Bondamanjak

Deux immigrés blessés en Calabre après des émeutes

Dans la nuit de jeudi à vendredi, des dizaines d’immigrés africains ont incendié des voitures, brisé des vitrines et mis le feu à des poubelles de Rosarno. Des passagers d’une voiture ont été blessés dans la localité pendant ces émeutes, parmi les plus graves de ces dernières années dans la Péninsule.

Les migrants, qui ont en outre bloqué un axe routier, se sont heurtés aux policiers en tenue anti-émeute. Sept étrangers ont été arrêtés, selon les chiffres de la police, et une quinzaine d’immigrés ainsi que 18 policiers ont été blessés.

Les incidents ont éclaté après que de jeunes Calabrais circulant en voiture ont tiré à la carabine sur un groupe de migrants africains revenant des champs. Deux de ces étrangers ont été blessés.

« Ces types nous tiraient dessus comme s’ils étaient à la fête foraine, et ils riaient. Je hurlais, d’autres voitures sont passées mais personne ne s’est arrêté, personne n’a appelé la police », a témoigné Kamal, un Marocain, au journal La Repubblica.

Vendredi matin, 2.000 migrants ont manifesté devant l’hôtel de ville de Rosarno pour protester contre le comportement, à leurs yeux raciste, de certains habitants de la région à leur égard. Des manifestants scandaient « Nous ne sommes pas des animaux ! » et brandissaient des pancartes affirmant « Les Italiens ici sont racistes ! ».

POLÉMIQUE

Des actes de vandalisme isolés, commis par des immigrés, se sont poursuivis en ville dans la matinée et des vitrines de magasins ont été brisées. A deux reprises, des automobilistes de Rosarno ont tenté d’écraser des immigrés. Les écoles de la ville sont restées fermées, tout comme nombre de magasins. Selon des informations émanant des médias, un habitant, blanc, a tiré en l’air à balle réelle d’une terrasse.

Le ministre de l’Intérieur, Roberto Maroni, a ordonné l’envoi de renforts de police dans la région et mis en place une cellule de crise pour traiter des racines de ces violences.

Le ministre, qui est issu de la Ligue du Nord, parti d’extrême droite anti-immigration membre du gouvernement de coalition de Silvio Berlusconi, a provoqué une polémique en déclarant que l’une des causes de la violence résidait dans le fait que l’immigration clandestine avait été tolérée pendant de trop nombreuses années.

Le chef de l’opposition de centre-gauche, Pierlugi Bersani, a répliqué en l’accusant de jeter de l’huile sur le feu. « Maroni est en train de faire porter le chapeau (à d’autres) (…) Il faut aller au coeur du problème, à savoir la mafia, l’exploitation, la xénophobie et le racisme », a-t-il expliqué.

Pour sa part, le gouverneur de Calabre, Agazio Loiero, a déclaré que si les violences déclenchées par les immigrés étaient à ses yeux entièrement injustifiées, il y avait eu « une forte provocation ».

Dans la région de Rosarno, les immigrés sont employés comme journaliers pour la récolte des fruits et des légumes. Ils sont environ 1.500 à vivre dans des usines désaffectées, sans eau courante ni électricité. Des mouvements des droits de l’homme disent qu’ils sont exploités par le crime organisé.

L’Italie a, ces dernières années, durci sa position contre l’immigration clandestine. Certains bateaux d’immigrants venus d’Afrique ont été refoulés en haute mer.

L’organisation caritative Médecins sans frontières, qui dispose d’une équipe dans la région, a dit avoir alerté à plusieurs reprises les autorités des conditions déplorables dans lesquelles vivent la majeure partie des immigrants.

Huit mille immigrés clandestins vivent en Calabre. Les relations avec la population locale sont souvent tendues.

Version française Nicole Dupont et Eric Faye

Source lepoint.fr