
Parfois, les mots changent de sexe en fonction de celui ou celle qui les prononce.
Ségolène Royal vient de qualifier Raphaël Glucksmann de « stagiaire ». Une formule destinée à relativiser son expérience et, accessoirement, à rappeler que la politique ne s’apprend pas uniquement dans les amphithéâtres, les plateaux de télévision ou les couloirs du Parlement européen.
Jusque-là, rien de sexiste.
Un homme politique peut être traité de stagiaire. Une femme politique aussi. Le mot ne possède pas, à notre connaissance, de chromosome X ou Y.
Mais imaginons maintenant exactement la situation inverse.
Un homme politique qualifie une femme politique de « stagiaire », d’« inexpérimentée » ou de personne qui devrait encore « faire ses preuves ».
Combien de minutes faudrait-il avant que le mot « sexisme » apparaisse dans les commentaires, les tribunes et les réseaux sociaux ?
C’est là que la petite phrase de Ségolène Royal devient intéressante.
Non pas parce qu’elle serait sexiste — ce serait une conclusion un peu rapide — mais parce qu’elle permet de poser une question beaucoup plus dérangeante :
les mêmes attaques sont-elles réellement interprétées de la même manière lorsqu’elles visent un homme ou une femme ?
Quand une femme politique attaque durement un homme, on parle généralement de joute politique.
Quand un homme politique attaque durement une femme, le même vocabulaire peut parfois être scruté à travers le prisme du sexisme.
Deux poids, deux mesures ?
Peut-être. Peut-être pas.
Mais avant de dégainer les grands concepts, il serait peut-être utile d’appliquer une règle assez simple : juger les propos d’abord, leur contexte ensuite, et le sexe de celui ou celle qui les prononce en dernier.
Parce que sinon, non d’un chibre en verve, le sexisme risque de devenir une notion à géométrie variable.
Et aujourd’hui, pour une fois, le fameux stagiaire…
c’est un homme. Bon sang coagulé. Mais c’est bien sûr.
À suivre.









