
La Martinique est un territoire factice extraordinaire.
Ce lundi 22 juin 2026, la justice confirme le non-lieu dans l’affaire du chlordécone.
Mardi 23 juin du même an, s’ouvre un grand colloque scientifique consacré… au chlordécone.
On aurait presque envie de féliciter les organisateurs pour leur pointu sens du calendrier. Il faut reconnaître que le symbole est magnifique.
D’un côté, des magistrats expliquent qu’après près de 20 ans d’enquête, personne ne sera renvoyé devant un tribunal pénal. Suivez mon strabisme. Loli.
De l’autre, des chercheurs, des experts, des médecins et des scientifiques renommés se réunissent pendant 3 jours pour étudier les conséquences d’un produit qui, visiblement, n’a fait de mal à personne puisque personne n’est pénalement responsable.
Nous sommes face à un véritable miracle antillais.
Le scandale existe.
La pollution existe.
Les terres contaminées existent.
Les rivières contaminées existent.
Les restrictions de pêche existent.
Les plans Chlordécone I, II, III et IV existent.
Les études scientifiques existent.
Les indemnisations existent.
Les colloques existent.
Les chercheurs existent.
Les victimes existent.
Les morts existent.
Les cancers de la prostate existent.
Mais… les responsables, eux, sont introuvables (ou mieux …intouchables ?)
On nous explique désormais que tout le monde savait, que les alertes existaient, que les risques étaient connus, que les décisions ont été prises, que les autorisations ont été signées, que les dérogations ont été accordées, mais qu’au bout du compte il n’existe personne à qui demander des comptes devant une juridiction pénale.
Un scandale sans coupable.
Une pollution sans responsable.
Une catastrophe sans auteur.
Yves…Bernard…de qui se moque-t-on ?
Demain, dans les amphithéâtres de l’Université des Antilles, des scientifiques vont continuer à mesurer, analyser, cartographier, modéliser et comprendre les conséquences d’un désastre dont la justice vient d’expliquer qu’il n’est imputable à personne.
Finalement, le titre du colloque pourrait être légèrement modifié.
Au lieu de « Chlordécone : comprendre et agir »
On pourrait proposer « Chlordécone : comprendre et passer à autre chose. »
Ou plus simplement « Tout le monde sait, mais personne n’y est pour rien. »
Une devise qui résume parfois assez bien notre époque.
Paul Kisusky









