
Pendant que certains inauguraient des ronds-points, le Parquet national financier faisait ses comptes. Et les chiffres ne sont pas anodins : trois ans de prison avec sursis, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité requis contre le président de la Région Guadeloupe.
Rien que ça.
Bien sûr, ce ne sont que des réquisitions. La justice n’a pas encore rendu son jugement. Mais quand le PNF demande une telle sanction, ce n’est généralement pas pour avoir oublié de rendre un ticket de caisse de la cantine de l’AN.
Au cœur du dossier : l’utilisation de l’ancienne indemnité représentative de frais de mandat, cette fameuse enveloppe censée permettre à un élu d’exercer sa fonction, pas de transformer l’argent public en portefeuille personnel. Les magistrats estiment que près de 96 000 euros auraient été utilisés à des fins étrangères à la mission parlementaire.
Dans les Antilles françaises, notamment en Martinique, la politique ressemble parfois à une discipline olympique boskafienne où certains élus courent plus vite que les contrôleurs.
À chaque affaire, c’est la même partition : « complot », « acharnement », « instrumentalisation ». Les mots changent rarement, seuls les noms des protagonistes varient.
Le plus ironique est sans doute le contraste entre les discours sur la bonne gouvernance et la réalité judiciaire. On promet la transparence, puis ce sont les magistrats qui finissent par éclairer les comptes.
La Guadeloupe, comme la Martinique, n’a pourtant pas besoin d’élus mangeurs de bokits haren-saur transformés en habitués des prétoires. Elle a besoin d’institutions crédibles et de responsables capables de démontrer que l’argent public n’est pas un compte courant personnel.
Le tribunal dira le droit. Pas Facebook. Pas les militants. Pas les communicants.
En attendant, une question demeure : combien d’affaires faudra-t-il encore pour que l’exemplarité cesse enfin d’être un slogan de campagne et devienne une obligation morale ?










