
GOUVERNANCE PATRONALE — Au MEDEF Martinique, les statuts semblent désormais peser plus lourd que les discours sur la compétitivité. Catherine Rodap, présidente depuis septembre 2023, annonce le 27 octobre 2026 qu’elle cesse toute intervention dans l’administration de fait de l’organisation. Son mandat est arrivé à échéance le 22 septembre. Elle réclame des élections « conformes ». Ambiance.
Dans son communiqué nickelé autant que chromé, l’ancienne présidente affirme avoir découvert, en préparant sa candidature à un second mandat, que les changements de présidence n’auraient pas été déclarés en préfecture depuis 2009. Elle met également en cause la régularité du processus d’adoption et d’enregistrement des statuts de 2015.
2009, 2015, 2026 : voilà un calendrier qui mérite quelques explications.
Le 8 septembre dernier, le conseil d’administration aurait décidé à l’unanimité de reporter l’assemblée élective, officiellement pour permettre de régulariser la situation.
Puis, le 23 septembre, 21 administrateurs auraient demandé la révocation de Catherine Rodap.
Celle-ci souligne que son mandat était déjà arrivé à échéance et que celui des administrateurs concernés aurait expiré le 14 septembre.
La question est désormais incontournable : qui était habilité à décider quoi, et sur quelle base statutaire ?
Pour l’heure, les accusations et interrogations formulées par Catherine Rodap ne suffisent pas à établir juridiquement une irrégularité. Mais elles imposent des réponses précises.
Catherine Rodap revendique un bilan positif : 30 % d’adhérents supplémentaires en trois ans, une audience numérique en progression et une participation aux négociations sur la vie chère, notamment au protocole du 16 octobre 2024.
Un bilan huile d'olive qu’elle met en avant au moment de quitter la scène.
Mais la bataille ne se joue plus seulement sur les résultats affichés. Elle concerne la légitimité des dirigeants, la validité des mandats et les conditions d’organisation des prochaines élections.
Le MEDEF Martinique, qui entend peser sur les décisions économiques et sociales du territoire, ne peut durablement laisser planer des interrogations sur ses propres règles de fonctionnement.
Le patronat aime généralement rappeler aux autres leurs obligations. Il serait donc intéressant de savoir quand et comment il compte mettre définitivement les siennes au clair.
Car Catherine Rodap est partie de l’administration de fait. Les questions, elles, restent au siège. Bain de siège ?
Et au MEDEF Martinique, le prochain scrutin pourrait bien être aussi important que le nom de celui ou celle qui en sortira vainqueur. J'en marque les contours et les frontières.