
Depuis quelques jours, les nouveaux gardiens du temple républicain répètent la même litanie : « Respectez les lois, respectez les traditions, respectez les us et coutumes de la France. »
Le message s’adresse aujourd’hui à cette jeunesse que certains appellent avec mépris la génération Bagayoko.
Très bien. Ok.
Mais une question dérange.
Lorsque la France débarquait sur les côtes africaines, fusil dans une main, Bible dans l’autre, où était donc ce fameux respect ?
Quand des millions d’Africains furent arrachés à leurs terres pour alimenter le commerce triangulaire, cher à notamment à Antoine Crozat, à Colbert, parlait-on de respect ?
Quand des hommes, des femmes et des enfants furent transformés en marchandises, marqués au fer, vendus, violés, exploités jusqu’à la mort dans les plantations des grandes et petites Antilles, qui parlait des traditions des peuples africains ?
Personne.
Le respect avait disparu. Les doigts dans l’homme noir avaient remplacés les droits.
L’Église catholique, souvent présentée comme gardienne de la morale, a accompagné une partie de cette histoire. Si certains religieux ont dénoncé l’esclavage, d’autres institutions ecclésiastiques l’ont justifié ou toléré pendant des siècles. L’Histoire est plus complexe qu’un slogan, mais elle ne peut être effacée.
Aujourd’hui, on exige que les descendants de ceux qui ont subi cette violence historique fassent preuve d’une exemplarité absolue.
Pourquoi pas.
Mais le respect ne fonctionne pas à sens unique. On va arrêter la nique.
On ne peut pas exiger l’oubli tout en distribuant des leçons de civisme.
On ne peut pas demander aux mémoires blessées de se taire pendant que les descendants des puissances coloniales s’érigent en arbitres exclusifs de la morale.
Le respect commence toujours par la reconnaissance.
Reconnaître la colonisation.
Reconnaître la traite négrière.
Reconnaître l’esclavage.
Reconnaître les responsabilités historiques. Réparer. Es zot paré ?
Ensuite seulement, on pourra parler sereinement de valeurs communes.
Parce que le respect n’est pas une injonction.
C’est une réciprocité.
Et tant que certains continueront à enseigner l’Histoire avec des trous plus grands que la cale d’un navire négrier, les débats reviendront inlassablement.
La mémoire n’est pas une vengeance.
Elle est simplement le refus de l’amnésie. En bon dard et en tout cas car le monde change même si ça vous dérange.
Paul Kisusky









