Le 26 août 1944, Charles de Gaulle descend les Champs-Élysées. Paris vient d’être libéré. Les images sont devenues mythiques : de Gaulle, Leclerc, les résistants, les chars de la 2e DB, une foule immense.
Mais lorsqu’on regarde attentivement ces images, une question dérangeante surgit :
où sont les soldats noirs qui avaient pourtant combattu pour libérer la France ?
Ce n’est pas une impression. Le phénomène a un nom : le « blanchiment » des troupes françaises.
La 2e DB du général Leclerc avait une histoire profondément liée aux combattants venus d’Afrique. Pourtant, au moment de la Libération de Paris, les unités présentées dans les cérémonies et les défilés sont très majoritairement composées de soldats blancs. Le Monde a documenté ce processus de remplacement de soldats noirs par des soldats blancs, notamment sous la pression de l’armée américaine qui équipait et formait la 2e DB.
Et pourtant, quelques jours auparavant, des combattants venus d’ailleurs avaient été parmi les premiers à entrer dans Paris.
Le 24 août, la colonne Dronne, comprenant notamment les républicains espagnols de La Nueve, entre dans la capitale. Le Musée de la Libération de Paris confirme leur présence parmi les premiers éléments de la 2e DB arrivés dans Paris.
Mais il faut être précis : dire « aucun Noir n’était présent sur les Champs-Élysées » serait historiquement trop catégorique. La célèbre photographie de Georges Dukson, combattant noir présent auprès de de Gaulle le 26 août, rappelle justement que la réalité était plus complexe que ne le laisse penser l’imagerie officielle.
Le problème est donc peut-être encore plus intéressant.
Ce n’est pas que les soldats noirs n’ont pas participé à la Libération. C’est qu’ils ont été largement écartés de l’image de cette Libération.
Et là, l’histoire devient franchement gênante.
Car la France pouvait dire :
« Paris est libéré par les Français. »
Mais elle semblait avoir quelques difficultés à montrer tous les Français qui avaient contribué à la libération de la France.
Les tirailleurs africains avaient combattu en Afrique du Nord, en Italie, en Provence et dans les forces françaises de la Libération. Après le débarquement de Provence du 15 août 1944, ils jouent notamment un rôle important dans la libération du Sud de la France. Puis, progressivement, ils sont remplacés dans certaines unités par des résistants des FFI blancs. C’est ce processus que les historiens désignent sous le terme de « blanchiment ».
26 août 1944.
Une date glorieuse de l’histoire française.
Mais derrière les images en noir et blanc, il existe une autre histoire.
Celle des soldats africains qui ont versé leur sang pour une France qui, au moment de montrer son visage au monde, a préféré montrer une France blanche.
Et ça, 82 ans après, mérite peut-être qu’on regarde à nouveau les images.
Pas seulement pour voir qui est sur la photo.
Mais surtout pour se demander qui aurait dû y être.












