Lettre ouverte à Madame Najat VALLAUD-BELKACEM Ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche

Fort-de-France, le 02 septembre 2014,

Madame La Ministre, Tout d’abord, nous tenons à vous féliciter quant à votre nomination en qualité de Ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement et de la Recherche. De beaux et grands challenges vous attendent. Nous tenons vraiment à vous soumettre, par la présente lettre, une situation complexe mêlant des intérêts nationaux, territoriaux et aussi individuels. Tous les trois ingénieurs avec une solide expérience professionnelle en France et à l’étranger, nous avons fait le choix depuis quelques années de revenir en #Martinique où nous sommes nés, où nous avons grandi avec nos parents et amis et où nous avons été scolarisés jusqu’au baccalauréat avant de poursuivre des études supérieures en France Métropolitaine. Ainsi, nous y avons construits nos vie de famille avec nos compagnes, nos enfants en bas âge, nos amis ainsi que nos parents qui se sont tant sacrifiés pour la réussite de nos études surtout en France Métropolitaine. Nos inscriptions au concours national rénové du CAPET (Certificat d’Aptitude au Professorat de l’Enseignement Technique) externe SII (Sciences Industrielles de l’Ingénieur, options énergie et mécanique) sont la traduction d’une vocation pour l’enseignement technique et d’une volonté inaltérable de mettre nos compétences humaines et techniques dans les domaines énergies et ingénierie mécanique au service de la jeunesse de notre région d’origine, la #Martinique et de servir d’exemples à nos futurs élèves; juste retour de la formation de qualité que nous y avons reçue. En effet, d’ici 2030, 100% de l’énergie électrique produite en Martinique sera issue d’énergies renouvelables.
Concrètement, de nombreux projets actuellement menés à la Martinique permettront de valoriser l’installation et l’exploitation de moyens de production d’énergies renouvelables (solaire, biomasse, géothermie et éolienne) au détriment de l’utilisation des énergies fossiles et nocives pour la planète. Des emplois devront être créés dans le secteur de l’énergie et il est de notre devoir d’y préparer notre jeunesse (le niveau de chômage endémique est de 26% environ).
Madame La Ministre Ségolène Royal en visite officielle ce week-end (30 et 31 août 2014) dans le département accompagnée de Madame La Ministre de l’Outre-mer, Georges Pau-Langevin, ont pu toucher la réalité et les ambitions du département en matière de transition énergétique. En faisant ce choix d’inscription au concours du CAPET, nous étions véritablement persuadés que nos expériences professionnelles et la qualité de notre parcours en écoles d’ingénieurs et dans le secteur privé seraient en mesure d’apporter une forte valeur ajoutée à l’enseignement technologique au sein de lycées ou collèges en Martinique. Nos efforts ont été couronnés de succès. Désormais lauréats, nous avons formulé des vœux pour rester préférentiellement sur l’Académie de Martinique en tant que fonctionnaires stagiaire.
Cependant, bien que n’ayant formulé aucun vœu pour l’Hexagone, nous avons reçu une notification d’affectation au sein de trois collèges des Académie de Dijon, de Versailles et de Nantes, toutes les trois désignée comme « extensions » de l’Académie de Martinique.
Or, ayant appris de source sûre que des besoins importants existent sur l’Académie dans notre discipline et notamment en technologie collèges, nous avons demandé à vos services de bien vouloir prendre en considération nos difficultés familiales et financières et ainsi de procéder à la révision de nos affectations dès mi-juillet 2014.
Cependant nos demandes de révision d’affectation ont toutes été rejetées par la correspondance de votre service des affectations DGRH B2-2 datées fin juillet, nous acculant à une situation lourde de douloureuses conséquences pour nous et nos familles pour le motif de non-disponibilité de capacité d’accueil dans l’académie de Martinique. Or, l’entretien qui s’est déroulé le vendredi 29 août dernier en présence du Secrétaire Général et de la DRH de l’académie de Martinique font ressortir que dans la discipline technologie collèges de nombreux postes sont actuellement vacants. De plus, ils seraient vraiment très satisfaits de nous compter dans leur équipe pédagogique.

En effet, suite à une demande d’audience formulée par l’organisation syndicale CSTM (Centrale Syndicale des Travailleurs Martiniquais), nous avons pu finalement être reçus ce vendredi 29 août au rectorat. Lors de nos échanges avec le Secrétaire Général et la Directrice des Ressources Humaines de l’Académie de Martinique, il a été acté que :

 de larges capacités d’accueil (24 BMP) existent en collèges dans l’académie pour la discipline technologie, codifiée 1400

 les fonctionnaires stagiaires diplômés d’écoles d’ingénieur, comme c’est le cas pour nous, étant donc titulaires du master M2, n’ont pas besoin de formation dans leur spécialité de recrutement (circulaire ministérielle n° 2014-080 du 17-6-2014) mais d’un parcours adapté, en particulier en pédagogie et en connaissance du système éducatif, que peut assurer l’ESPE de Martinique.

 nous garder serait avantageux pour l’académie de Martinique en raison des importants besoins précités identifiés en technologie collèges. Ne nous y résignant pas, nous vous réitérons notre requête d’effectuer notre année de stage dans l’Académie de Martinique, dont nous sommes tous trois originaires. D’autant plus, que notre requête nous semble tout à fait fondée et légitime au regard de la note de service du ministère de l’Education Nationale n° 2014-050 du 10 avril 2014 qui stipule, concernant l’affectation dans les académies de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane ou de La Réunion : « Les lauréats peuvent être affectés dans ces académies sur leur demande, à la double condition suivante : – ils y résidaient effectivement l’année du concours ; – ils ont demandé en premier vœu cette académie et familiale nécessitant leur maintien sur place ». Nous vous avouons ne pas comprendre les raisons de ce refus par vos services et pourquoi nos situations familiales et financières n’ont elle pas été prises en compte par le ministère de l’Education Nationale.
Bien que n’étant que les candidats numéro X, Y et Z au concours, nous restons aussi trois êtres humains, trois ingénieurs, deux pères, un peuvent justifier d’attaches réelles ou d’une situation époux, un beau-fils…

Nous sommes vraiment convaincus que des enseignants épanouis engendrent des élèves épanouis. Nous vous informons que le bureau de l’association des parents d’élève FCPE déplore cette situation une nouvelle fois et s’est prononcée pour un soutien à nos actions et l’a fait savoir à Madame La Rectrice de l’Académie de Martinique.
De plus, nous nous appuyons également sur les recommandations du rapport sur la question de l’Emploi en Outre-Mer, confié au député réunionnais Patrick LEBRETON, qui préconise de garantir sur place un maximum d’emplois publics et privés aux ressortissants des régions d’Outre-mer, et a été remis à M. Victorin LUREL, ex- ministre des Outre-Mer, en décembre 2013.
Nous nous sommes particulièrement reconnus dans cet extrait :
« La République devrait garantir à chacun de pouvoir travailler et exercer ses talents là où il le souhaite, garantir à chacun de construire son projet de vie là où il l’a toujours envisagé, ou , en tout cas, sans transformer sa vie en une succession de dilemmes cornéliens et douloureux : mon travail , ou mes enfants ? Ma carrière, ou mes amis et mes parents ? Car c’est bien la situation que vivent les ultra marins. »
Madame La Ministre, aidez-nous à échapper à ce cruel dilemme. Pour cela, nous souhaiterions que vous puissiez revenir sur la décision initiale de vos services qui ne semblent pas avoir eu tous les paramètres pour décider de nos affectations au sein de trois collèges, notamment ceux concernant la capacité d’accueil notamment en technologie collèges de l’académie de Martinique et d’accepter notre réaffectation sur l’Académie Martinique. L’affectation des lauréats ultramarins aux concours nationaux demeure une véritable problématique qui se répète chaque année.
Désormais, la balle est dans le camp du gouvernement qui doit choisir les différentes mesures à appliquer du rapport LEBRETON qui semblait véritablement tombé dans l’oubli avec 25 propositions pour donner la priorité aux ultra-marins. L’intérêt du rapport LEBRETON est de véritablement poser ouvertement la question de la priorité d’emploi aux originaires de la Réunion, Martinique, Guyane et de la Guadeloupe. Nous vous remercions d’avance pour votre compréhension et pour l’attention toute particulière que vous voudrez bien apporter à notre situation. Nous vous prions d’agréer, Madame La Ministre, l’expression de nos respectueuses salutations.

Un tel, (marié) père de deux enfants de quatre ans et deux ans et demi….

Un tel, (vivant maritalement) père de deux enfants de 6 ans et de 21 mois.

Et un autre lauréat…

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