Stupéfiante affaire d’assises à Paris

Un procès extraordinaire s’est achevé récemment devant la Cour d’assises de #Paris.
Extraordinaire dans tous les sens du terme tant rarement dans une enceinte de justice aura coexister tant de violences, de peurs et de mensonges.

Extraordinaire tout d’abord par les faits incriminés et juges. Les faits : en 2013, un avion au départ de CARACAS au Venezuela, et à destination de PARIS, contient en soute 1,3 tonnes de cocaïne, répartis dans plusieurs valises, sur lesquelles sont inscrits des noms ne correspondant à aucun des passagers embarqués.
Extraordinaire par la spécificité de la Cour d’assises. C’était en effet une Cour d’assises spéciales la cour d’assises spéciale (parce que spécialement composée), composée de sept magistrats professionnels exclusivement. Cette Cour d’assises est compétente pour juger des crimes commis en matière de terrorisme et de trafic de stupéfiants en bande organisée.

Extraordinaire par la personnalité des accusés : des Italiens membres de la mafia calabraise, des Anglais dont l’un, M. Robert Dawes, est réputé être le plus gros trafiquant et surtout le plus dangereux de toute l’Europe.
Extraordinaire par la tension des débats où chaque intervention des uns ou des autres provoquait un silence glacé et emprunt de terreur.

Extraordinaire par la mise en cause de l’OCRTIS (Office Central pour la Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants) qui a permis l’audition de deux hauts responsables de la lutte contre le narcotrafic en France
En effet, en juillet 2013, une source informe la police de l’arrivée d’une quantité importante de drogue en France, par avion.

C’est sur la base de cette information que François Thierry va solliciter une demande d’infiltration auprès du parquet de Paris. Quatre agents du Siat, le service des infiltrés, sont alors détachés afin de piéger les acheteurs anglais. Pour ce faire, le patron des stups va utiliser son meilleur indic, Sophiane Hambli, un très gros trafiquant qu’il a lui même recruté fin 2009. Depuis, le commissaire permet à son informateur de développer son business en échange de ses précieux tuyaux. Un pacte faustien qui vaudra à François Thierry d’être mis en examen pour «complicité de trafic de stupéfiant» en octobre 2015.
Ce qui a compliqué le jeu c’est que le commissaire Thierry François, connu aux Antilles et notamment en Guadeloupe puisqu’il y a dirigé l’OCRTIS, a été mis en examen dans une sombre affaire (reprendre les éléments de sa mise en examen avec Hambli) où le coaccusé HAMBLI, qui était son informateur, rémunéré par l’OCRTIS, indiquait par procès-verbal au juge d’instruction être à l’origine de la possibilité de la sortie de la drogue par l’aéroport Roissy Charles de Gaulle .

Extraordinaire par la révélation des méthodes d’infiltration des services de police français. Le Parquet général légitimant la procédure d’infiltration, la défense des accusés mettant en cause fortement la régularité de cette procédure en invoquant, coup de théâtre à l’audience, la procédure espagnole dans laquelle il apparaîtrait que la pièce principale de l’accusation du
dossier français, des aveux enregistrés à l’insu des accusés aurait été faite sans l’autorisation des magistrats Espagnols, ce qui a provoqué une première secousse tellurique au sein de la Cour d’assises de Paris, puisque la défense sollicitait le renvoi de l’affaire et un supplément d’information pour enquêter sur cette irrégularité.

Extraordinaire voire exceptionnelle coup de théâtre au milieu de cette audience lorsque l’avocat général lui lit un document émanant de la justice espagnole, prouvant que non seulement la sonorisation avait été accordée, mais que de plus et surtout la pièce produite par la défense des accusés était un faux ! Stupeur et consternation, le procès bascula.

Extraordinaire enfin par la qualité des avocats composant la défense et les représentants des victimes, que des grands pénalistes confirmés. Me COHENN SABBAN, quarante ans de barre au compteur, spécialisé dans cette matière criminelle. Me NOGUERAS, un jeune avocat pénaliste qui monte.

Et surtout l’ogre de la défense pénale, l’inénarrable DUPONT-MORETTI.

En face, deux figures du barreau français : Alex URSULET et son maître, le célèbre François GIBAULT, 61 ans de barreau !
Casting exceptionnel qui ne pouvait générer qu’une audience de cette incroyable tension.

Extraordinaire quant à la quantité de marchandise exportée (plus d’une tonne 3), la plus grosse quantité de cocaïne jamais exportée en France, de plus en ligne régulière sur un avion d’Air France.
Extraordinaire enfin par les décisions qui viennent d’être rendues par la Cour d’assises de Paris (notamment 22 ans de réclusion pour M. DAWES, 13 ans pour M. WHEAT, 12 ans pour M. APREA et 9 ans pour M. RUSSO).


Extraordinaire quant à la dignité des parties civiles. Franck RIMBAULT, directeur juridique d’Air France, a accompagné Alberto CHIRINO pendant les quatre années de sa détention. Alex URSULET n’a pas hésité à rappeler à la Cour d’assises qu’à deux reprises,


Alberto CHIRINO, injustement emprisonné dans la prison la plus dure du monde, a voulu mettre un terme à sa vie.

Lorsque la peine est tombée, aucune émotion particulière ne s’est exprimée sur le visage de ces hommes, comme s’ils étaient déjà ailleurs, sur le chemin étroit qui sépare la prison de la cour d’appel.

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