Dans les coulisses feutrées des dispositifs d’aide publique, là où les acronymes tiennent lieu de paravent et où la vertu s’affiche à coups de communiqués, une affaire au parfum délicieusement opaque mérite aujourd’hui le détour.
En Martinique. selon plusieurs observateurs attentifs, l’UJAM (Union des Jeunes Avocats de Martinique) aurait encaissé, dans le cadre du très respectable REJI (Revenu Emancipation Jeune Initiative), la somme non moins respectable de 40 000 euros.
Une dotation rondelette, presque élégante, dont la destination finale demeure, à ce jour, enveloppée d’un silence monacal. De quoi faire durcir un presbyte dans un presbytère.
Car enfin, si l’argent public aime la lumière, force est de constater que celui-ci a opté pour l’ombre. Aucun justificatif d’utilisation des fonds n’a été communiqué, aucune ventilation des dépenses n’a été présentée, aucun rapport n’est venu éclairer le contribuable curieux ou l’institution pointilleuse.
Les 40 000 euros se sont ainsi volatilisés avec la discrétion d’un prestidigitateur chevronné, laissant derrière eux une simple question : pour quelle opération, pour quel projet, pour quelle finalité ?
On évoque des opérations dont on ne sait rien, des actions dont on ne voit pas la trace, des initiatives si innovantes qu’elles en deviennent invisibles.
L’UJAM, elle, se mure dans une réserve que d’aucuns qualifieront de dignité, quand d’autres y verront une forme d’élégance ( rire moqueur) bureaucratique poussée à l’extrême.
Dans un contexte où la transparence est érigée en dogme et la reddition des comptes en mantra, cette disparition comptable interroge. Elle amuse presque, tant elle semble relever d’une tradition bien martiniquaise : l’art subtil de faire disparaître des fonds sans laisser d’autre trace qu’un chiffre sur une ligne budgétaire.
Satire mise à part, il ne reste qu’un constat : 40 000 euros ont changé de mains, et nul ne sait (à part moi bien entendu) encore au nom de quoi.