Bondamanjak

HAVRE DE « PAIX »

Sur le plan architectural, elle se singularise par son puit de lumière autour duquel toutes les pièces s'organisent jusqu'au cinquième et dernier étage. Sur le toit s'élevait une vigie qui permettait d'apercevoir au large les navires de retour d'Amérique. "Les marins indiquaient par signes le volume et la qualité des marchandises à bord, ce qui permettait de fixer les prix", explique Elisabeth Leprêtre.  La maison est à la mesure de la fortune amassée par cette famille qui s'est ancée dans le commerce transatlantique à la fin du XVIIe siècle et possédait une flotte considérable ainsi que des terres sur la partie française de Saint-Domingue. Elle commença la traite vraisemblablement dans les années 1730 et cette activité était parfaitement assumée par la famille. Dans une lettre adressée en 1765 à Martin-Pierre, son frère cadet et associé Stanislas détaille sans état d'âme l'art du choix des futurs esclaves: "L'homme grand et fluet ne vaut rien (…). Il faut éviter les mâchoires saillantes et les bouches pointues, s'ils maigrissent, ils deviennent hideux (…). Les trop petits négrillons sont désavantageux parce qu'ils sont peu recherchés. Les forts négrillons sont et seront toujours très demandés". Cet aspect de l'activité de la famille est évoqué succintement dans une pièce consacrée au commerce maritime, notamment par le biais d'un portrait de Bernardin de Saint-Pierre, un écrivain havrais partisan de l'abolition del'esclavage. Dans ce domaine, le travail de mémoire qui s'est largement développé depuis quinze ans dans les autres ports de l'Atlantique concernés reste embryonnaire au Havre qui fut pourtant le deuxième port négrier français à égalité avec Bordeaux et La Rochelle. Nantes , qui occupa et de loin la première place, a prévu par exemple de construire sur près de 6.000 m2 un vaste mémorial dédié à l'abolition de l'esclavage qui devrait voir le jour à l'horizon 2008.