On se souvient que ses prises de position condamnant le génocide perpétré par Israël en Palestine et son agression du Liban, peu à peu occupé par l’armée sioniste, ont été comme par hasard suivies peu de temps après par le non renouvellement de son contrat à RFI. On se souvient également que
peu après son élection, le Président du Bénin a nommé Claudy Siar Chargé de mission à la Présidence.
Invité d’honneur du 3 ème Salon du Livre Africain au Luxembourg organisé par LIKABA, Claudy Siar,
en grand boubou blanc, a répondu aux questions de BMJ.
BMJ : Vous avez récemment été nommé auprès du nouveau Président du Bénin en tant que Chargé de
mission, cette nouvelle a surpris. Elle est néanmoins appréciée comme une
reconnaissance et une façon pour l’Afrique éternelle à travers le Bénin, de se rapprocher de la Caraïbe
et de ses peuples déportés en nommant à ce poste un originaire de la Caraïbe.
Cette nomination montre aussi que votre travail, vos actions, vos engagements ont
largement dépassé le plan national français.
CS : Depuis de nombreuses années, j’ai une reconnaissance du public et des personnes qui ont en charge la culture, mais aussi dans la dimension sociale des choses, la dimension identitaire.
Et c’esta vrai que je ne m’attendais pas à ce que le Bénin me propose d’être chargé de mission auprès du président, donc chargé de la visibilité du Bénin dans les domaines de la culture et des médias à la fois au plan national, continental et international.
Au-delà de la reconnaissance et mon engagement, je constate que le Bénin à une vision aujourd’hui qui est une vision panafricaine au sens de plus noble du terme, une vision internationaliste de ce que doit être l’Afrique parce que le président Romuald Wadagni souhaite vraiment que le Bénin soit une locomotive aussi pour les autres pays d’Afrique et dans bien des domaines.
C’est en tout cas la mission que me confie le président Wadagni et j’en suis très honoré.
Pour terminer, je dirai, il y a mon parcours certes, mais que ce soit à un afro caribéen de la Guadeloupe à qui on fait une telle proposition, je pense que c’est aussi une reconnaissance de ce que nous sommes, de nos pays Guadeloupe, Martinique, Guyane. Et de tout ce que nous avons et de génération en génération accomplie dans cette reconnaissance, de ce que nous sommes dans notre diversité et dans ce miroir qu’est aussi pour nous l’Afrique même si nos territoires sont aussi des terres indienne, européenne, chinoise et levantine, mais il y a ce socle d’africanité, en tout cas en ce qui me concerne et je trouve que l’Afrique commence enfin à regarder et à reconnaitre ce que nous sommes.
C’est un combat que j’ai mené depuis plus de trente ans pour que l’Afrique comprenne enfin qu’il y a leurs descendants qui sont dans les Caraïbes, les Amériques et l’Océan Indien.
BMJ : L’annonce de ta nomination a réveillé de vieux souvenirs. Ceux des années 70 se souviennent de ce courant africaniste qui a émergé et s’est développé, créant même une mode notamment en Martinique avec le port de boubou, de bijoux, les cauris, le soukous, … Khokho René-Corail, et d’autres du courant Négro Caraïbe comme Serge Hélénon, Louis Laouchez ont marqué cette époque.
Et là, tu as la nationalité Béninoise. Tu fais ton retour en Afrique. C’est quand même assez extraordinaire.
CS : Je m’inscris dans tous ces combats, toutes ces actions menées par celles et ceux de ces années-là. Je sais qui est Khokho, je connais son travail et je me considère comme un héritier de toutes ces femmes et de tous ces hommes. Je dis ça parce que je ne suis pas quelqu’un qui s’est réveillé un matin et décrété que j’allais faire ce que d’autres n’ont pas fait. Non ! Je fais ma part et ma part s’est construite sur ce qu’ont fait les aînés donc, moi, je tiens à à ce lien-là, à cette filiation là.
Ma nationalité béninoise ne s’appuie pas que sur un rêve d’être béninois parce que j’aurais très bien pu vouloir être camerounais, congolais ou sénégalais. J’ai fait 2 tests ADN pour être certain d’où mes ancêtres en majorité avaient été déportés.
J’ai fait une consultation du Fà, là on entre dans le Vodoun, pour savoir exactement quelle était ma famille et de quelle famille donc mes ancêtres étaient en majorité. Ouidah ! Et donc j’avais besoin de ça.
Et encore une fois, je pense que nous sommes, nos peuples des Antilles, Guyane, Réunion
sont des peuples traumatisés par l’histoire. Ça nous empêche pas de faire notre vie, mais je crois que pour apaiser en nous les traumatismes et les complexes, pour regarder le monde autrement et sans que nous ayons ce complexe en nous, pour aller au devant du monde, je crois qu’il faut qu’on soit apaisé dans tout ça et je trouve qu’on vit une époque extraordinaire aujourd’hui. Je suis tellement fier de la vision de certains responsables politiques africains et l’envie des nôtres aussi d’aller vers ce continent.
On va apaiser quelque chose. Moi, je n’ai jamais supporté d’entendre des antillais, qui sont « afro », dire « on n’a rien à voir avec l’Afrique » et de même, je n’ai jamais supporté que des africains disent des antillais, des guyanais, des réunionnais Afro : « vous, vous êtes des vendus, vous ne nous aimez pas, et donc on ne vous aime pas. Je n’ai jamais compris ce genre de discours.
On vit une époque formidable, à nous de savoir des deux cotés de l’Atlantique et aussi des deux côtés de la Méditerranée, ce que nous en ferons.
BMJ : Je ne peux pas clore cette interview sans vous interroger sur un sujet qui me tient à cœur. On
sait ce que ça vous a coûté d’avoir eu une position, je vais dire simplement humaine, sur ce qui se passe en Palestine, qu’est-ce que vous pouvez nous en dire aujourd’hui ?
CS : Je pense que beaucoup savent ce que je pense, connaissent les combats que j’ai menés, et ce que ça m’a coûté ; parce que, comme vous l’avez très justement dit, j’appartiens à une seule et même humanité, et je ne regarde pas la couleur de la peau de celles et ceux qui commettent des crimes ou qui sont victimes de crimes. On appartient tous à ce village commun qu’est l’Humanité. Et donc mes idées tout le monde les connaît, très clairement, mais aujourd’hui, je suis chargé de mission auprès du Président de la République du Bénin, son Excellence Romuald Wadagni et donc je me dois désormais d’avoir selon le contexte, l’endroit où je suis, la façon dont les questions me sont posées, à avoir un
devoir de réserve, parce ma réponse impliquerait la parole présidentielle. Mais sur la Palestine, tout le monde sait ce que je pense et tout le monde sait et ce que j’ai défendu jusqu’à aujourd’hui et dans mon cœur et dans mon esprit rien n’a changé et rien ne changera.
Luxembourg
14juin26











