

Acce
pter ma nouvelle condition était la seule chose concevable, conscient que le
monde laissé derrière moi était définitivement perdu. Plus d'Internet, plus
d'électricité, plus d'aliments variés, plus jamais. Plus de boissons fraîches
diverses, ni de lit confortable, ni de sécurité... Plus rien de tout cela. Il me
fallait désormais vivre comme un mendiant de Calcutta du dix-neuvième siècle
dans un monde d'ordures, de fange, de faim, d'absolu dénuement.

Je mesurais
l'horrible détresse de ma situation. Des millions d'hommes ayant vécu une
semblable misère défilaient en mon esprit. J'étais devenu leur frère
d'infortune. A la différence qu'eux n'avaient connu que ça toute leur vie. Moi,
j'expérimentais l'état extrême de la pauvreté, après avoir connu l'état extrême
de la richesse. C'était d'autant plus cruel que rien ne m'avait préparé à ce
mystérieux bouleversement de mon existence : en ouvrant la porte de chez moi,
j'étais passé de manière parfaitement incompréhensible d'un monde d'abondance,
de nantis repus à un monde d'affamés, de malheur.

J'étais en train de vivre
ce qu'avaient vécu ces millions de déshérités. La misère n'était plus une
abstraction. J'étais là, à la place de ceux qui l'avaient vécu dans leur corps,
leur âme. La misère, la vraie, l'authentique, celle endurée par des hommes de ce
monde, de cette Terre, de cette Humanité, la misère éprouvée dans leur chair,
dans leur vie quotidienne, la misère maudite...

Cette misère-là, je la
vivais à cet instant et pour toujours, sans espoir de retour. Je la vivais dans
cette ville qui était la mienne, dans cette cité décrépite qui s'appelait Le
Mans, qui était concrète, pleine de crasse, de grisaille, de détresse, qui
n'était ni un rêve ni une conception virtuelle, mais une ville
d'hommes.

J'étais en enfer.

Textes de Raphaël Zacharie de Izarra
2,
Escalier de la Grande Poterne
72000 Le Mans
FRANCE
Tél : 02 43 80 42 98

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Dernière mise à jour : ( 27-02-2008 )
 
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