
La France, est un pays extraordinaire.
Officiellement, la République ne reconnaît ni les races, ni les couleurs, ni les origines.
Officieusement, certaines couleurs semblent bénéficier d’un abonnement premium aux contrôles de police.
Le jeune homme noir ou arabe n’est pas un citoyen comme les autres.
C’est un client fidèle.
Un habitué.
Un collectionneur de procès-verbaux.
Un contributeur régulier au budget national.
Pendant que les ministres expliquent que la République est aveugle, les carnets de contraventions semblent, eux, dotés d’une vision exceptionnelle.
Dans certains quartiers, un adolescent noir connaît le visage du policier local avant même de connaître celui de son conseiller d’orientation.
L’État est présent.
Très présent.
Parfois plus présent qu’un médecin.
Plus présent qu’un professeur.
Plus présent qu’un employeur.
Mais toujours présent avec un carnet à souche.
Le plus remarquable est la mécanique.
On contrôle.
On verbalise.
On majore.
On saisit.
On surendette.
Puis on organise un colloque sur les difficultés d’insertion des jeunes. Lolo’w an bonda mwen. Pa ni pwoblem. Sé vive de Gaulle.
Génial.
C’est un peu comme casser les jambes de quelqu’un et financer ensuite une étude sur ses difficultés à courir le marathon.
Et lorsque ces jeunes expriment leur colère, les experts de télévision, surtout les pros Praud, débarquent comme du poulet en barquette.
Les mêmes questions reviennent :
« Pourquoi y a-t-il une rupture avec les institutions ? »
« Pourquoi la confiance disparaît-elle ? »
« Pourquoi le sentiment d’injustice progresse-t-il ? »
Mystère.
Sans doute un phénomène météorologique.
Peut-être un cyclone venu du Sahel.
Ou un alizé mal orienté. Ou une énième nappe de sargasses rythmée, réglée comme une algorythme.
Certainement pas le résultat de milliers de contrôles ciblés et de sanctions répétées.
Surtout pas.
Car en France, le pays des doigts dans l’homme noir, le contrôle au faciès est un peu comme le monstre du Loch Ness.
Tout le monde en parle.
Des études l’observent.
Des rapports le décrivent.
Des victimes le racontent.
Mais certains responsables politiques continuent d’affirmer qu’ils ne l’ont jamais vu.
Le miracle républicain.
La République affirme qu’elle ne voit pas les couleurs.
Mais certains citoyens ont le sentiment qu’elle voit surtout la leur.
Et quand une société transforme une partie de sa jeunesse en suspect permanent, elle ne fabrique pas de la sécurité.
Elle fabrique de la défiance.
Puis elle s’étonne de récolter ce qu’elle a semé.
Comme d’habitude.
Avec le même sérieux.
Avec les mêmes experts.
Avec les mêmes discours.
Et avec toujours plus de procès-verbaux.
Vive la République.
Et surtout, n’oubliez pas de payer vos amendes même si ça vous casse un peu plus que les noisettes.
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