Bondamanjak

Conseil régional et familial en Martinique

Ce jour, le canard Enchainé publie l’article qui suit :

En avril dernier, moment émouvant, Alfred Marie-­Jeanne, député de la #Martinique, président de son conseil régional et chef du Mouvement indépendantiste martiniquais ‘(MIM), inaugure fièrement la toute nouvelle école primaire Roosevelt- Douglas de Ports­mouth, à la Dominique,

Quatre ans plus tôt, en 2005, Marie-Jeanne avait décidé de voler au secours de cette île indépendante, entre Martinique et Guadeloupe, durement male menée par un violent séisme. L’attention était belle, grande et terriblement solidaire. D’ailleurs, l’élu martiniquais n’a pas regardé à la dépense. Main sur le cœur, il a fait voter une aide mirobolante de 1 522 898,17 euros pour relever les décombres de l’école. Soit près de 82 % du coût prétendu de la construction. Pour Portsmouth, ville de

3600 habitants, c’est une sacrée belle somme. Pour un établissement de 229 élèves, même un sacré beau cadeau. Et, venant de Martinique, un sacré beau geste, lorsque l’on sait que son conseil régional a du mal à atteindre la barre des 35 % quand il finance ce genre de projet sur son propre sol.

Le 20 avril 2009, donc, le gratin martiniquais et dominiquais se presse aux portes de l’école toute neuve. « Outre qu’il est particulièrement beau, le bâtiment a été construit dans le respect des normes parasismiques « , claironne le conseil régional. Avec ses douze salles de classe, son terrain de sport, son parking de sept places et ses « fenêtres judicieusement positionnées « , la construction est l’une des plus belles de la région.

L’abeille

et l’architecte

Alfred Marie-Jeanne jubile, mais, dans son ombre, deux artisans du miracle de Portsmouth savourent aussi ce moment de grâce. Sa fille, tout d’abord. Maguy Marie-Jeanne, que papa a bombardée directrice des relations internationales et de la coopération de son conseil ré­gional. C’est à la fille que Portsmouth doit à peu près tout. L’idée du don, son montant et sa destination. Rien de tel que l’harmonie familiale pour ca­resser de grands projets.

Le deuxième héros du jour s’appelle Mark Frampton. Il est consul honoraire de la Dominique en Martinique mais aussi architecte au cabinet Anonym’Art. Deux talents pour le prix d’un.

Et c’est à lui que Martinique et Dominique ont songé pour re­dessiner la petite école. Autrement dit, le représentant d’un

petit pays étranger a reçu de l’argent public français pour financer des travaux effectués chez lui, par sa propre entreprise privée.

Cela ressemble déjà à un conflit d’intérêts. D’autant qu’il y a un autre nid de cailloux dans le béton: aujourd’hui, formidable coïncidence, on retrouve associés en Martinique celle qui a passé la commande et celui qui l’a exécutée. Voici donc Maguy, fille de son père, et Mark, architectè du papa; unis pourle meilleur dans la gestion, à Fort-de-France, d’une boutique de luxe baptisée « M’S Co ». Immatriculé au registre du commerce voilà tout juste un an, ce magasin franchisé est le royaume du cuir, des sacs distingués, des chaussures de prix … Et pas des casques de chantier?

Sorj Chalandon