Courrier à M. Raphaël Confiant, doyen de la faculté de Lettres, en réaction à ses déclarations sur la grève à l’UAG

Par Georges Patient, Sénateur de #Guyane.

Monsieur le Doyen,

Dans un courrier que vous dites privé, mais qui est adressé au responsable d’un site d’informations en ligne, et qui a donc été, de façon prévisible, largement diffusé, vous stigmatisez les enseignants et les étudiants du Pôle universitaire guyanais en des termes injurieux et parfaitement inacceptables, qui s’adressent en particulier aux « créoles guyanais » qui préféreraient, dites-vous, des « cheveux lisses » et des « peaux claires » à des qualifications, des diplômes, des compétences, de quelque origine que ce soit.

Alors oui, c’est faire injure à toute une population universitaire en lutte pour un enseignement de qualité et une université gérée avec rigueur, que de répandre de telles calomnies. Oui, aussi et surtout, c’est faire injure à toute la population dont elle est originaire même si vous cherchiez par la suite à préciser que vos accusations ne s’adressaient pas à l’ensemble des Guyanais.

Vous parlez de l’influence d’un ouvrage, signé de Jules Linguet, très polémique et très contesté. Jules Linguet, vous en conviendrez, ne peut pas être considéré comme le maître à penser ni des Guyanais en général, ni des universitaires guyanais. Mais vous, en tant qu’écrivain, figure intellectuelle de la créolité, surtout, dans le contexte actuel, en tant qu’enseignant et dirigeant de l’UAG, vous avez une immense responsabilité devant la jeunesse des Antilles et de la Guyane.
Les débats suscités par l’expression de votre colère resteront stériles. Il est urgent qu’ils cessent. Il est aussi urgent pour vous, à l’UAG, pour nous, élus de Guyane, de recentrer nos discours et nos actes sur les vrais sujets : l’avenir du Pôle universitaire guyanais, les moyens dont il a besoin pour assurer sa mission, la qualité de l’enseignement et de la recherche qui doivent être les mêmes à Cayenne, à Fort-de-France ou à Strasbourg.

Il est urgent de permettre à la jeunesse guyanaise d’avoir une université digne de ce nom, qui lui ouvre les portes du monde. Ne pensez-vous pas, avec Edouard Glissant, que « l’identité d’une communauté doit courir le risque du monde » ? Et qu’il est, ici et maintenant, de votre responsabilité, à vous comme à d’autres, de permettre aux jeunes Guyanais de courir ce risque exaltant ?

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Doyen, l’expression de mes salutations distinguées.

Georges PATIENT

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