
À Bondamanjak, nous avons pris le parti de laisser nos lectrices et lecteurs donner leur avis sur ce film qui marque peut-être le début d’une nouvelle ère dans l’univers du cinéma. Croisons les doigts.
Que serait devenue l’#Afrique si elle avait pu bénéficier de ses richesse naturelles ?
Que ressent un descendant d’esclave né en pays occidental lorsqu’il retourne sur la terre de ses ancêtres ?
Comment les africains considèrent-ils les noirs issus de la diaspora ?
Les progrès technologiques annihilent-ils forcément la culture ancestrale ?
Le paternalisme occidental envers les noirs est-il toujours d’actualité ?
Comment gérer l’immigration qui suit forcément l’ouverture des frontières ?…
Non, ce ne sont pas les questions soulevées dans le dernier film de Steve McQueen. Ces thèmes ont été abordés dans le dernier film du Marvel Cinematic Universe, Black Panther.
Précédé d’un raz-de-marée médiatique bien avant sa sortie, attaqué sur Google (on se rappelle l’association raciste qui faisait apparaître le titre «La Planète des singes» sous l’affiche du film, association provoquée par une attaque concertée d’internautes aux intentions assez claires), Black Panther était attendu au tournant sur bien des plans.
Il devait cocher toutes les cases, en tant que premier film Marvel (et premier blockbuster tout court) à arborer un casting complet de premiers rôles noirs.
Alors, pari gagné ou pétard mouillé ?

Ryan #Coogler, jeune réalisateur afro-américain de 31 ans, a brillamment relevé le défi. Sous l’estampille Marvel, il a réalisé un film au final très éloigné des codes du MCU. Dans Black Panther, pas de petites blagues un peu ridicules toutes les trois minutes, ni d’effets spéciaux orgiaques enchaînés à un rythme qui nuit à leur lisibilité.
Ce qui en passant nuit au scénario, réduit au strict minimum pour satisfaire tout le monde. Black Panther prend un contre-pied osé, pose son rythme, laisse du temps aux dialogues, réduit le gigantisme.
Le résultat est réussi : le spectateur a enfin droit à des personnages construits, denses, à un film qui suscite la réflexion.
Le scénario est simple : T’Challa, à la mort de son père, hérite du trône de la nation cachée du Wakanda. Ce peuple isolationniste a su tirer parti du vibranium, un métal aux propriétés extraordinaires, qui leur a permis de développer une technologie très avancée. Mais lorsque l’existence du métal précieux fuite, T’Challa devra défendre son pays contre l’avidité des grandes puissances, et son trône contre un fantôme du passé. Bien que manichéenne et déjà vue (si si, dans le Roi Lion), l’histoire s’étoffe de problématiques bien ancrées dans le réel, ce qui en désarçonnera certains (quelques spectateurs ont quitté la salle, visiblement ennuyés que Black Panther ne soit pas la suite de Thor Ragnarok, quintessence des clichés Marvel s’il en est).
Les acteurs ont, semble-t-il, rapidement saisi les enjeux de ce film et incarnent magnifiquement leur personnage.
Chadwick Boseman évidemment, dans le rôle titre, impose un sérieux trop rare dans les blockbusters. Sa némésis, Michael B. Jordan, l’éclipserait presque dans son rôle de noir déraciné, malmené par les carcans habituels qui sont le lot des immigrés (ghettos, ségrégation violente ou discrimination polie), d’ascendance africaine mais rejeté par les sien, nulle part chez lui.
Ce personnage cristallise à lui seul une bonne partie des questions épineuses qui font débat aujourd’hui concernant la place du noir dans le monde.
Mais la grande force de ce film, outre ses premiers rôles noirs, est aussi la grande part donnée aux femmes noires. Lupita Nyong’o (Nakia), Danai Gurira (Okoye), Angela Bassett(Ramonda) et la pétillante Letitia Wright, qui incarne Shuri, la sœur de T’Challa, sont éblouissantes et omniprésentes. Le scénario leur laisse de longues séquences, le film se féminise à un degré surprenant, et à la fin de la séance on a plus l’impression d’avoir assisté à un film chorale généreux, plutôt qu’à un Marvel égotique centré autour de son super-héros. N’oublions pas les participations assez savoureuses de Winston Duke (M’Baku), Martin Freeman (l’agent Ross) et Andy Serkis (Ulysses Klaue), qui feront l’unanimité.
Bien sûr, ce film a des défauts. Quelle erreur monumentale de la part de Ryan Coogler de ne pas avoir filmé toutes les séquences en Afrique ! Son Wakanda sur fond vert a des airs d’Asgard dans ses mauvais jours.
Cette Afrique imaginaire n’a pas assez de consistance, et le jeu vidéo n’est pas loin dans les plans larges, ce qui est de toute manière un travers constant du MCU.
Certaines scènes, perdues au milieu de thématiques graves, dénotent par leur naïveté digne d’un Disney de Noël : les dialogues avec les ancêtres, les phrases cliché sur les difficultés liées à la transmission du pouvoir, le scénario prévisible, le combat final trop synthétique font parfois sortir brièvement du film.
Heureusement pour peu de temps, grâce au talent d’un Ryan Coogler qui ne rate aucune occasion de traiter chaque facette de la question noire. Quand le film se ‘marvellise’, il perd en qualité, pour revenir aussitôt à un niveau brillant dès que le réalisateur a les mains libres.
Black Panther est donc un Marvel qui ne l’est pas, un cheval de Troie dans le MCU, un film qui diffuse un vrai message sous ses airs de blockbuster. Une belle surprise donc, reste à espérer que bientôt ce genre de film ne surprendra plus personne tant il se sera normalisé.
A.Elisabeth










