
Du 2 au 4 novembre 2026, la première présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, sera en Guadeloupe et en Martinique. Officiellement, il s'agit de promouvoir le rôle des juridictions financières dans le contrôle de l'argent public et l'amélioration de la gestion des deniers publics locaux. Une visite institutionnelle qui intervient dans un contexte où les finances publiques martiniquaises méritent bien davantage qu'une simple opération de pédagogie.
Il y a des visites officielles qui tombent à point nommé. Celle d'Amélie de Montchalin pourrait en faire partie.
La première présidente de la Cour des comptes sera accompagnée de Pierre Grimaud, président de la Chambre régionale et territoriale des comptes Antilles-Guyane.
Au programme : expliquer, sensibiliser, rappeler le rôle des juridictions financières et leur contribution à la bonne gestion de l'argent public.
Très bien.
Mais en Martinique, la question n'est plus seulement de savoir à quoi sert la Cour des comptes. Elle est aussi de savoir ce que deviennent ses observations, ses recommandations et ses avertissements.
Car le territoire n'est pas exactement un laboratoire de gestion financière exemplaire.
À la Collectivité territoriale de Martinique, les chiffres donnent matière à réflexion.
La dette, qui avoisinait les 950 à 960 millions d'euros en 2024, a franchi le milliard d'euros dans les comptes administratifs 2025. L'épargne brute est tombée à 42,7 millions d'euros, soit environ 3,9 % des recettes de fonctionnement. L'épargne nette ne représente plus que 14,6 millions d'euros.
Et ce n'est pas tout.
La trésorerie serait passée de 101,6 millions d'euros en 2024 à 26,3 millions en 2025. Quant à la capacité de désendettement, elle atteindrait 23,7 années.
Des chiffres qui ne relèvent pas d'une simple querelle entre majorité et opposition. Ils posent une question fondamentale : jusqu'où peut-on laisser se dégrader les marges de manœuvre financières d'une collectivité sans que cela compromette durablement sa capacité à agir ?
La Chambre régionale des comptes produit des rapports, formule des observations et adresse des recommandations.
Mais une interrogation demeure : quelle est l'effectivité de ces recommandations ?
Combien sont réellement appliquées ? Combien restent dans les tiroirs ? Et surtout, quelles conséquences lorsque les mêmes difficultés persistent d'un exercice budgétaire à l'autre ?
Il serait intéressant que cette visite permette de répondre à ces questions.
Car contrôler l'argent public ne consiste pas uniquement à examiner des tableaux Excel, des délibérations et des comptes administratifs. Il s'agit aussi de mesurer les conséquences concrètes des choix de gestion sur la vie des Martiniquais.
Les retards de paiement, les factures impayées, les investissements différés et la pression exercée sur les finances des communes ne sont pas des abstractions comptables
La Martinique a donc besoin de transparence, de responsabilité et de résultats.
La venue d'Amélie de Montchalin pourrait donc être l'occasion d'ouvrir un débat autrement plus intéressant qu'une présentation institutionnelle.
La Cour des comptes entend-elle simplement expliquer son fonctionnement ou souhaite-t-elle également mesurer les difficultés structurelles auxquelles les collectivités ultramarines sont confrontées ?
Et dans le cas martiniquais, comment éviter que les rapports se succèdent sans que les pratiques évoluent suffisamment ?
Une dernière question mérite d'être posée : dans un territoire où les besoins sociaux, économiques et infrastructurels sont considérables, combien coûte réellement une mauvaise gestion de l'argent public ?
Amélie de Montchalin arrive en Martinique au moment où les comptes réclament de la vigilance.
Les Martiniquais, eux, attendent des réponses.
Parce que l'argent public n'est pas une cagnotte. Et la Cour des comptes n'est pas une chambre d'enregistrement.