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Kamal Valcin

Kamal Valcin

LE CARNAVAL EST LA PÉRIODE DE L'ANNÉE OÙ LE MARTINIQUAIS SE DÉGUISE LE MOINS par Kamal Valcin

• Société
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Derrière les apparences d’une société arc-boutée sur la fête, la consommation et le paraître, le quotidien martiniquais ressemble à un immense bal masqué. Paradoxalement, ce n'est pas sous les confettis des jours gras que nous portons nos plus beaux déguisements, mais bien les trois cent soixante et un autres jours de l’année.

On nous croit exubérants, perpétuellement en fête, portés par une insouciance de carte postale. Pourtant, quiconque observe notre société avec un peu de lucidité décèle un malaise sourd.

Entre consumérisme à outrance, peur maladive du regard des autres, hypocrisie polie et fuite en avant dans le divertissement, nous sommes devenus les experts d'un art difficile : celui du faux-semblant.

Le reste de l'année, nous portons des costumes invisibles mais redoutablement étouffants. Le costume de la réussite affichée, de l'indifférence calculée, du silence complice face aux vrais défis de notre pays.

À force de sourire quand il faudrait gronder, d'acquiescer par conformisme et de fuir l'engagement citoyen, c'est notre corps lui-même qui encaisse la note.

Physiologiquement, notre société vit sous perfusion de stress : mâchoires serrées, respiration courte, système nerveux en alerte permanente face à la menace invisible du « qu’en dira-t-on ».

À force de refouler nos colères légitimes et de anesthésier nos consciences dans la consommation superficielle, nous fatiguons. Nous devenons des spectateurs épuisés de notre propre existence.

C’est là que le paradoxe éclate, foudroyant de vérité. Le carnaval est la période de l'année où le Martiniquais se déguise le moins.

Car dans la rue, au cœur du déboulé, le masque tombe enfin. Les peaux rouges, les pyjamas, les noir de boue ou les défroques ne sont pas des déguisements : ce sont des révélations.

Dans la clameur de la foule, sous les coups de tambour, dans la sueur et la transe collective, le corps cesse de mentir.

La soupape de sécurité saute. La tension accumulée des mois de faux-semblants s'évapore dans un cri brut, organique, libérateur.

Sur le pavé, le temps d'un vidé, il n'y a plus d'hypocrisie sociale ni de vitrine à tenir : il n'y a que des êtres de chair et de sang qui reprennent possession de leur souffle et de leur liberté. Il y a NOUS.

Mais que se passe-t-il le Mercredi des Cendres ?

Le drame silencieux est là : les habits rouges et noirs retournent au placard, les peaux se lavent, et le grand bal masqué du quotidien reprend ses droits.

On remet la carapace, on étouffe à nouveau ses révoltes, on replonge dans le confort tiède de l'indifférence et de la consommation.

Et si, cette année, à la sortie des derniers battements de tambour, nous avions le courage de garder un peu de cette vérité ?

Et si, plutôt que de réserver notre authenticité et notre engagement aux seuls jours gras, nous décidions de tomber les masques le reste de l’année ?

Le pays n'attend pas seulement qu'on le danse : il attend qu'on l'incarne.

Kamal Valcin 🔜

https://kamalvalcin.fr/biographie/

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