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La #Martinique face au fléau de la banalisation des armes à feu

Fort-de-France — Sans atteindre les records de la #Guadeloupe et de Saint-Martin en terme de criminalité, la #Martinique connaît aussi des problèmes pregnants de violence et une banalisation des armes à feu chez les jeunes.
Le ministre de l’Intérieur, Manuel #Valls, qui doit se rendre dans ces trois territoires antillais d’ici une dizaine de jours, sera très attendu par les élus locaux et forces de l’ordre.
« Il y a un phénomène de violence en Martinique qui est marqué: le nombre de violences est près de deux fois supérieur à la moyenne nationale », indique Matthieu Garrigue-Guyonnaud, directeur de cabinet du préfet de la Martinique.
Depuis le 1er janvier, 9 personnes ont été tuées par arme à feu sur les 12 homicides recensés sur cette île de 400.000 habitants.
Disputes ou règlements de comptes, parfois sous l’emprise de drogues ou d’alcool, peuvent être à l?origine de ces actes « aux conséquences sans commune mesure avec les faits déclencheurs », déplore M. Garrigue-Guyonnaud, pour qui « le recours aux armes soulève aussi des questions d’éducation, de rapport à la violence ». Il s’inquiète notamment de la « moindre inhibition de la part des jeunes notamment à utiliser ces armes ».
Les faits armés impliquent surtout les 18-30 ans, une population « de délinquants ou pré-délinquants, déjà dans une logique de violence », analyse le colonel Philippe Debarge, commandant de la gendarmerie de Martinique.
Pour le secrétaire départemental du syndicat SGP FO Police, Michel Marmot, « de plus en plus de gens portent des armes: posséder une arme, ça devient un challenge, un signe de maturité ». M. Marmot met en garde contre le « phénomène de mimétisme » entre la Martinique et la Guadeloupe, où 37 meurtres ont été commis durant les 9 premiers mois de l’année.
Un jeune Martiniquais armé, souhaitant garder l’anonymat, évoque lui « un phénomène de mode » chez les jeunes et « un sentiment d’impunité ».
Ce qui fait bondir le procureur de la République en Martinique, Eric Corbaux: « C’est faux! On a une réponse pénale très sévère, souvent beaucoup plus qu’en métropole ». En comparution immédiate, « des sanctions rapides et lourdes » sont ainsi régulièrement prononcées, assure-t-il.
Blessures par balle, le quotidien du Samu
Mais ce type de délinquance est aussi rendu possible par la présence de nombreuses armes à feu sur le territoire. 6.843 armes sont détenues légalement en Martinique, mais « on est loin d’imaginer le nombre d?armes qui circulent », alerte Michel Marmot.
Il pointe du doigt les trafics de drogue en provenance de l’île voisine de Sainte-Lucie: « Il y a toujours eu des armes à feu arrivant par canot ». Cependant, ces « petits arrivages » ne peuvent être à l’origine d’une prolifération des armes en Martinique, nuance le colonel Debarge. Aucun trafic organisé n’a pour l’heure été mis au jour.
La provenance de ces armes peut en partie s’expliquer par des cambriolages chez des particuliers, ou la « récupération » de l’arme d’un proche « parfois là depuis longtemps », avance Matthieu Garrigue-Guyonnaud.
« Les vols avec armes à feu ont tendance à augmenter », note le colonel Debarge, et « les sept dernières années, le volume d’armes saisies par la gendarmerie est en progression constante », sans pouvoir déterminer si les contrôles sont simplement plus efficaces ou si la circulation d’armes augmente.
Sur les huit premiers mois de l’année, 330 armes ont été saisies, contre 306 en 2012, dont 55 armes de poing et 24 armes d’épaule, le reste étant constitué d’armes blanches, selon les chiffres de la préfecture.
Les dégâts sont constatés sur le terrain par les services de secours. « Il y a beaucoup de sorties pour blessure par balle, à peu près une par semaine en moyenne », affirme Romane Glogowski, médecin au Samu de Fort-de-France, ajoutant que ce sont des « dossiers habituels » au Samu. Les autorités confirment l’utilisation d’armes de petit calibre, parfois « anciennes » et souvent « trafiquées ».
La préfecture va lancer dans les semaines à venir une campagne « Déposez les armes », comme celle qui a cours en Guadeloupe.

Cécile REMUSAT (AFP)