Bondamanjak

Visite du pape au Cameroun « C’est cher pour une population sevrée par la misère »

 


Depuis la sortie de votre livre, quelle a été la réaction du Vatican à votre endroit ?  

Attendre une réaction du Vatican consiste à considérer notre travail comme une arme d’affrontement. Or nous ne sommes pas dans cette logique. Nous n’avons que donné, Serge et moi, la parole aux personnels africains laïc et religieux du Vatican afin qu’ils puissent parler du malaise qu’ils vivent au quotidien. Ce faisant, nous informons l’opinion publique de cette situation, en espérant que les choses changent positivement. Nous ne disons pas que l’église catholique aujourd’hui est raciste. Nous disons que l’église est une institution humaine et comme telle, certains de ses serviteurs laïcs ou religieux calquent les maux qui existent ailleurs. Et il faut les dénoncer.  

Avez-vous par contre reçu des encouragements du corps même de l’église catholique ou d’autres obédiences religieuses ?


Oui, nous recevons des milliers de signes d’encouragement de la part des religieux, des laïcs etc… Mais aussi des opinions contraires et même des injures. Rappelez-vous que Mgr Méranville nous a proféré des injures. N’oubliez pas que nous avons touché un sujet tabou, qui ne plaît pas toujours. Et l’histoire nous montre qu’il y a toujours eu des résistances à chaque fois que l’on a dénoncé les injustices et de surcroît le racisme.


Quel témoignage éloquent avez-vous reçu ?


Tous les témoignages que nous avons reçus, nous ont permis d’étudier et comprendre les mécanismes du malaise du racisme au Vatican mais surtout la profondeur du malaise. Savoir qu’il existe des prêtres africains clochards au Vatican, que les religieuses africaines se prostituent au Vatican, que les enseignants africains dans les universités vaticanes sont discriminés etc. etc. c’est choquant. Mais il fallait quand même le découvrir et le dénoncer. Un des témoignages les plus tristes que Serge et moi avions recueillis durant l’enquête est celui qui explique le réseau des sœurs religieuses qui partent de l’Afrique pour se prostituer….au Vatican. L’histoire de la sœur Bertha dans le livre est assez triste.


Qu’est ce qui a motivé la sortie d’un tel livre et précisément sur cette thématique et surtout le symbole (Vatican) ?


La thématique nous est apparue par hasard. En effet en début 2005 Serge se trouvait en Italie pour une série de conférences. A l’époque je faisais des recherches sur l’histoire des papes africains c’est à dire : Victor 1e (189-199) Miltiades (311-314), Gelase 1e (492-496). Par coïncidence Serge aussi travaillait sur le même sujet. Et de commun accord nous avions décidé d’y aller ensemble. Le jour d’après, nous sommes allés rencontrer un dame italienne qui aussi fait des recherches. Au cours de notre rencontre, elle nous a donné la copie du fameux télégramme envoyé aux forces alliées par Sir Francis d’Arcy Osbonne, ambassadeur de la Grande Bretagne près le St-Siège, sur demande du pape Pie XII . Le pape ne voulait pas de soldats noirs aux portes du Vatican, alors que ceux-ci avaient combattu pour la libération de Rome. Il est a noté que Rome était la première capitale occidentale à être libérée durant la 2e guerre mondiale. Et parmi ceux qui ont versé leur sang pour cette libération, il y avait de nombreux soldats noirs. Nous avons donc voulu enquêté pour en savoir plus. Si en 1944 on ne voulait des Noirs, aujourd’hui qu’en est-il ? Nous sommes donc allés donner la parole non seulement aux prêtres et religieuses africaines mais aussi aux personnels laïcs africains qui travaillent du Vatican.  

L’idée d’apostasie est-elle en arrière-plan lorsque vous décidez de sortir le livre ?  

Non. Notre intention n’est pas celle d’un abandon ou d’un rejet de la religion ou de l’église. Encore moins celle de pousser les croyants à douter de leur foi. Nous dénonçons les écarts de comportements de ceux qui, étant dans l’église, vont contre le message d’amour et de fraternité que Jésus lui même proclamait.  

Vous avez mené une enquête de plus de 3 ans pour sortir le livre. Cela a-t-il été facile de la faire ? Si non pour quelles raisons ?


Comme vous le dites l’enquête a duré plus de 3 ans et elle a été très difficile à cause de la loi du silence qui règne dans le milieu. Tout le monde a peur. L’omerta est aussi poussé à cause du thème qui reste tabou. Vous voyez, l’esclavage et la colonisation ont laissés des séquelles dans les mentalités chez nous les Africains à tel enseigne qu’il est parfois très difficile de parler de certains sujets sensibles surtout quand il s’agit par exemple du racisme qu’on subit dans l’église, de la prostitution des religieuses qui, pourtant existe et gangrène le milieu. Toutefois on ne parle pas aussi, à cause du carriérisme qui anime certains clergés africains et la peur des répressions et sanctions.  

Quelle serait la raison de cette ambiance « négrophobe » que l’on palpe au Vatican lorsqu’on lit votre livre ?


La peur du Noir remonte depuis la nuit des temps avec le passage biblique de la fameuse malédiction de Cham (d’ailleurs utilisée pour justifier l’esclavage contre les Noirs) et transmise de génération en génération. Il y a trop de clichés méprisants à l’égard des noirs, et les rapports qu’une grande partie du clergé occidental a encore aujourd’hui avec le monde noir sont jonchés de stéréotypes.  

Entretien réalisé par Jean-Jacques Dikongué