
Une dette, ça se regarde toujours avec un peu de contexte. Et lorsqu’il s’agit de la Collectivité territoriale de Martinique (CTM), la question n’est peut-être pas seulement de savoir combien elle doit, mais surtout pourquoi elle doit.
Il y en aura pour tout le monde : élus, citoyens, « intellectuels » et médias.
Commençons par la dette.
Un montant, pris isolément, ne dit pas grand-chose. Être endetté de 10 000 euros lorsque l’on dispose de faibles revenus n’a évidemment pas la même signification qu’une dette d’un million d’euros lorsqu’on dispose d’un patrimoine considérable.
Même chose pour une collectivité.
La vraie question est donc de savoir ce que finance la dette.
Est-elle destinée à financer des infrastructures, des équipements, des services publics, des transports, la santé, l’environnement ou encore des projets susceptibles de produire des effets économiques à long terme ?
Ou sert-elle essentiellement à absorber les conséquences de dépenses passées, d'erreurs de gestion et d'engagements financiers accumulés ?
C’est là que le débat devient beaucoup moins confortable.
Une dette n'est pas toujours un investissement
Le document à l’origine de cette réflexion pose clairement la question : quelle est la nature de la dette de la CTM ?
Car s’il s’agissait uniquement d’emprunter pour investir et préparer l’avenir, le débat serait différent.
Mais lorsque l’endettement sert à solder les conséquences du passé, la situation change de nature.
L’image est assez simple : recevoir une facture supplémentaire après avoir déjà payé un mauvais repas.
Difficile, dans ces conditions, de trouver la plaisanterie particulièrement drôle.
Et lorsque les difficultés financières d'une collectivité ont des conséquences concrètes sur les services publics, le problème cesse d'être comptable.
Le cas du CHUM et des difficultés d'approvisionnement évoqué dans le texte rappelle que derrière les chiffres des comptes publics, il y a des conséquences très concrètes pour la population.
Et maintenant, la boîte à claques
Le texte ne s’arrête pas au constat financier.
Il pose également la question des responsabilités.
Pas question ici d'établir un classement. Chacun pourra se faire le sien.
Premier arrêt : les élus.
Ils sont chargés de représenter la population, de porter des projets d’intérêt général et, surtout, de contrôler le bon fonctionnement des institutions qu’ils dirigent.
Cela inclut évidemment la gestion financière.
Lorsque les difficultés budgétaires deviennent structurelles, la question du contrôle politique finit donc nécessairement par se poser.
Deuxième arrêt : les électeurs.
Une démocratie fonctionne avec des élus, mais aussi avec des électeurs.
Voter ne devrait pas seulement consister à choisir un nom ou un logo. Les programmes, les résultats et les bilans devraient également faire partie du débat.
La Martinique a déjà connu des épisodes de graves difficultés financières dans certaines collectivités.
Et les affaires judiciaires ou les controverses ayant concerné différentes structures publiques au fil des années montrent que la question du contrôle démocratique ne peut pas être évacuée.
Troisième arrêt : les « intellectuels ».
Ou, pour reprendre le vocabulaire contemporain, les influenceurs d’opinion.
Durant plusieurs décennies, certaines personnalités disposant d'une audience médiatique, universitaire ou intellectuelle auraient pu contribuer à poser un regard critique sur l'évolution de la Martinique.
La question posée est donc simple : où étaient-elles lorsque certains signaux devenaient pourtant difficiles à ignorer ?
Et les médias ?
Dernière étape : les médias.
Là encore, le constat est volontairement lapidaire :
« Rien à ajouter… »
Pourtant, informer sur les finances publiques devrait précisément consister à décortiquer les chiffres, interroger les responsables, vérifier les décisions et permettre aux citoyens de comprendre ce qui se joue derrière les milliards annoncés.
Parce qu’une dette publique n’est jamais seulement une ligne comptable.
C’est de l’argent qui devra être remboursé.
C’est donc une question politique, économique et citoyenne.
Et surtout, une question qui concerne directement ceux qui n’ont pas participé aux décisions ayant contribué à créer la situation.
La dette de la CTM n’est donc pas seulement une affaire de chiffres. C’est aussi une affaire de responsabilité.
Et visiblement, dans cette histoire, la boîte à claques n’a pas encore fini de s’ouvrir.