Bondamanjak

Petite mise au point avant dire…

Par Pierre Samot ​Président de la SEMAVIL
Alors que depuis très longtemps, les sociétés d’économie mixte sont utilisées en Europe comme outil d’interventionnisme économique passant de la logique d’aménageur à celle d’incubateur d’entreprises mais aussi à celle du sauvetage et du maintien de l’emploi en usant de tous les mécanismes possibles de solidarité.

Alors que cette expérience leur a conféré une légitimité pour être au coeur des contrats régionaux d’investissement et de relance dans les domaines des services publics marchands, du développement endogène, et de l’aménagement urbain….

Alors que partout le tourisme, les énergies renouvelables, les services à la personne (et singulièrement à la personne âgée) sont identifiés comme des secteurs prioritaires…
En Martinique, on refuse aux sociétés d’économie mixte le droit d’investir hors des champs qui leur sont réservés bien que la crise et la raréfaction des commandes publiques poussent ces sociétés au silence ou à la disparition…

Au nom d’une séparation entendue des pouvoirs économiques et politiques ?

Au lieu de rallier un véritable soutien à l’ensemble des initiatives entrepreneuriales ainsi qu’à la mise en valeur des savoir-faire locaux et des patrimoines, les ambitions martiniquaises de l’économie mixte ont suscité incompréhension, haine et entreprise de démolition. Cela n’a jamais été le cas des sociétés d’économie mixte de la Guadeloupe qui, elles, ont déjà franchi les frontières et quêtent aussi désormais en Guyane et Martinique.

Nous constatons que les ambitions d’économie solidaire pourraient même devenir constitutives de soutien abusif, abusés en la matière par quelques martinico-septiques chagrins qui participent pour beaucoup à l’avènement d’un égoïsme collectif, à l’effacement du désir de novation, à la déstructuration du vivre ensemble, à la disparition de la culture du travail, de sa liberté, de ses formes, finalement à de nouvelles intolérances.

Comique serait cette mauvaise croisade acharnée que certains mènent contre les sociétés de développement de la Martinique, si elle n’avait en elle une telle charge d’irresponsabilité et de supercherie terroriste faisant l’éloge de l’ordinaire et du politiquement correct, sans voir simplement que des centaines d’emplois ont été sauvegardées ou créées par l’action de ces sociétés.

A poursuivre cet impensé politique qu’est la démolition méthodique d’une entreprise martiniquaise quelle-quelle soit, au nom d’une conquête du pouvoir personnel, on conviendra que le silence craintif souvent complice de certains est inquiétant. Y aurait-il finalement une alliance objective pour étouffer l’identitaire au profit du futur des autres ? Pour exploiter les difficultés d’une entreprise afin de précipiter sa faillite au profit d’un affairisme ambiant ?
Hors champ électoral, les porteurs de projet s’interrogent.

Quel avantage tire-t-on à se réjouir de l’incertitude qui pèse sur l’avenir d’une entreprise?
A qui profite l’invraisemblable dénonciation d’une stratégie de sauvegarde de l’emploi ?
De quel droit peut-on dénier à une société d’économie mixte toute légitimité d’intervention dans le tourisme ou dans tout autre secteur de développement endogène de son territoire?
Bref, quelle est l’intention véritable des nouveaux censeurs ?

S’agit-il de bâtir une organisation préparée dans tous les domaines à assumer de manière autonome des responsabilités ?

Ou bien s’agit-il de confondre autonomie et subordination. Solidarité et démission …pour que, par exemple, l’engagement d’une société d’économie mixte comme la Semavil soit seulement clarifié, maîtrisé, et qu’elle n’ait plus de singularités.

De leur point de vue, il est probable que les pertes récurrentes à une certaine époque des sociétés d’économie mixte en charge de l’usine du Galion et de l’abattoir aient été politiquement plus correctes que l’intervention de la Semavil dans l’hôtellerie. Il est probable que les subventions massives à la banane soient plus judicieuses que de soutenir l’activité touristique ou le BTP…. Ils feignent de ne pas savoir que les sociétés d’économie mixte de la Guadeloupe, elles, ont eu des moyens massifs à la hauteur des ambitions et continuent d’investir hors des champs réservés comme celui très récemment de l’immobilier commercial.
Ici, ils ne peuvent pour l’instant proposer comme autre manière d’agir que la critique de ceux qui ont fait et qui font. Mais finalement quel débat, quels voies et moyens choisiront t-ils pour faire abandonner aux entreprises martiniquaises de développement toutes singularités et toutes velléités de constituer une alternative crédible ?

S’agit-il ainsi pour la Semavil, opérateur de l’économie mixte locale, de se démettre de ses choix d’avenir parce qu’elle connaît aujourd’hui des difficultés, ou bien s’agit-il pour cette société de changer d’échelle, de muter pour mieux répondre à la concurrence et de s’adapter aux nouvelles attentes de la population en matière d’accompagnement, de maintien et de création d’emploi, de soutien à l’attractivité du territoire ?

Au moins, souhaitons que l’action quotidienne des acteurs publics n’entre pas en contradiction avec le but recherché et ne détruise pas tous les jours les bases organisationnelles comme les bases psychologiques de notre plus grande liberté : le droit à l’initiative.

​Pierre SAMOT
​Président de la SEMAVIL

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