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L’Europe : la dignité ou la chute

L’Union européenne se trouve aujourd’hui face à une opportunité rare : celle de remettre les pendules à l’heure. Si elle ne la saisit pas, il ne s’agira pas d’un simple échec diplomatique, mais d’un point de non-retour politique.

L’histoire récente de l’Europe est pourtant claire. En 2008, l’Union a choisi de sauver un système financier responsable de la crise au prix du sacrifice de ses peuples. Les citoyens ont compris. L’humiliation ressentie a brisé la confiance démocratique, conduit au Brexit et accéléré la montée des forces extrémistes dans toute l’Europe. Cette séquence n’a jamais été digérée. Elle ne l’a pas été parce que l’humiliation ne s’oublie pas.

Aujourd’hui, le même mécanisme est à l’œuvre.

Le Danemark, allié exemplaire des États-Unis (engagement militaire en Afghanistan, alignement stratégique constant, achats d’armement américain au détriment de solutions européennes, coopération sécuritaire allant jusqu’à l’espionnage d’alliés européens) se voit désormais publiquement piétiné. Voilà une leçon brutale mais limpide : la soumission n’achète ni la protection ni le respect. Elle produit le mépris.

Accepter des pressions américaines sur le Groenland serait répéter les fautes du passé. Ce serait confirmer aux peuples européens que l’Union préfère protéger des équilibres bureaucratiques plutôt que leur dignité politique. L’humiliation qui en résulterait serait durable et politiquement explosive.

La conclusion serait immédiate et largement partagée par les citoyens : à quoi sert l’Europe si, lorsqu’une puissance décide d’imposer sa volonté au nom de sa « sécurité », elle est incapable de défendre ses territoires et ses peuples ?

Et surtout, pourquoi cette logique s’arrêterait-elle là ?

Si ce raisonnement est accepté une fois, rien n’empêchera qu’il soit demain appliqué à d’autres territoires européens, pour des motifs tout aussi fallacieux : la Martinique, Tahiti, la Nouvelle-Calédonie, pour leur position stratégique, leurs ressources, ou leur environnement géopolitique. Une ligne qui cède une fois cesse d’exister.

Laisser faire aujourd’hui serait ajouter une humiliation de plus à une longue série. Elle ne serait ni oubliée, ni pardonnée. Elle nourrirait exactement les forces politiques que l’Union prétend contenir.

La lâcheté stratégique n’a jamais payé !

L’Union européenne doit choisir, maintenant : être respectée ou devenir politiquement inutile, au prix d’une reconstruction qui prendrait des décennies, si elle reste seulement possible.

Il est temps que les peuples d’Europe fassent entendre un message simple et commun : ça suffit !

Une chronique de Bwablan

photo : Icebergchick