A propos d’otages

Par Yves-Léopold Monthieux
On peut être choqué par le véritable show organisé au retour des quatre ex-otages et dont l’un est présenté comme une véritable star. Qu’ils reçoivent un accueil chaleureux mais digne de la part de leurs collègues est chose normale. Que les intéressés soient accueillis sur le tarmac de l’aéroport par le président de la république relève désormais d’une pratique courante parfaitement louable. C’est possible en #France, pays de dimension moyenne où finalement les dirigeants sont relativement proches des citoyens, jusqu’à se connaître parfois, comme c’est le cas du journaliste parisien Didier François, connu, paraît-il, du président de la république. Cependant il n’est pas sûr que la bonne méthode consiste à mettre en scène des situations qui appellent à la retenue et dont le dénouement pourrait résulter de tractations tenues secrètes pour de bonnes raisons. C’est une première réserve.

Cette affaire est présentée comme une victoire nationale, avec un vaincu parfaitement identifié. Victoire de la détermination de la France à obtenir la libération de ses sujets pris en otages, victoire des services secrets dont l’efficacité aurait toujours raison des manœuvres des preneurs d’otages. Ainsi on se réjouit sans retenue que les gouvernements français de droite ou de gauche finissent toujours à tirer d’affaires les Français pris en otage. Et pour faire bonne mesure on signale que d’autres pays, comme les USA, souffriraient de la comparaison. Ces déclarations et manifestations sont à double tranchant.

En déclarant urbi et orbi ne jamais abandonner ses ressortissants dans la difficulté, cela s’est déjà dit, la France se désigne à l’attention des preneurs d’otages comme la nation la plus vulnérable, c’est-à-dire la plus susceptible de répondre à leurs demandes de rançon. Par ailleurs, en déclarant qu’elle obtient toujours que la vie de ses journalistes soit épargnée, la France – son gouvernement et sa presse -, suggère que sa détermination varierait en fonction de la notoriété des otages. Enfin, la mise en évidence de l’efficacité de la DGSE présentée comme quasi infaillible, peut être reçue comme un défi par les preneurs d’otages. En exécutant l’otage Gilberto Rodrigues Leal ceux-ci indiquent que les choses ne sont pas aussi simples et signalent aux Français lambda retenus en otage et à leurs familles qu’il y aurait, de la part de l’Etat, deux poids et deux mesures.

Il est en effet troublant que la mort de l’otage français, qui a été enlevé en novembre 2012, survienne seulement quelques jours après la libération des quatre journalistes français. Et il peut paraître indécent que l’ex-otage Didier François continue encore de causer sur les plateaux de télévision, mû par une évidente excitation, alternant forfanterie et éclats de rire.

Yves-Léopold Monthieux

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