
Un procès hors du commun qui laissera des traces dans l’histoire judiciaire de la Martinique. Aussi, il m’a fallu du temps pour analyser ces quatre jours qui flirtaient avec une éternité…longue comme un bras amputé.
Les faits / Un homme Albert Drané loue sa propriété pour une soirée d’anniversaire et trouve la mort à l’occasion d’une altercation qu’il a avec un jeune. Le propriétaire avait un coutelas à la main, l’autre un Torus 9 mm.
Qui a gagné ? Le porteur de l’arme de poing tirant 4 balles dont 3 dans le thorax ?
Cette mort brutale et idiote avait bouleversé le nord de la Martinique. Et après une instruction de 4 ans, l’accusé était déféré à la cour d’assises de Fort-de-France le mardi 07 septembre 2025 pendant 4 jours. Il était défendu par le grand pénaliste martiniquais Philippe Edmond-Mariette dit PEM. Et par Max Bellemare son ombre en ambre.

La famille du défunt était représentée par une paire de monstres sacrés consacrés du barreau de paris : Alex Ursulet et Juan Branco qui même s’ils n’habitent pas Houilles forment une belle paire.
En bon insulaire de l’arc, je suis arrivé en milieu de séance comme Franck et j’ai demandé à un avocat indigène qui m’apprenait qu’il était là depuis le début et comment ça c’était passé. En me montrant ses dents tel un molosse…il me dit : « Deux dobermans contre deux moutons. les moutons ne sont pas encore morts mais le méchoui est en train de se préparer ».
J’ai dû pour ne pas perturber l’audience utiliser un frustrant et contraignant rire intérieur. Purée…je savais qu’entre avocats c’était féroce mais là il ne manquait que la morue. Un peu d’huile et évidement une maniaque farine de manioc.
J’ai eu alors une pensée furtive pour la bâtonnière Murielle Renar-Legrand . Ça ne doit pas évident pour elle. Les larmes s’invitèrent dans les rigoles de mes yeux. Coup-franc. Goal. Heureusement j’avais un mouchoir. Et ce dernier sachant sécher, fit mouche en faisant le choix de ne pas me laisser choir. Émotions factices.
Ce fut ainsi tous les jours. Un combat inégal dopé par la vitesse, la violence, l’impertinence de ces dobermans qui n’avaient rien de chiens de faïence.
Les moutons eux se regroupaient en troupeau pour sauver le peu de peau qu’ils avaient encore sous le poil. Pour panser collectivement leurs blessures communes en poussant de pathétiques bêlements qui traduisaient en braille leur souffrance.
Ils n’avaient jamais vu ça, ils n’avaient jamais vécu ça, nous non plus et chaque jour fut un pas de plus vers ce méchoui annoncé comme une chronique qui nique.
Le troisième jour, le chef des moutons fut embroché façon picador par le toréador Branco, frais comme un Martini, l’enveloppant d’une fatale muleta rouge sang lui fit perdre toute sa raison en révélant que l’avocat de l’accusé PEM était l’avocat de la victime jusqu’à sa mort.
Le petit système de l’entre soi congénital explosait sous nos yeux en direct. La présidente de la cour d’assises essayait de protéger le chef des moutons d’une mort imminente s’exposa sous les yeux médusés des jurés, à la vindicte des avocats de Drané.
Le dernier jour fut également terrible. l’avocate générale enfonça le clou déguisé en banderille dans le flanc de ce drame sociétal majeur.
Ce procès était alors le procès de la Martinique qui a peur. De la Martinique qui est impuissante au coeur de son impuissance.De la Martinique qui est silencieuse face à une réalité qu’elle ne maîtrise pas ou plus.
L’avocat Alex Ursulet força gravement le trait : « Je plaide au nom d’une famille endeuillée mais je plaide aussi pour toutes ces victimes assassinées par balles depuis le début de l’année sur cette île ». Et là, accompagné par un interminable silence de mort, il égraina un à un ces drames. 28.
Puis vint alors le professeur Philippe Edmond-Mariette afin de distiller son habituel cours de culture générale comme un capitaine en déroute qui s’accroche à son ego sans ergots. Comme à son habitude plaidait plus pour lui oubliant son client.
C’est ainsi que s’acheva le fabuleux destin d’un certain Noteuil condamné à…18 ans de réclusion. Ce jeudi 18 septembre 2025, un homme a été tué par balles sur le parvis de l’église de Balata à Fort-de-France. Encore une brutale, gratuite et idiote. Vous me direz…c’est la vie. Mais c’est également la mort.
