La députée Béatrice Bellay parle sans ambages de la situation du transport en Martinique…
Si je prends aujourd’hui à nouveau la parole, c’est parce-que la situation n’est plus acceptable. Elle est IMMENSÉMENT GRAVE ! Pas seulement pour ceux qui empreintent le transport et qui sont assignés à domicile désormais, mais pour toute notre vie sociale et économique !
Parce qu’il s’agit d’une politique publique VITALE à notre pays. Et sur ce point, je crois pouvoir dire que je ne peut être taxée ni d’être une amatrice, ni de porter des propos non pesés. Je ne me mêle à aucune vindicte, mais à un constat. Celui de la responsabilité politique!
J’ai exercé pendant de nombreuses années des responsabilités de cadre territoriale et j’ai eu à connaître directement des questions, de mobilité, au Conseil Général d’abord, et au sein de la Communauté d’agglomération de l’Espace Sud Martinique en qualité de directrice de la Mobilité. Sous l’impulsion d’élus ambitieux, j’ai eu à construire le Réseau de Transport SudLib, de l’avis de tous jusqu’à il y a peu- le plus performant ( économiquement – en terme d’organisation avec la fusion du transport scolaire et du transport urbain) et de l’efficacité la plus redoutable de la Martinique.
Je sais donc ce qu’exigent la construction d’un réseau, la définition d’une offre, d’un prix, et plus encore, le suivi d’un contrat, le dialogue avec les opérateurs, avec les usagers et l’anticipation des besoins d’un territoire. Et qu’on ne vienne pas me dire qu’à l’époque, nous avons vu trop grand . Nous avons vu JUSTE ! Juste prix, juste service ! Bref je vous explique !
Depuis des années, et singulièrement depuis la création de Martinique Transport comme autorité organisatrice unique, les Martiniquaises et les Martiniquais subissent un service public de transport dont les dysfonctionnements ne peuvent plus être considérés comme des accidents. Ils sont devenus SYSTÉMIQUES!
Trop de personnes qui n’y connaissaient rien ont été mis à la décision, sans accompagnement. Les élus doivent dire ce qu’ils attendent, les admiratifs et techniciens doivent construire l’offre qui correspond à cette vision de politique publique. En respectant les contraintes : les moyens, financier, géographiques, humains !
Mais depuis 10 ans …
Nous assistons à une triste dérive.
Pas de suivi sur le terrain, pas de suivi contractuelle des offres mise en œuvre sur le terrain. Pas de processus d’implication des élus dans ce suivi.
Des ajustements dispendieux
Bus immobilisés. Bus achetés par Martinique Transport, confiés , sans modification substantielle des contrats, sans contrôle de la dépense .
Des paiements sans compter aux opérateurs. Des demandes ubuesques et démesurées !
Et nous voilà en 2024 déjà, à la clôture de l’exercice comptable avec 13 millions de déficit !
Mais personne ne réagit !!
Resultat en 2025, 45 millions de déficit ! Des nouveaux services, dans le nord, dans le centre, dans le sud … des négociations salariales – aussi légitimes soient elles- dans certains réseaux – qui ne correspondent pas à nos moyens!
Et tombe le couperet 2026, avec un déficit annoncé de près de 65 millions d’euros !
Des opérateurs qui ne sont plus payés.
Des économies recherchés par la suppression de lignes, dont certaines essentielles !
Des sous traitants mal traités , des services supprimés après que de lourd investissements aient déjà été consentis, des salariés en chômage partiel, d’autres sous la menace de licenciement ; des difficultés d’approvisionnement en carburant, des conflits sociaux interminables.
Des négociations « komès manyana » !
Résultat : Des incertitudes quotidiennes pour les salariés, les personnes en recherche d’emploi, en formation, les scolaires, les étudiants, les personnes âgées et toutes celles et ceux qui ne disposent pas d’un véhicule.
Aujourd’hui, et depuis juillet le réseau du Centre a commencé par être quasiment paralysé.
Le réseau du Nord complètement arrêté, faute d’argent dans les caisses de MT pour engager des dépense/ Quasiment simultanément c’était au tour de SudLib de fonctionner au ralenti puis de connaître des journées puis des semaines sans bus jusqu’à l’arrêt total sur les douze communes du Sud en raison, là encore, de difficultés financières liées aux paiements de Martinique Transport.
Désormais nous le savons tous:
Ce ne sont plus des incidents.
C’est une crise du service public.
Et les chiffres officiels sont suffisamment graves pour que personne ne puisse détourner le regard : le budget primitif 2026 de Martinique Transport fait apparaître plus de 44,6 millions d’euros d’impayés de l’exercice 2025 liés à l’absence de crédits budgétaires.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
La création d’un périmètre unique de transport devait constituer une avancée majeure. L’idée était juste : penser les déplacements à l’échelle de la Martinique, coordonner les réseaux, organiser les correspondances, mutualiser certains moyens, harmoniser progressivement les services et les tarifs et, surtout, construire une véritable politique publique de mobilité.
Près de dix ans plus tard, où est cette cohérence ?
Nous avons une autorité unique fragilisée, et une offre toujours fracturée. Des organisations différentes selon les territoires. Des conditions d’exploitation différentes. Des opérateurs placés dans des situations différentes. Des conflits récurrents. Des correspondances insuffisantes. Et des usagers qui continuent à subir les frontières administratives d’un système qui était précisément censé les abolir.
Plus grave : nous avons créé l’outil avant de construire véritablement la politique publique qui devait lui donner du sens.
Gouverner, c’est prévoir.
Or la Martinique attend toujours l’aboutissement de son nouveau Plan de mobilité. Martinique Transport le définit lui-même comme le plan stratégique devant permettre de mettre en œuvre une politique cohérente avec les besoins de la population et les enjeux du territoire.
Le diagnostic a été engagé et publié. Mais près de dix ans après la création de l’autorité unique, la stratégie globale reste encore à achever.
Pendant ce temps, les contrats se succèdent. Les millions sont engagés. Les crises éclatent. On répare. On négocie. On modifie. On augmente puis on réduit. On recommence.
Et BOUM : ON ARRÊTE TOUT ! Tout moun atè !!
Zot pa sa konté??
Des contrats seraient signés sans l’argent pour les payer?
Ce n’est pas une politique de mobilité. C’est une gestion permanente de l’urgence!
J’adhère complètement à un rééquilibrage et au partage JUSTE des charges transférées en 2016 avec les communautés d’agglomération !
Les communautés d’agglomération auraient dû participer à due proportion des charges transférées! Où sont les comptes rendus de la Commission locale d’évaluation des charges transférées CLECT ? À qui profite cette sous-participation des territoires ? Pas aux usagères et usagers en tout cas !
Je conteste en revanche avec force la méthode qui consisterait aujourd’hui, d’après ce qu’en dit le Président de Martinique Transport, Arnaud René-Corail à rechercher l’équilibre financier principalement par la réduction de l’offre, des lignes, des arrêts ou des services.
Oui, les lignes pour aller aux Salines dans le sud se justifient ! Elles permettent, notamment le week-end et pendant les vacances à toutes et tous de bénéficier des espaces remarquables de ce côté de l’île ! Et elles avaient été calibrées pour répondre AUSSI aux besoins touristiques. Secteur dynamique dans le sud !
L’égalité est bien la pierre angulaire du service public ne l’oublions pas !
Nous avons déjà connu cette logique facile de rétrécissement !
En 2017, puis en 2023, et plus tard, en 2025, la réorganisation du réseau Centre prévoyant notamment la suppression de certaines lignes a provoqué plusieurs semaines de conflit. Dans le Nord, des élus communautaires ont eux-mêmes contesté des propositions de réduction d’arrêts et demandé que l’amélioration du service passe plutôt par davantage de rotations et une meilleure organisation de l’offre.
On ne commence pas par supprimer ce que l’on n’a pas correctement évalué. Avant de supprimer une ligne, il faut savoir quelle offre était contractuellement commandée.
Combien de kilomètres devaient être produits ?
Combien l’ont réellement été ?
Combien de rotations étaient prévues ?
Combien ont effectivement circulé ?
Quels étaient les taux de panne et d’indisponibilité ?
Quelle fréquentation réelle par ligne, par tranche horaire et par bassin de mobilité ?
Quels taux de ponctualité et de régularité ?
Quels coûts kilométriques selon les réseaux et les opérateurs ?
Quelles pénalités ont été appliquées lorsque l’offre contractuelle n’a pas été exécutée ?
Et surtout : pour quelle qualité de service avons-nous réellement payé ?
Voilà le bilan qu’il faut mettre sur la table avant de demander une fois encore aux usagers de supporter les conséquences d’une gestion catastrophique, nappée d’amateurisme qu’ils n’ont pas choisie.
Car derrière une ligne supprimée, il n’y a pas simplement une économie budgétaire.
Il y a un lycéen qui ne sait plus comment rejoindre son établissement.
Une aide-soignante qui commence à 6 heures et qui doit trouver une voiture.
Une personne âgée dont l’autonomie se réduit.
Un demandeur d’emploi qui renonce à une formation.
Un salarié qui arrive en retard.
Un commerçant qui perd des clients.
Un touriste qui découvre qu’il est presque impossible de parcourir notre île sans voiture.
Détricoter l’offre de transport sans stratégie alternative, c’est fabriquer de l’insécurité scolaire, sociale et économique. C’est renforcer la dépendance automobile dans un territoire où le coût de la vie est déjà tellement plus élevé! Et pour beaucoup, INSOUTENABLE ! C’est accroître les embouteillages et les émissions. C’est pénaliser encore davantage celles et ceux qui disposent des revenus les plus faibles.
Et c’est aussi affaiblir notre ambition touristique.
Je refuse également le discours selon lequel la complexité de la situation martiniquaise rendrait ces difficultés presque inévitables. Nous ne sommes peut-être pas une grande métropole continentale. Mais nous ne sommes ni ignorants, ni incapables.
La Martinique compte des ingénieurs, des techniciens, des cadres territoriaux, des juristes, des spécialistes de la commande publique, des exploitants et des professionnels du transport parfaitement capables de construire et de piloter une politique de mobilité exigeante.
J’en ai côtoyé. J’en ai fait partie. Et nous avons déjà démontré que nous savions faire.
Lorsque l’Espace Sud a construit le réseau SudLib, lancé en 2016, il s’agissait de réunir transport urbain et transport scolaire à l’échelle des douze communes et de construire une offre structurée autour d’un contrat suivi par les services et les élus. Ce réseau existe toujours : Martinique Transport indique aujourd’hui qu’il représente 65 lignes locales, 20 lignes intercommunales, environ 1,57 million de passagers annuels et 6 000 élèves transportés quotidiennement.
Tout n’était certainement pas parfait. Rien ne l’est jamais dans l’exploitation d’un réseau de transport.
Mais il existait une méthode, un contrat, un pilotage et une responsabilité clairement identifiée.
La Martinique ne manque donc pas de compétences.
Elle ne manque pas non plus d’argent : le versement mobilité acquitté par les entreprises a représenté, à lui seul, environ 67 millions d’euros en 2025, selon l’IEDOM. Et aujourd’hui, d’un coup de cuillère à pot, l’idée serait, là aussi, de répondre aux erreurs par l’augmentation brutale de cette taxe?
Mais non, mais non, mais non!!!
Ce qui manque depuis trop longtemps, c’est une direction claire.
Une politique publique ne peut pas être une addition de contrats, d’avenants, de négociations de crise et de solutions provisoires.
Un réseau de transport est une partition.
Le problème est celui d’un chef d’orchestre qui a décidé de ne pas jouer la partition de l’intérêt général et qui, pendant trop longtemps, a préféré fermer les yeux et poursuivre une fuite en avant mortifère. Celle de la mauvaise gestion!
Nous en payons aujourd’hui le prix. d’une EXCEPTIONNELLE GRAVITÉ !!!
Mi bab Mi !!!
Et pas UNE véritable EXCUSE PUBLIQUE OFFICIELLE !
En qualité de citoyenne, je demande donc communication:
- du bilan complet de l’offre commandée et réellement exécutée depuis la création de Martinique Transport
- de l’audit financier et contractuel des différents réseau
- Si je prends aujourd’hui à nouveau la parole, c’est parce-que la situation n’est plus acceptable. Elle est IMMENSÉMENT GRAVE ! Pas seulement pour ceux qui empreintent le transport et qui sont assignés à domicile désormais, mais pour toute notre vie sociale et économique !
- Un calendrier tenable d’achèvement et d’adoption du Plan de mobilité de la Martinique.
Je demande également que les représentants des usagers, les organisations syndicales, les opérateurs, les EPCI, les communes et les professionnels du secteur soient associés à cette remise à plat.
Il faut enfin construire une véritable doctrine martiniquaise de mobilité : réseau territorial cohérent, intermodalité, tarification lisible, information voyageurs fiable, articulation bus-TCSP-maritime, transport scolaire sécurisé, transport à la demande dans les secteurs peu denses et évaluation permanente de la qualité de service.
Il est encore temps de remettre le transport martiniquais sur les rails.
Mais nous n’y arriverons ni en supprimant des lignes pour équilibrer momentanément des comptes, ni en opposant les territoires, ni en administrant crise après crise un système que nous refusons de repenser.
Il faut désormais faire ce qui aurait dû être fait depuis longtemps :
évaluer, planifier, organiser, contractualiser, contrôler et rendre compte.
C’est cela, gouverner.
Et en matière de transport comme ailleurs, gouverner, c’est prévoir.
Béatrice BELLAY
Députée de Martinique








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