Lettre ouverte aux élus Martiniquais: « Le futur sans vous »

Dimanche 23 mars 2014, nous avons eu le résultat que nous pouvions entrevoir et redouter depuis quelques semaines : 25 maires élus dès le 1er tour en #Martinique.
25 maires sur 34 communes et parmi les 9 restantes, il est certain que d’autres maires sortants viendront s’ajouter à cette longue liste des candidats réélus. Plus encore que les forces/couleurs politiques présentes à la tête de ces 25 communes depuis au moins 6 ans en Martinique, c’est l’immobilisme qui en résulte qui est le plus difficile à avaler.
Parmi les 4 communes du centre, là où le dynamisme et le débat politique se doit d’être fort, nous retrouvons les mêmes hommes : Luc Louison Clémenté (Schoelcher), Athanase Jeanne-Rose (Saint-Joseph), Pierre Samot (Lamentin) ou à défaut les mêmes idées politiques avec le PPM et Didier Laguerre dans l’en-Ville. Quand nous regardons les villes fortes et dynamiques de la mère France, nous voyons un second tour à Lyon, Lille, Marseille, Paris, etc. Il n’y a guère que Bordeaux qui déroge à la règle avec son grand Alain.
Signe de ce manque de dynamisme, l’abstention en Martinique est à un niveau impressionnant mis en rapport avec l’abstention dans la Gaule. Que veulent dire ces deux constats mis bout à bout : abstention et manque de dynamisme (élection à 1 tour) ?
Perte de confiance ? Peut-être. Désintérêt du vote ? Clairement. Quand en métropole on constate que les électeurs se déplacent selon l’enjeu du scrutin, en Martinique présidentielles, régionales ou municipales, l’abstention se maintient au-dessus des 40% depuis 2010. Des chiffres bien au-delà de ce qui est observé dans toutes les villes de l’autre bord.
Alors l’explication ? Le Martiniquais estime simplement qu’aucune élection n’est aujourd’hui assez importante pour lui faire laisser sa la-morue et s’exprimer au travers du vote. Aucune. Et encore moins celle qui consiste à choisir celui qui pendant 6 ans vous serra la main à l’entrée ou au dehors de l’église le dimanche. Ces mêmes gens que nos grands-mères ont mises au pouvoir sont aujourd’hui encore là avec le pied sur la pédale du dynamisme et ça le Martiniquais l’a compris.
Pourtant pour une île, la municipalité, la collectivité est plus importante encore qu’une présidentielle.
Dans « Texaco » de Chamoiseau, le constat était déjà établi. Un constat posé là comme le soleil au mitan de nos têtes toute l’année.
« Dans la ville créole, la violence frappe plus qu’ailleurs. D’abord parce qu’autour d’elle règle l’attentat (esclavage, colonisation, racisme) mais surtout parce que cette ville est vide, sans usine, sans industrie, qui pourrait absorber les nouveaux flux. Elle attire, mais ne propose rien sinon sa résistance comme le fit Fort-de-France après l’anéantissement de Saint-Pierre… L’urbaniste créole, par-dessus l’insalubre, doit devenir voyant. »
Pas d’usine. Pas d’industrie. Pas de vision. Un rien sans espoir qui dure encore et encore depuis des années. Au moins deux décennies qui correspondent à mon âge.
Les petit-brins de projets sont louables. Parfois, un frémissement se fait sentir, mais c’est tellement peu comparé au potentiel énorme de notre île. Un frémissement qui est comparable à la vigueur et au dynamisme de nos maires quand on s’attarde sur leur carte d’identité et leur date de naissance. Mou.
Grand-mère, partie il y a déjà bientôt 3 ans aurait pu à peu de chose près pronostiquer les vainqueurs de ces municipales. Un immobilisme de 3 ans… une éternité pour cette Martinique. Grand-mère qui a connu de grands hommes en Martinique. De grands hommes que nous ne connaissons pas parce qu’ils ont été remplacés par de faibles hommes – au mieux moyens – plus préoccupé par leur bout de jardin que par le grand village créole qu’il nous faut construire.
Grand-mère merci de m’avoir donné cet amour pour cette Martinique. Le plus grand héritage que j’ai reçu. Un amour que j’imagine avec des mots de colère et de discorde. Avec des rêves et des déceptions. Des constructions et de l’espoir. Peut-être de la peur et de la frustration.
Mais ces gens-là sont pauvres de tout ça. Sans colère, sans discorde, sans amour.
Grand-mère, la Martinique est jeune. Comme tu l’étais. Et j’espère qu’ils comprendront que nos destins sont liés et nos différents rêves doivent n’en faire qu’un. Mais ce rêve commun, il faudra le rêver sans eux. L’an prochain c’est peut-être trop tôt, mais dans 6 ans, peut-être auront-ils compris ? Souhaite-moi au moins ça. A moi, mais aussi à la Martinique qu’on aime.

Jean-Paul B, 22 ans.

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