
La Martinique et au milieu du gué de la corruption et de la délinquance financière durable.
Pendant que Man Tine cherche son Doliprane, que Ti Jacques attend son rendez-vous chez le spécialiste pour fin 2027 et que la Sécurité sociale explique qu’il faut faire des économies, voilà qu’une petite histoire à plusieurs millions d’euros vient rappeler que certains ont une conception très créative du remboursement de soins.
Selon les investigations en cours, deux pharmaciens se retrouvent au cœur d’une affaire dans laquelle la Sécurité sociale estime son préjudice à plus de 4,2 millions d’euros.
Oui, vous avez bien lu.
4,2 millions.
Pas 4 200 euros.
Pas 42 000 euros.
Pas même 420 000 euros.
Quatre millions deux cent mille euros.
À ce niveau-là, ce n’est plus une ordonnance. C’est un plan de relance économique.
Naturellement, la justice devra déterminer les responsabilités de chacun. La présomption d’innocence existe et doit être respectée. Mais la question qui brûle toutes les lèvres est ailleurs.
Comment ?
Comment une telle somme peut-elle être détectée seulement après avoir atteint plusieurs millions d’euros ?
Comment des mécanismes censés contrôler chaque remboursement, chaque feuille de soins, chaque télétransmission, peuvent-ils laisser passer un montant pareil ?
Comment la machine administrative, si efficace pour réclamer 37 euros à un retraité ou suspendre un dossier pour une pièce manquante, devient-elle soudainement myope lorsqu’il s’agit de millions ?
Mystère.
En Martinique, nous avons développé un talent rare : découvrir les problèmes lorsqu’ils sont déjà devenus gigantesques.
Pour les routes, on attend qu’elles s’effondrent.
Pour les réseaux d’eau, on attend qu’ils fuient de partout.
Pour les finances publiques, on attend que les trous deviennent des cratères.
Et pour certains dossiers judiciaires, on attend que les compteurs ressemblent au budget d’une petite commune.
Le plus fascinant reste le silence assourdissant des donneurs de leçons professionnels. Ceux qui expliquent quotidiennement au peuple qu’il faut se serrer la ceinture. Ceux qui parlent rigueur, responsabilité et bonne gestion.
Quand plusieurs millions semblent s’évaporer, soudain, tout le monde devient prudent. Très prudent.
Trop prudent.
La justice dira ce qu’il en est réellement. Les faits seront établis ou écartés devant les tribunaux.
Mais une chose est déjà acquise : cette affaire rappelle une fois de plus que l’argent public est souvent surveillé avec une rigueur variable selon l’identité de celui qui le manipule.
Et pendant ce temps-là, le contribuable martiniquais continue de financer le système.
Sans bénéficier des mêmes ordonnances miraculeuses.
La pharmacie de la confiance publique, elle, est en rupture de stock depuis longtemps. Il faut vraiment que le speed du Spedifen freine.












