Félicitations aux douze maires élus d’origine africaine. Plus particulièrement à Bally Bagayoko : face à l’ouragan médiatique, son calme et son sourire donnent la leçon la plus simple et la plus dure à entendre — ils démentent la fameuse phrase de Léopold Sédar Senghor « L’émotion est nègre, comme la raison est hellène » et renvoient à leurs auteurs leur misérable imaginaire.

On exige de nous l’assimilation comme preuve de loyauté, puis on punit la réussite par la dérision et la déshumanisation. Traiter un élu de « primate » n’est pas un « dérapage » anodin : c’est la réactivation d’un arsenal colonial qui a servi à dégrader, objectiver, et dominer des populations entières. Et quand la même parole vient d’un chroniqueur, d’un politique ou d’un éditorialiste, le malaise n’est jamais neutre : il est la preuve d’un racisme structurel qui persiste sous le vernis républicain.
Ne confondons pas liberté d’expression et impunité symbolique. La République qui se prétend égalitaire ne peut tolérer que certains de ses membres soient systématiquement renvoyés à l’animalité pour mieux les exclure. Il faut des excuses publiques, des sanctions proportionnées, la suspension médiatique et disciplinaire des auteurs, et une obligation de formation pour les responsables publics et les plateaux.
Bally Bagayoko et les autres maires ne sont pas des preuves à exhiber d’une « réussite tolérée » : ils sont la République en acte.











