Lors d’une récente séance à l’Assemblée nationale, une question posée par le député de la Guadeloupe Max Mathiasin — portant sur l’abstention de la France lors d’un vote à l’ONU visant à reconnaître l’esclavage comme « le plus grand crime contre l’humanité » — a déclenché une polémique. La présidente de l’Assemblée a donné la parole au ministre du commerce extérieur.
Rappelons que Jean-Baptiste Colbert, initiateur du Code noir, était en charge du développement du commerce, de l’industrie, de la Marine royale, et donc du commerce triangulaire Le choix de Nicolas Forissier, « héritier de cette même charge du commerce extérieur »est une double insulte et un mépris total en réponse à la question posée par le député de la Guadeloupe .
Pour plusieurs députés ultramarins présents, cette décision n’était pas un simple choix procédural : elle a été perçue comme une allusion blessante au commerce transatlantique et à l’histoire de l’esclavage, comme une injure, et une insulte qui une fois de plus flagelle notre mémoire !
Un symbole qui fouette les mémoires et renvoie à la cale des négriers du commerce translatantique
Le geste est d’autant plus grave qu’il intervient sur un terrain déjà extrêmement sensible. Pour les parlementaires issus des outre‑mer et pour une large partie de l’opinion concernée, l’évocation du commerce lors d’une discussion sur la reconnaissance morale et juridique de l’esclavage renvoie directement à des siècles d’exploitation et de traumatisme collectif. Dans ce contexte, la désignation du ministre du commerce extérieur, héritier de Colbert -père du Code noir- comme interlocuteur apparaît comme un contresens ou, pour les plus indignés, comme une provocation symbolique.
Réactions : colère, humiliation, demandes d’explications
L’incident a provoqué une réaction vive des députés ultramarins : marques d’indignation à la tribune, demandes d’excuses, et appels à ce que la présidence reconnaisse la maladresse, voire l’offense. Au‑delà des bancs, ce type d’épisode alimente le sentiment d’un manque d’écoute institutionnelle vis‑à‑vis des territoires et des populations qui gardent la mémoire de la traite et de l’esclavage et du refus de la France d’assumer une histoire partagée qui doit bousculer le récit national
Enjeux politiques et institutionnels
Cet épisode interroge plusieurs choses :
- la sensibilité et la compétence institutionnelle pour traiter des questions mémorielles et post‑coloniales ;
- la nécessité d’une réponse claire et respectueuse des autorités et de la présidence de l’Assemblée pour apaiser un traumatisme collectif ;
- le risque politique d’amplification du mécontentement si l’affaire n’est pas gérée avec transparence et responsabilité.
Ce qu’il faut attendre
Face à une telle polémique, trois réponses semblent indispensables :
- Une explication publique et claire de la présidence de l’Assemblée sur les raisons qui ont motivé le choix du ministre appelé à répondre, avec reconnaissance de l’impact symbolique de ce choix si erreur il y a eu.
- Des excuses publiques si la décision a été perçue comme offensante par les députés concernés. L’apaisement passe souvent par la reconnaissance du tort symbolique.
- L’ouverture d’un dialogue entre la représentation des outre‑mer et les instances parlementaires pour tirer les leçons de cet incident et éviter de nouvelles maladresses portant sur des sujets mémoriels.
Au‑delà du simple incident protocolaire, c’est la confiance et le respect entre les institutions de la République et ses territoires d’outre‑mer qui sont en jeu. Prendre la mesure de la blessure symbolique et y répondre avec sérieux et humilité n’est pas une option : c’est une exigence démocratique. Sans réponse à la hauteur, ce qui aurait dû rester une question parlementaire pourrait se transformer en crise de confiance plus profonde — pour la représentation nationale comme pour la cohésion républicaine.
Marie-Michèle Darsières
