« Si on peut s’occuper des nègres, alors pourquoi pas des chiens ? » dixit Brigitte Bardot le 13 mars 1982 – au JT de TF1.
Le 13 mars 1982, au journal télévisé de TF1, Brigitte Bardot lâche cette phrase :
« Si on peut s’occuper des nègres, alors pourquoi pas des chiens ? »
Pas de montage.
Pas de mise à distance.
Pas de réaction du journaliste.
La phrase passe. À heure de grande écoute. Dans un pays qui se prétendait déjà « aveugle à la couleur ».
Ce n’est pas un simple dérapage. C’est une archive. Et comme toute archive, elle dit plus sur la société qui la diffuse que sur celle qui la prononce.
Le racisme tranquille des plateaux télé
En 1982, la télévision française est massivement blanche, masculine et bourgeoise. Les personnes noires y sont quasi absentes — sauf comme objets de discours, jamais comme sujets capables de répondre.
Ce jour-là, Bardot ne choque pas. Elle parle dans un cadre qui l’autorise. Nous sommes en France le pays des doigts dans l’homme noir avec ou sans ceinture de bananes.
Elle compare des personnes noires à des chiens sans être interrompue, parce que cette hiérarchisation implicite des vies est déjà intégrée, déjà digérée.
Le silence du plateau est une validation. Une approbation sur un média majeur.
Ce racisme n’est pas hystérique, il est administratif, feutré, poli. C’est celui qui se glisse dans les comparaisons, les métaphores, les “bons mots”, et qui devient d’autant plus dangereux qu’il se présente comme naturel.
La cause animale comme alibi moral
Le plus pernicieux dans cette déclaration, ce n’est pas seulement l’insulte.
C’est le raisonnement.
Bardot ne dit pas « je déteste les Noirs ».
Elle dit : si l’État se préoccupe d’eux, il pourrait aussi se préoccuper des chiens.
Autrement dit :
certaines vies humaines sont abaissées au rang d’animaux,
certaines causes deviennent plus nobles parce qu’elles s’opposent à des groupes racisés.
C’est une mécanique coloniale classique :
l’animalisation des peuples dominés,
la compassion sélective,
la morale utilisée comme arme de hiérarchisation.
On ne défend pas les animaux contre des humains.
On les défend avec une éthique cohérente, ou on ne défend rien du tout.
Une continuité, pas une erreur
On a souvent présenté les condamnations ultérieures de Brigitte Bardot pour propos racistes comme des dérives tardives, liées à l’âge ou à l’isolement.
C’est faux.
La phrase de 1982 montre que tout était déjà là :
la vision du monde,
la hiérarchie des vies,
la certitude d’avoir le droit de juger.
Ce qui a changé, ce n’est pas son discours.
C’est la société, lentement, imparfaitement, sous la pression des luttes antiracistes.
Pourquoi cette archive nous concerne encore
Parce qu’elle nous rappelle que le racisme en France n’a pas seulement été crié dans la rue.
Il a été diffusé, normalisé, légitimé par les institutions médiatiques.
Parce qu’elle pose une question toujours actuelle :
Qui a le droit de parler, et sur qui, sans contradiction ?
Et parce que, dans les territoires marqués par l’esclavage et la colonisation — Antilles, Guyane, Réunion — nous savons trop bien ce que produit l’animalisation des corps et des vies.
Ressortir cette phrase, ce n’est pas remuer le passé.
C’est refuser l’amnésie confortable.
Car une société qui oublie ce qu’elle a laissé passer hier est une société prête à recommencer demain. Mince comme dirait Antoine Crozat…nous sommes déjà demain.