
La Collectivité Territoriale de Martinique vient de passer la barre symbolique du milliard d’euros de dette.
Et ce n’est pas le genre de record que l’on célèbre avec des cotillons, un verre de rhum , un Super Madras de la veille sur un fond de Naïka.
Selon les données du compte administratif 2025, l’encours de dette de la CTM atteint désormais environ 1,012 milliard d’euros.
Oui. Vous avez bien lu avec ou sans diagonale.
À ce niveau-là, même la calculatrice demande une pause.
60 millions de plus en un an.
En 2024, l’encours se situait autour de 950 à 960 millions d’euros.
En 2025, il approche donc les 1,012 milliard.
Soit une augmentation de l’ordre de 55 à 60 millions d’euros en une seule année, environ 6 %.
Ce n’est pas les chiffres et des lettres car le chibre n’a plus les moyens d’aider l’être.
Mais le véritable problème n’est pas seulement le montant de la dette.
C’est la capacité de la CTM à générer suffisamment d’épargne pour la supporter.
Et là, ça devient beaucoup moins drôle.
42,7 millions d’épargne pour 1,012 milliard de dette.
En 2025, la CTM aurait dégagé environ 42,7 millions d’euros d’épargne brute.
Cela représente environ 3,9 % des recettes de fonctionnement.
En clair : sur 100 euros qui entrent dans les caisses, il resterait environ 3,90 euros après les dépenses courantes. Donc pas grand chose. Même pas de quoi acheter un bokit hareng saur sans mayonnaise.
Et face à cela, il y a désormais 1,012 milliard d’euros de dette.
Le ratio communiqué pour 2025 donne une capacité de désendettement de 23,7 années.
Autrement dit, dans cette présentation des comptes, si la CTM consacrait théoriquement toute son épargne brute au remboursement de sa dette, il lui faudrait près de 24 ans.
Vingt-quatre ans. Un quart de siècle.
Une génération.
La tirelire, elle, a fondu
Et puis il y a un autre chiffre qui mérite qu’on ne détourne pas les yeux :
la trésorerie.
Elle serait passée d’environ 101,6 millions d’euros en 2024 à 26,3 millions en 2025.
Une baisse spectaculaire.
Plus de 75 millions d’euros de différence.
Certes, une baisse de trésorerie ne signifie pas automatiquement que la collectivité est en faillite. Les flux d’investissement, les subventions européennes, les calendriers d’encaissement et de paiement peuvent expliquer une partie des variations.
Mais quand on additionne :
1,012 milliard de dette + 42,7 millions d’épargne brute + 26,3 millions de trésorerie,
il devient difficile de considérer que tout va merveilleusement bien dans le meilleur des mondes budgétaires.
Et l’épargne nette ?
Après le remboursement du capital de la dette, l’épargne nette serait d’environ 14,6 millions d’euros.
C’est cette somme qui constitue réellement une partie de la capacité d’autofinancement des investissements.
Routes.
Collèges.
Transports.
Équipements.
Infrastructures.
Développement économique.
Pour une collectivité qui doit continuer à investir dans un territoire confronté à de nombreux défis, la marge paraît pour le moins étroite.
Mais attention au fameux « 23,7 ans »
Il faut toutefois éviter de transformer un ratio comptable en slogan politique sans vérifier sa construction.
La comparaison avec les 9,5 années évoquées précédemment pour 2024 doit notamment être faite avec prudence : il faut s’assurer que les deux chiffres reposent sur exactement les mêmes périmètres et méthodes de calcul.
Parce qu’en finances publiques, comparer deux ratios sans vérifier leur mode de calcul peut conduire à raconter une histoire… qui n’est pas exactement celle des comptes.
Bondamanjak qui n’a pas l’ambition de s’appeller Philippe J ou Valérie-Anne L préfère donc vérifier avant de crier au loup. Ouh ouh vois si le loup.
Mais même avec cette précaution, les chiffres 2025 restent suffisamment sérieux pour poser des questions.
Qui a cassé la tirelire ?
La CTM annonce désormais une prospective financière 2026-2030 et une trajectoire de redressement.
Très bien.
Mais une trajectoire financière n’est pas encore un résultat.
La question est donc simple :
comment la CTM compte-t-elle réduire durablement son endettement tout en continuant à investir et à financer ses compétences sociales ?
Et surtout :
qui paiera demain ?
Parce que la dette d’aujourd’hui n’est jamais gratuite.
Elle sera remboursée demain par les recettes de demain.
Donc, quelque part, par les Martiniquais de demain.
Le vrai sujet n’est donc pas le milliard
Le vrai sujet est peut-être encore plus inquiétant.
Ce n’est pas d’avoir 1 milliard d’euros de dette.
C’est d’avoir 1 milliard d’euros de dette avec une capacité d’épargne qui reste faible.
La question n’est donc plus :
« La CTM est-elle endettée ? »
La réponse est oui.
La question est :
« La CTM dispose-t-elle encore de suffisamment de marges financières pour investir, absorber les coups durs et continuer à fonctionner sans devoir emprunter davantage ? »
Et là, il va falloir sortir les comptes.
Pas les éléments de langage. Le blablabla qui sent le gland flasque et sanglant
Pas les communiqués à la con.
Les comptes.
Parce qu’à quelques mois des prochaines échéances politiques, les Martiniquais ont peut-être une petite question toute simple à poser :
Qui a cassé la tirelire, le sommier de Cyriaque ou dégonflé le matelas d’Alfred ?
Et surtout…
Qui va payer la facture ?
Parce qu’un milliard, ça se compte en bon dard et en tout cas car…

![L'image du jour [27/07/16] Martinique - Djihadiste](https://i0.wp.com/www.bondamanjak.com/wp-content/uploads/2016/07/Screenshot_2016-07-27-22-03-16-1.png?fit=148%2C148&ssl=1)









