À l’heure où la religion s’introduit sans graisse et surtout plus que jamais dans le fait politique, il me revient un souvenir gravé dans ma sombre mémoire de noir.
Oui…j’avais 10 ans quand j’ai découvert le « nègre de Dieu ». J’ai eu cette opportunité au Saint-Esprit. Ça ne s’invente pas.
Je passais souvent la période des grandes vacances dans cette charmante commune du sud de la Martinique.
Ce jour-là, il faisait chaud. On m’imposait une inévitable sieste d’après-manger avant de rejoindre mes camarades de jeu de l’après-midi.
Il faisait trop chaud sans blague alors comme un animal, j’épousais avec mon ventre les carreaux de la chambre des garçons pour capter la fraîcheur qu’ils offraient. J’attendais mon heure qui lui prenait tout son temps.
Dans une autre chambre Madame Glorieux que tout le monde appelait Bonne Manman parlait avec une de ses filles , tante Paulette qui vivait en France sûrement grâce au BUMIDOM. J’entendais tout. Elles égrénaient des histoires de famille. Aussi j’avais là une belle occasion de les mettre sur écoute. J’apprenais des choses. Ma mémoire était aux anges.
Une phrase me cloua au sol comme le Christ sur la croix. Quoi ? Qu’entends-je ou démon ? Bonne Manman en sortait de bonnes mais celle-là…c’était du lourd : « C’est normal Saint-Michel archange est blanc et le démon est noir ».
J’avais dix ans. Et moi qui n’a jamais appelé ma mère…maman…j’ai opté pour le manman manman de l’estébékwé lesté comme une nasse à Bequia.
Cette phrase signifiait le tableau made in Italy qui était au-dessus de son lit comme une agile parole d’évangile.

Le démon était noir comme mon grand-père Georges. Comme amie Mathilda.
J’avais 10 ans…et ce jour-là je n’ai pas compris pourquoi Jésus avait fait une croix sur sa vie pour ces gens-là.
gilles dégras












