
À Espaly-Saint-Marcel, en Haute-Loire, en France le pays des doigts dans l’homme noir, pendant que la République continue de réciter ses mantras sur le « vivre-ensemble », un homme de 65 ans a décidé, lui, de passer à la pratique coloniale.
Pas dans un manuel d’histoire.
Pas dans un vieux film sur l’Algérie française.
Non.
En 2026.
Un sexagénaire blanc, armé d’une carabine à plomb, a poursuivi une dizaine d’enfants âgés de 6 à 11 ans en hurlant :
« Dehors les Noirs et les Arabes ! »
Puis il a tiré sur l’un d’eux, un enfant de 10 ans, touché au mollet.
Voilà donc où nous en sommes.
La France officielle parlera sans doute d’un « fait divers ».
Une rubrique commode.
Le cimetière sémantique où l’on enterre tout ce qui dérange : racisme, violence structurelle, haine raciale.
Mais appelons les choses par leur nom.
Ce n’est pas un fait divers.
C’est une chasse à l’enfant noir.
Le mot choque ?
Tant mieux.
Parce qu’il faut bien mesurer la monstruosité de la scène : des enfants qui jouent, un vieil homme qui sort armé, les poursuit comme du gibier, les vise, tire, et les insulte en raison de leur couleur de peau.
La tante de la victime raconte que le petit garçon « a cru qu’il allait mourir ».
En France.
Au pays autoproclamé des droits de l’homme.
Et pendant que certains continuent d’expliquer doctement que le racisme serait une « impression », une « instrumentalisation », ou pire encore une « victimisation », voilà la réalité brute : des corps d’enfants visés, une parole raciste assumée, une violence qui n’a même plus besoin de se cacher.
Le plus glaçant n’est peut-être même pas le tir.
C’est la banalité du monstre.
Le voisinage évoque déjà un homme connu pour ses propos racistes répétés, insultant régulièrement les familles noires du quartier.
Autrement dit : tout le monde savait.
Comme souvent.
On savait, on entendait, on voyait.
Puis un jour, le racisme verbal prend une arme.
Et soudain la société feint la surprise.
Combien de fois faudra-t-il rappeler que le passage à l’acte ne naît jamais de nulle part ?
Il pousse sur un terreau fertilisé par des années de banalisation : plateaux télé saturés de discours xénophobes, responsables politiques en roue libre sur « l’immigration », éditorialistes pyromanes, et cette vieille habitude française de toujours minimiser quand la cible est noire, arabe, ou issue des marges.
Aujourd’hui, un enfant porte une blessure au mollet.
Mais c’est tout un pays qui porte une blessure morale.
Et le plus obscène serait encore d’oser parler d’« incident ».
Non.
C’est un symptôme.
Le symptôme d’une République qui aime célébrer l’universalisme dans les discours mais laisse prospérer les vieux démons dans les lotissements, les institutions et parfois jusque dans ses propres élites.
La balle n’a pas seulement atteint un mollet.
Elle a traversé le masque républicain.
