Salon du Livre « Les Mondes Créoles » : le discours d’Hector Elisabeth

Lors de l’inauguration du Salon, le jeudi 5 décembre 2013, en #Martinique, Hector Elisabeth, le président de l’Association des Amis de la Bibliothèque Universitaire, coorganisatrice du Salon, a prononcé l’allocution remarquée que voici.

Chers amis !

Je voudrais d’abord saluer et remercier de leur présence ici ce soir, tous nos invités et en particulier les délégations étrangères venues parfois de très loin.

Nous autres organisateurs avons pris le pari que la bonne tenue de ce Salon International du Livre Créole consacré aux Mondes Créoles et dédié à Aimé Césaire à l’occasion du centenaire de sa naissance ce devrait d’être le plus beau cadeau qui lui serait offert. (Propos de R. Confiant)

S’agissant de l’importance d’un tel Salon, j’ai en cet instant précis une pensée émue pour deux ou trois amis, hélas disparus. Le premier c’est Edouard Glissant avec qui j’ai travaillé dans les années 70 dans le cadre de l’ambitieux projet culturel qu’il avait mis en œuvre à partir de l’IME qu’il avait créé et qui avait à la fois l’objectif d’une offre pédagogique décolonisée à nos jeunes en formation et surtout la mise en œuvre d’un projet culturel véritablement anticolonial avec des activités d’éveil de la conscience nationale martiniquaise.

C’est ainsi qu’ apparut à l’époque la célèbre et trop éphémère revue Acoma, une troupe de théâtre formé d’intellectuels militants, des visites d’écrivains et d’artistes du Tiers Monde, un ciné-club et surtout un festival culturel annuel tenu dans le marché du Lamentin véritable préfiguration du festival de Fort de France mis en place par Aimé Césaire quelques années après. Tout cela sans aucun budget public, avec de l’engagement militant et comme on dit chez nous de l’huile de coude. Deux autres projets qui lui tenaient à cœur n’ont pu voir le jour à savoir son Musée des Arts de la Caraïbe et de l’Amérique latine et ce rassemblement d’écrivains qu’il appelait de ses vœux. Deux autres amis évoquaient souvent devant moi cette nécessité, il s’agit de Camille Darsières compagnon de toujours, fidèle et loyal, de Césaire et notre talentueux écrivain Xavier Orville. Dans de nombreuses discussions en présence d’autres amis comme Roger Toumson cette question d’un événement à réaliser autour du livre et de la littérature fut évoquée sans hélas pouvoir être mis en place au moment où Camile était encore en charge à la Région. Je me dois quand même à la vérité de rappeler une opération qui fut réalisée par la municipalité de Schœlcher à l’initiative de quelques intellectuels martiniquais parmi lesquels Jean José Alpha et André Lucrèce, mais qui n’eut pas hélas de continuité. Notre ambition cette fois est que ce Salon international du Livre de Martinique soit le premier d’une très longue série dont les clauses de périodicité et de localisation devront être débattues.

Un mot sur la Marraine et le Parrain leur choix fait sens d’une part pour l’hommage rendu à A. Césaire. En effet si cette marraine Ina Césaire est la brillante intellectuelle, anthropologue et écrivaine dont la notoriété retentit bien au-delà de la Martinique, elle n’en reste pas moins la fille du père de la Négritude. Sens aussi pour le choix du parrain, Jean Bernabé, brillant universitaire et linguiste dont les travaux sur la langue créole font autorité, est surtout l’un des trois co-auteurs avec Raphael Confiant et Patrick Chamoiseau du fameux Eloge de la Créolité qui a été un moment important dans la réflexion autour de la problématique et de la prospective du Créole comme langue et comme culture.

Un pays invité, Haïti dont nous nous félicitons de la présence de l’importante délégation en nombre et qualité. Un invité d’honneur Dany Laferrière qu’on ne présente plus. Ce choix autour d’Haïti fait également sens à la fois quand on connaît le véritable engouement qu’exerçait Haïti sur Césaire, dont je rappelais hier, à un intéressant débat avec quelques-uns de nos écrivains haïtiens présents, certains propos. Césaire en effet a écrit  » j’ai trouvé en Haïti, plus qu’un apport majeur à la pensée que j’essayais de construire. C’est le pays ou la Négritude se mît debout pour la première fois. » Il dit également  » Haïti est le grenier de la Négritude .Et comment passer sous silence ce petit clin d’œil de Dany Laferrière dans son ouvrage  » L’énigme du retour  » dans lequel son narrateur – lui-même ? – se promène avec un exemplaire fripé du cahier d’un retour… de Césaire. Nous nous garderions bien d’oublier deux œuvres importantes de Césaire sur Haïti : son Toussaint Louverture, la Révolution française et le problème colonial » d’une part, et d’autre part sa superbe pièce de théâtre :la tragédie du Roi Christophe « . Ce choix d’Haïti et de Dany Laferrière fait aussi sens bien entendu avec la thématique des Mondes créoles puisque Haïti reste le plus grand pays de locuteurs créolophones avec la culture et l’identité créole la plus affirmée et la plus authentique et avec une littérature des plus flamboyantes.

Un prix littéraire intitulé Gilbert Gratiant : pourquoi ?

Ici aussi pour faire sens à la fois vis-à-vis d’Aimé Césaire qui a rédigé la préface de la réédition de l’ensemble de l’œuvre de Gratiant dans laquelle il reconnait l’immense talent l’auteur de « Fab compè zikak ». Faisant la preuve par là-même que la problématique du créole ne lui était pas étrangère, ni contraire à la négritude.

 

Sens aussi évidemment pour la thématique des mondes créoles puisque Gilbert Gratiant a été l’un des premiers militants de la défense de la langue créole.

Nous profitons de la tenue de ce Salon pour mettre à la signature des uns et des autres et surtout de nombreux martiniquais, une charte de la langue créole.

Une anthologie de nouvelles des mondes créoles, publiée sous la direction de Raphaël Confiant, permet de fixer un premier document qui témoignera de notre Salon et dans lequel on trouve des œuvres de jeunes auteurs et d’auteurs plus affirmés.

Cette thématique des mondes créoles a pu interpeller mais elle nous a semblé fondamentale pour l’époque afin d’’interroger à la fois la langue, l’identité et surtout la prospective du créole. Cette prospective qui est exprimée de manière la plus pertinente par EG quand il parle de processus de créolisation du monde dans lequel nous sommes entrés. Dans cette perspective, deux grands acteurs de cette créolisation nous manquent, retenus pour des raisons diverses. Deux prix Nobel de littérature : Dereck Welcott et Jean-Marie Gustave Le Clésio.

Je terminerai ce propos en rappelant la formidable coopération qui a permis la menée à terme de ce magnifique chantier du Salon International du Livre de Martinique.

Coopération entre d’une part une petite association de professionnels du livre (l’AABU), apportant son engagement citoyen et son expertise et d’autre part l’institution politique majeure en Martinique, le Conseil Régional, en charge du développement de ce Pays, sur le plan économique, social et culturel, intégrant la politique du livre. Rappelons en guise de point final que le premier président de ce Conseil Régional de Martinique était Aimé Césaire lui-même

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