
Restons logiques. Revenons aux faits. À la chronologie du détournement de 3.2 millions d’euros à la Collectivité Territoriale de Martinique par un agent de catégorie C.
Mars 2020.
La planète entière s’arrête. Covid. Confinement mondial. Panique sanitaire. Adaptation forcée.
À la Collectivité Territoriale de Martinique, comme ailleurs, le télétravail s’organise dans l’urgence. Tentez de s’organiser. Tous les agents ne sont pas équipés, il faut acheter, paramétrer, sécuriser. Travailler à distance, c’est aussi protéger les données publiques. Rien d’exceptionnel. Rien d’anormal.
Juin 2020.
Nouvelle phase : présentiel alterné, un agent par bureau, gestes barrières stricts, organisation millimétrée.
Le personnel ne se croise plus. L’administration tient plus mal que tant bien au coeur ce ce tanbi organisationnel.
À noter — même si ce n’est pas le cœur du sujet — aucun décès lié au Covid parmi les agents à cette période.
2021.
Changement de mandature.
Retour du « grand Tèt Boskaf », Serge Letchimy, entouré de ses fidèles qui battent de l’aile.
Nouveau discours. Nouvelle méthode. Nouvelle époque, nous dit-on. Lol.
Cette fois, malheureusement — et il faut le dire — des agents meurent de la covid.
Et puis survient l’impensable :
le 16 mai 2023, la Collectivité Territoriale de Martinique est frappée par une cyberattaque majeure paralysant une partie de ses systèmes informatiques.
Dans la foulée, on installe — ou on maintient — aux manettes des profils présentés comme solides et expérimentés :
Serge Letchimy, président de la CTM, signataire des mandats transmis à la paierie ;
Jordan Eustache, directeur général des services, (nommé en octobre 2023) chef de l’administration, garant du bon fonctionnement des directions ;
Pierre Stéfannizzi, grand financier devant l’Éternel, ancien commissaire aux comptes à la Chambre Régionale des Comptes,
celui-là même qui, hier, pointait le déficit laissé par l’ancien exécutif.
Autour d’eux :
– une direction financière,
– des services de contrôle interne,
– la paierie territoriale,
– des procédures censées sécuriser la dépense publique.
Les années passent. Un an. Deux ans. Trois ans.
Et là, on nous explique que :
le président n’a rien vu,
le directeur général des services, n’a rien vu
Arnaud René-Corail, le conseiller en charge des finances, n’a rien vu,
Personne n’a rien entendu, personne n’a rien compris.
De 2021 à 2024, malgré la cyberattaque, malgré les flux financiers, malgré les contrôles, rien n’aurait alerté personne.
Puis vient le départ.
Stéfannizzi s’en va. On ne sait toujours pas pourquoi
Ambiance pot de départ.
Petits fours.
Félicitations.
Le tout payé par l’argent public.
Et toujours…
ils n’ont rien vu. Rien. Vraiment ?
Soyons sérieux.
Il existe seulement deux hypothèses possibles :
– Ils ne savaient pas → alors ils étaient incompétents et ils le sont encore.
– Ils savaient et ont laissé faire → ce qui pose un problème autrement plus grave.
Mais il est logiquement impossible que, pendant trois ans, un président de Collectivité territoriale, un directeur général des services, un élu en charge des finances avec la signature nous dit-on et un ex-commissaire aux comptes, n’aient rien vu, rien détecté, rien signalé. Rien
Ce n’est pas une opinion.
C’est une contradiction.
La question n’est donc pas : « Qui a fauté ? »
La question est : comment peut-on encore accepter qu’on nous demande de croire à une cécité collective aussi parfaite ?
Car à ce niveau-là, ce n’est plus de la mauvaise gestion.
Ce n’est plus de l’erreur.
C’est un problème politique majeur.
Et les Martiniquais sont en droit d’exiger autre chose qu’un haussement d’épaule et un : « On n’a rien vu»
À suivre…
gilles dégras
