
Un homme à qui tout avait été transmis.
Un héritage politique intact.
Une légitimité naturelle.
Et pourtant… la destruction.
Il y a des héritages que l’on reçoit avec dignité et respect. Et il y a ceux que l’on ne mérite pas par manque d’intégrité et d’honneur.
Aimé Césaire avait construit un édifice. Une vision. Il avait offert à la Martinique une place claire dans la République, une parole forte et respectée, un parti structuré.
À Serge Letchimy, tout avait été transmis : une légitimité historique, une maison politique prête à habiter le PPM, un peuple prêt à faire confiance, un héritage intellectuel respecté du plus grand nombre.
Et pourtant, quel gâchis.
Césaire avait choisi l’assimilation par exigence d’égalité, pas par soumission.
En 1946, il ne cherchait pas la rupture, mais la dignité par le droit. Il voulait les mêmes salaires, les mêmes protections, les mêmes droits pour les Martiniquais. Il voulait l’égalité réelle. Il a voulu l’assimilation; il a conquis la départementalisation.
Tout était là. Une base solide. Une reconnaissance nationale. Une stature de département pour construire avec la France et l’Europe.
Pourquoi avoir voulu rompre à tout prix ?
Pourquoi avoir cassé ce qui fonctionnait en exigeant une collectivité unique ?
Au lieu d’inscrire son action dans une continuité intelligente, Letchimy a choisi la fracture. Comme s’il fallait effacer le père pour exister. Mais on ne grandit pas en détruisant ce qui vous a élevé.
Quel gâchis.
Quand Césaire plantait un courbaril à l’Habitation Clément, il parlait d’apaisement. Il cherchait à réconcilier la mémoire et l’avenir.
Des décennies plus tard, le même lieu devient un terrain de polémique avec la présence du président du Bénin. La mémoire n’est plus un pont, elle devient un mur. Là où il y avait une volonté de rassemblement, Serge Letchimy y installe une dramatisation sans aucun sens.
Quel gâchis.
La mémoire aurait pu être un levier de maturité collective. Elle est devenue un instrument de tension.
Césaire écrivait en français pour conquérir l’universel. Il n’abandonnait pas le créole, il élevait la Martinique à hauteur du monde.
Avec Letchimy, la langue devient un marqueur administratif. Le symbole prend le pas sur le fond.Là où il fallait s’ouvrir avec le français , Serge Letchimy s’est enfermé avec le créole.
Encore un gâchis.
Le drapeau issu de l’OJAM portait une histoire militante, conflictuelle. Il pouvait rester un témoin du passé.
Il a été érigé en étendard officiel.
Au lieu de rassembler, il a divisé.
Au lieu d’apaiser, il a ravivé.
Au lieu de fédérer, il a fracturé.
Un symbole transformé en instrument de rupture.
Un héritage confisqué pour en faire une provocation.
Pour Serge Letchimy provoquer c’est gouverner.
Encore un autre gâchis.
Le PPM avait été fondé par Aimé Césaire pour défendre le bien commun. Il était un outil collectif.
Il est devenu un appareil verrouillé.
Des figures historiques sont parties.
La pensée s’est rétrécie.
Le débat a disparu au profit de la terreur.
Un parti de dignité transformé en machine personnelle .
Quel gâchis.
Tout lui avait été donné : la reconnaissance, la structure, la légitimité.
Il aurait pu consolider. Il a préféré rompre.
Il aurait pu construire. Il a préféré provoquer.
Il aurait pu rassembler. Il a choisi de diviser.
Il a préféré la poésie statutaire à la politique réelle
Comment en est-il arrivé là ?
Pourquoi avoir tout cassé ?
Pourquoi confondre rupture et courage politique ?
À force de vouloir marquer l’histoire, il a fragilisé l’avenir.
À force de vouloir tuer le père, il a abîmé toute la Martinique.
Aujourd’hui, la Martinique se dépeuple. Les jeunes partent. L’abstention progresse. La violence s’installe. Les tensions s’aggravent. L’économie s’effondre.
Et quand les fractures se multiplient, quand la société se fatigue, quand les jeunes partent et que l’abstention grimpe, il ne parle jamais de responsabilité. Il parle d’Histoire, de colonialisme, d’injustice, de forces hostiles. Toujours des causes extérieures. Toujours des coupables ailleurs.
Ce n’était pas écrit d’avance. Ce n’était pas une fatalité.
Tout lui avait été offert. Il ne manquait qu’une chose : la sagesse de préserver et de continuer à construire.
Au crépuscule de sa vie politique, alors que le bilan est déjà lourd, tombe la condamnation.
Il se présente une nouvelle fois en victime : victime de l’Histoire, victime du colonialisme, victime de l’État, victime des juges, victime du statut , victime des opposants, victime des syndicalistes, victime du monde économique, victime d’un beug informatique. Dans tout son parcours politique, la mécanique est la même : déplacer la faute, se poser en cible.
L’héritier désigné d’Aimé Césaire, celui à qui on a confiés la mairie de Fort-de-France et le PPM, est reconnu coupable par la justice. Prison avec sursis. Amende. Inéligibilité.
On peut faire appel. Mais le jugement existe. Les faits sont là et ont été examinés. La justice a tranché.
Au lieu d’assumer, il rejoue le même scénario : la faute aux autres, toujours.
Il dit vouloir défendre son honneur et son intégrité.
Mais l’honneur ne se défend pas après une condamnation. L’intégrité ne se proclame pas quand elle est déjà mise en cause.
Césaire avait transmis une exigence morale.
Il laisse une condamnation.
Des martiniquais épuisés.
Et une Martinique au sol.
C’est cela, maintenant l’héritage de Serge Letchimy.
Le boug de Trénelle est passé c’est maintenant aux nouvelles générations de reconstruire.
Lire aussi : Serge Letchimy : « En 2026, en concertation avec ma famille…j’arrête la politique » https://www.bondamanjak.com/serge-letchimy-en-2026-en-concertation-avec-ma-famille-jarrete-la-politique/





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