
Après avoir visionné une vidéo du RPPRAC présentant des relevés de prix en Martinique à Carrefour Dillon, une question m’est immédiatement venue :
Est-ce vraiment cela le combat contre la vie chère ?
Cette interrogation ne remet nullement en cause la réalité de la vie chère dans l’île chère à Émia Eriasec qui pèse lourdement sur le portefeuille des ménages et mérite véritablement des réponses politiques fortes.
Mais encore faut-il savoir quels prix nous voulons prioritairement faire baisser ?
Dans cette vidéo, on peut voir notamment un pack d’Evian à 11,80 euros, du sucre blanc Daddy en morceaux, des gâteaux Granola, des céréales Golden Grahams, des M&M’s, de la confiture de fraises Andros, des frites surgelées…
Mais vous imaginez si tous ces trucs (hormis l’eau) coûtaient vraiment beaucoup moins cher ?
Nous rendrions encore plus accessibles des produits dont certains sont très sucrés, très transformés ou simplement non indispensables, dans un territoire insulaire déjà confronté à d’importants enjeux de santé liés notamment au diabète et à l’obésité.
Est-ce vraiment une priorité ?
Prenons maintenant le cas de l’eau. Un pack de 6 bouteilles d’Evian à 11,80 euros, c’est effectivement très cher. Mais un même pack d’eau de marque Lafort coûte moins de 4 euros.
Ne vaut-il pas acheter 3 packs Lafort qu’un seul pack Evian ?
Alors quel problème cherche-t-on à mesurer ?
Le prix de l’Evian en Martinique ou le prix auquel un Martiniquais peut accéder à de l’eau en bouteille ?
Les deux informations sont intéressantes. Mais elles ne disent absolument pas la même chose.
Même réflexion devant certains produits ménagers. Il existe par exemple du liquide vaisselle sans grande marque conditionné en bidons de 5 litres, qui rend la vaisselle aussi impec que du Paic…
Comparons donc les produits, les contenances et surtout les prix au litre.
Et concernant l’alimentation, allons jusqu’au bout de la réflexion.
Pourquoi notre symbole de la vie chère devrait-il être le prix des M&M’s qui coûte selon la vidéo 139 % plus cher ? (Personnellement, je m’en bats les cacahuètes…)
Pourquoi notre symbole de la vie chère devrait-il être le prix des Granola ou celui d’une confiture de fraises Andros importée ?
Pourquoi celui de frites industrielles surgelées lorsqu’on peut également comparer leur coût avec celui de pommes de terre fraîches et d’une préparation maison ?
Attention, il ne s’agit surtout pas de décider ce que les Martiniquais ont ou non le droit de manger. Un ménage modeste a autant droit qu’un autre au chocolat, aux biscuits, à une marque qu’il apprécie ou simplement au plaisir.
Mais le droit au plaisir et la définition des priorités d’une politique contre la vie chère sont 2 questions différentes.
Le vrai combat est peut-être ailleurs. Ne pourrait-on pas se battre en Martinique pour que les fruits et les légumes, de préférence locaux, soient accessibles financièrement pour tous ? Ou encore que la viande soit vendue à un prix raisonnable ?
Ou simplement que les aliments ordinaires qui permettent de construire les repas d’une famille soient accessibles : riz, pâtes, farine, semoule, œufs, produits laitiers, légumineuses et autres produits de base.
Ne pourrait-on pas lutter pour qu’il devienne économiquement plus facile de remplir son panier avec des aliments simples et nutritifs qu’avec une accumulation de produits ultratransformés ?
Voilà un combat contre la vie chère qui pourrait simultanément devenir un combat pour le pouvoir d’achat, la santé et la production locale.
Et si on mesurait des paniers différemment ?
Primo, un panier de comparaison nationale, composé de références strictement identiques en Martinique et dans l’Hexagone. Il permettrait de mesurer sans ambiguïté les écarts de prix sur les mêmes produits.
Deuxièmement, un panier essentiel, comprenant les produits nécessaires à l’alimentation quotidienne d’un ménage : féculents, protéines, fruits, légumes, matières grasses, produits laitiers ou équivalents, produits d’hygiène et d’entretien.
Troisièmement, un panier local, qui mesurerait combien coûte réellement le fait de privilégier les productions martiniquaises lorsqu’elles existent.
Et avec ces données, nous disposerions d’un formidable outil.
Nous pourrions savoir si manger local coûte plus cher ou moins cher.
Nous pourrions identifier les produits pour lesquels l’importation est difficilement évitable.
Nous pourrions repérer les aberrations de prix.
Nous pourrions surtout nous demander pourquoi certains fruits ou légumes cultivés à quelques kilomètres de chez nous restent parfois difficiles d’accès pour une partie de la population.
La lutte contre la vie chère ne peut pas uniquement avoir pour horizon de faire en sorte que le caddie martiniquais ressemble exactement au caddie hexagonal, simplement pour quelques euros de moins.
Elle peut être beaucoup plus ambitieuse et rendre accessible ce dont nous avons réellement besoin, favoriser ce que nous pouvons produire ici, permettre aux familles de manger correctement sans sacrifier leur budget.
Et conserver, bien sûr, le droit de s’acheter de temps en temps un paquet de M&M’s pour les aficionados des cacahuètes.
Personnellement, entre un paquet de M&M’s moins cher et un kilo de fruits et légumes locaux à un prix réellement accessible, je sais très bien pour lequel des deux j’ai envie de me battre.











