Lettre ouverte aux fétichistes adorateurs d’un lycée nommé Schoelcher

Par Daniel Boukman – Une affaire, vieille déjà de plusieurs années,  dont  certains – politiciens tortueux, syndicalistes bornés – ont tenté d’en faire l’affaire du siècle, touche à sa fin : un établissement scolaire vétuste, suite à la violence de secousses sismiques, risque de s’effondrer et d’ensevelir sous ses décombres ceux qui, ce jour-là, par malheur, s’y trouveraient.

Il s’agit donc, conformément au principe de précaution (auquel aucun bâtiment, si prestigieux soit-il, n’échappe) d’évacuer élèves, professeurs, personnel administratif, de leur assurer, pour la rentrée prochaine, un lieu de transit (le mieux possible approprié, nulle entreprise humaine n’étant parfaite) afin d’entreprendre  – enfin ! – la reconstruction d’un édifice par certains érigé en totem.

A la source de la pensée fétichiste en cours, il y a les relents de l’idéologie schoelchériste : dans les années 2000, il avait été proposé que l’établissement baptisé, en 1937, Schoelcher,  reçoive le nom d’Aimé Césaire, et que, dans ce même temps, au Lamentin, l’aéroport soit appelé  Frantz Fanon…. Véhémentes protestations de la part des orphelins de « papa chelchè ki ba nou lalibèté ki si chè a nou » (1) dont l’envahissante présence ( nom de rues, nom d’une ville, d’une bibliothèque… érection de statues et autres bustes) alimente la piété idolâtre des néo-schoelchéristes.

Autre incantation fétichiste, celle qui utilise comme autel le respect du patrimoine martiniquais…Le respect du patrimoine en soi est une attitude positive mais à condition que ce respect ne soit pas à géométrie variable : la démolition de l’ancien pensionnat colonial là où, aujourd’hui, a été construit, un monstrueux « palais de justice »…l’élimination du collège Perrinon pour faire place à un complexe commercial…  destruction à l’ex Hôpital Civil d’une chapelle digne d’être inscrite dans le  champ patrimonial… le massacre d’une dizaine de palmiers plus que centenaires dans le même lieu… autant de « crimes patrimoniaux » commis à Fort de France, sans que n’ouvrent leurs bouches, pour protester, les adeptes de la défense du patrimoine, qui, aujourd’hui, ignorent (ou font semblant d’ignorer) que le projet de reconstruction du lycée appelé Schoelcher, dans son cahier des charges, inclue le respect à l’identique  de la façade de l’établissement.

Afin d’ajouter de l’encens à leur incantation, les fétichistes font appel aux grands disparus au sein desquels ils font un tri si bien que, pour les non avertis, seul un Arbre aux fleurs et fruits prodigieux  occupe tout (ou presque tout) l’espace (2)… Et c’est au nom de la vénération qui lui est due que – selon eux – modifier l’environnement architectural qu’au temps de sa jeunesse, il  hanta, ce serait porté atteinte à sa mémoire.

Enfin autre argument de nature fétichiste : ceux et celles qui manifestent leur opposition (3) à la reconstruction du lycée, exigent que soit sauvegardé l’ « esprit Schoelcher » qui anime leur « communauté scolaire » d’où une volonté obsessionnelle d’être tous ensemble regroupés  en un seul et même lieu, avec, comme pernicieuse conséquence, l’entretien au sein des jeunes  d’un sentiment « identitaire » qui les différencierait  (voire les opposerait) aux lycéens d’autres établissements.

Daniel Boukman, écrivain militant culturel martiniquais

  • Extrait d’une chanson composée lors du centenaire de l’abolition de l’esclavage
  • Pour ne nommer que des défunts, non moins dignes d’hommage et de respect : comme élèves : Georges Gratiant (1907-1992), Jules Monnerot (1908-1995),  Frantz Fanon (1925-1961), Edouard  Glissant (1928-2011), Xavier Orville (1932-2001), Vincent Placoly (1946-1992) ; comme professeur : René Ménil (1907-2004), Suzanne Césaire (1915-2008) , Joseph Zobel (1915-2006).
  • Suite à la récente visite d’une délégation de professeurs et d’élèves du lycée Schoelcher sur le chantier de la maternité de Redoute, les partisans d’un lieu de transit préservant l’unité de la « communauté scolaire » schoelchérienne,  ayant constaté de visu que les travaux en cours sont loin d’aboutir, ont dû, face à la réalité, abandonner (définitivement ?) leur chimérique revendication..

 

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