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Marie-Michèle Darsières

Marie-Michèle Darsières

Marie-Michèle Darsières répond à Emmanuel de Reynal de Saint-Michel Archange

• Société
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Je réponds à Emmanuel de Reynal dans sa tribune

de «Laissemoitedire.com» dans laquelle il défend CNews, avec son titre « Je ne regarde pas souvent CNews. Mais je me battrai pour qu’elle puisse exister. »

Voici ma réponse

« Au nom de la liberté, on ne peut pas accepter n'importe quoi. »

Je ne défends pas la censure d'une opinion. Je défends l'application de la loi à une chaîne qui s'en affranchit, et les faits sont documentés.

Le cadre juridique est clair :

Le 13 février 2024, saisi par Reporters sans frontières, le Conseil d'État a annulé le refus d'agir de l'Arcom et lui a imposé de contrôler le pluralisme sur l'ensemble des programmes de CNews, et non plus seulement les temps de parole des politiques.

Le manquement est constaté :

L'Arcom a conclu à un « déséquilibre manifeste et durable » et mis la chaîne en demeure, après une première mise en garde en juillet 2024. Sa décision du 12 juin 2026 s'appuie sur l'observation détaillée de la programmation de mars 2025.

Des sanctions n'ont pas suffi :

L'Arcom a infligé 200 000 euros à CNews pour deux séquences de 2025, en raison de la nature et de l'ampleur des manquements et des sanctions antérieures pour des motifs similaires. Ce n'est pas un faux pas : c'est de la récidive.

Des juristes qui alertent. Le 31 août 2026, 71 professeurs et maîtres de conférences en droit ont saisi le Conseil d'État.

Ils estiment que CNews et Europe 1 militent pour un courant d'opinion clairement identifié et soulignent l'inefficacité manifeste des sanctions financières.

La mobilisation est citoyenne :

Lancée le 10 juin 2026 sur le site de l'Assemblée nationale, la pétition « Supprimer CNews de l'audiovisuel français » a dépassé les 500 000 signatures le 2 novembre, puis les 600 000.

Alors non, ce n'est pas « fermer le bec » à un média qui déplaît. Une fréquence de la TNT n'est pas un droit naturel : c'est une ressource publique, attribuée sous conditions. Quand ces conditions sont violées de façon répétée, la question du non-renouvellement de l'autorisation n'est pas un « crime de lèse-démocratie » : c'est une procédure prévue par la loi, sous le contrôle du juge. Comme l'a rappelé le président de l'Arcom, exiger le pluralisme, ce n'est pas censurer.

Personne n'empêche les animateurs de CNews de s'exprimer : Internet, presse, livres, partout. La question est de savoir qui occupe un canal que la collectivité confie, et à quelles conditions.

La Belgique montre qu'on peut poser des limites sans cesser d'être une démocratie.

Depuis 1993, les médias francophones belges appliquent un « cordon sanitaire médiatique » : ils refusent à l'extrême droite le temps d'antenne en direct, au nom de la salubrité du débat public. Ce n'est pas une interdiction d'État, mais le choix assumé de ne pas offrir de tribune à tout le monde. Je note d'ailleurs que cette salubrité-là n'a jamais empêché la démocratie belge de fonctionner.

Par contre si vous citez une formule, attribuez la, juste à son auteur :

« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez le dire », elle est attribuée à tort à Voltaire : elle vient d'Evelyn Beatrice Hall, qui résumait ainsi sa pensée dans une biographie de 1906 (sous le pseudonyme de S. G. Tallentyre) dans son livre « Les Amis de Voltaire ».

Vous avez donc lu partiellement de qui venait cette phrase… qui d’ailleurs ne dit pas qu'il faille offrir un canal public à ceux qui violent les règles.

Voltaire, que vous brandissez en modèle, il faut le relire en entier. Dans son Traité de métaphysique (1734), il affirme que les Blancs et les Noirs ne descendent pas du même homme, comme les poiriers et les sapins ne viennent pas du même arbre. Dans l'Essai sur les mœurs, il affirme que seul un aveugle peut douter que ce soient des « races entièrement différentes ». Il a aussi détenu des actions de la Compagnie des Indes, qui détenait notamment le monopole de la traite négrière entre le Sénégal et l'Amérique.

Et la science a depuis tranché : l'humanité entière descend de populations africaines. Homo sapiens est né en Afrique il y a environ 300 000 ans, et les ancêtres des Européens et des Asiatiques ne sont qu'une branche partie de ce continent. Il y a plus de diversité génétique à l'intérieur de l'Afrique qu'entre l'Afrique et le reste du monde.

Les « races entièrement différentes » de Voltaire n'ont jamais existé : nous sommes tous, d'une manière ou d'une autre, les descendants de ceux qu'il jugeait inférieurs.

Si je peux me permettre ce conseil : on ne choisit pas pour arbitre de la liberté de tous un homme qui, lui, classait l'humanité en races inégales.

Marie-Michèle Darsières

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