
En Martinique, quand un problème s’installe, la solution institutionnelle est désormais bien connue : l’avaler.
Après les transports, leurs retards légendaires et leurs promesses recyclées, la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), plus agoulou que jamais, a décidé de s’attaquer à un morceau encore plus sensible : l’eau. Potable, usée, assainie ou non, tout doit passer par le même estomac.
La dernière idée à la mode ? Une autorité unique de l’eau et de l’assainissement, soigneusement centralisée, bien empaquetée, et surtout bien éloignée du robinet. Sur le papier, c’est propre. Dans la vraie vie martiniquaise, ça sent surtout la concentration des décisions et la dilution des responsabilités.
Qu’on soit clair : personne n’est opposé à une autorité unique. Elle aurait même dû exister depuis longtemps. Mais pas comme ça. Elle devait naître d’une alliance entre les EPCI, pas d’un grand « laissez-moi faire » institutionnel. Transformer un échec collectif en prétexte pour tout récupérer, c’est moins de la gouvernance que de la boulimie administrative.
Le hic, c’est que la CTM a déjà montré ce que donnait ce type de digestion rapide. Les transports en sont la meilleure illustration : plus c’est centralisé, plus ça patine. Imaginer que l’eau échappera à ce sort relève d’un optimisme presque poétique. Sauf qu’ici, quand ça déraille, ce ne sont pas des bus qu’on attend, ce sont des robinets qui restent secs.
Dans ce contexte, les EPCI, c’est à dire les maires, n’ont plus le droit de faire semblant de réfléchir chacun dans leur coin. Ils doivent se parler, s’entendre et faire bloc, s’ils ne veulent pas se réveiller un matin transformés en simples figurants. La population leur ont confié cette compétence parce qu’ils sont proches du terrain. L’abandonner aujourd’hui, ce serait tourner le dos à cette confiance. Depuis quand renonce t-on à une compétence pour se décharger sur plus incompétent.
Et pendant que les institutions discutent, la population et les associations de consommateurs feraient bien de sortir du mode veille. Car une fois l’autorité unique avalée par la CTM, il ne restera plus grand-chose à contester. Les hausses de tarifs deviendront « techniques », les coupures « exceptionnelles », et les explications… optionnelles… Octroi de mer, transports, impôts etc…
L’eau n’est pas un dossier comme un autre. Ce n’est pas un jouet institutionnel ni un trophée de plus sur une étagère déjà chargée. À force d’être AGOULOU, on finit souvent par vouloir tout engloutir. Et parfois, on se noie avec.
